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Santé

Asthme : certains traitements polluent autant qu’un demi-million de voitures

Un enfant se sert d'un inhalateur contre l'asthme (illustration).

Une étude étasunienne pointe le poids carbone des inhalateurs contre l’asthme, qui contribuent ainsi à aggraver les causes des troubles respiratoires qu’ils traitent. Seule porte de sortie : des moyens pour le climat... et la santé.

Des chercheurs de l’université de Californie ont évalué les émissions de carbone des inhalateurs utilisés pour traiter l’asthme et autres maladies respiratoires chroniques. Résultat : ces dispositifs émettent 2 millions de tonnes de carbone chaque année (MtCO²e/an) pour les seuls utilisateurs étasuniens, soit la même quantité qu’un demi-million de voitures.

Dans cette étude publiée le 6 octobre dans la revue médicale Jama, les auteurs ont calculé que 98 % des inhalateurs aérosols utilisés aux États-Unis utilisent un gaz fluoré au pouvoir réchauffant plusieurs milliers de fois supérieur au CO2. « Les inhalateurs contribuent à l’augmentation de l’empreinte carbone du système de santé américain, mettant en danger de nombreux patients atteints de maladies respiratoires chroniques », pointe William Feldman, pneumologue et auteur principal de l’étude.

Ces inhalateurs ont un effet bronchodilatateur, c’est-à-dire qu’ils agissent contre la contraction anormale des muscles de la paroi des bronches, et permettent ainsi de soulager rapidement leurs utilisateurs. En France, la Ventoline est l’inhalateur aérosol contre l’asthme le plus prescrit [1].

Le nombre de personnes concernées par des affections respiratoires augmente énormément chaque année —dont des dizaines de milliers de cas d’asthme en France — à cause de la pollution de l’air, pollution à laquelle contribuent notamment les vagues de chaleur causées par le changement climatique.

Toute cette population est ensuite contrainte de recourir à des dispositifs médicaux pour bien respirer. Et à les utiliser de manière accrue durant les vagues de pollution suivantes, pour une multiplication exponentielle du nombre de ces dispositifs médicaux.

Des alternatives ? Oui, si remboursables

« J’ai estimé qu’il était important de mener cette étude, car nous ne disposions pas de données fiables sur les sources d’émissions liées aux inhalateurs aux États-Unis », explique à Reporterre William Feldman, pneumologue et auteur principal de l’étude. Une première étape nécessaire pour inciter à recourir à des alternatives qui sont déjà disponibles comme des inhalateurs à poudre sèche, c’est-à-dire des produits sans gaz propulseurs — où l’inhalation du produit repose uniquement sur l’inspiration du patient. Des produits à gaz propulseurs avec une faible empreinte carbone arrivent aussi sur le marché. 

« Les médecins et les patients sont généralement réceptifs à l’idée d’utiliser des produits à faible émission lorsqu’ils sont disponibles et tout aussi efficaces. À condition que les médicaments soient remboursables », souligne le chercheur de l’UCLA, qui espère que son étude poussera les systèmes d’assurances étasuniens à intégrer cette dimension écologique.

En France, bien que les inhalateurs à base de poudre soient largement prescrits par les médecins, la situation n’est pas si différente. L’évaluation des émissions des inhalateurs a été faite par le Shift Project, dans son rapport publié en juin sur la décarbonation de l’industrie du médicament : environ 360 000 tonnes d’équivalent carbone, soit 4 % des émissions du secteur de l’industrie pharmaceutique. Et le rapport de conclure aussi à la nécessité de basculer rapidement sur des solutions moins polluantes.

À écouter Philippe Tieghem, vice-président de Santé Respiratoire France, la substitution d’un médicament à un autre n’est pas si simple, même s’il confirme l’enjeu de décarboner le secteur de la santé. En France, 10 millions de personnes sont concernées par les maladies respiratoires chroniques, aggravées par le réchauffement climatique.

Pour autant, celui qui représente la voix des patients reste mesuré sur l’impact de l’étude étasunienne : « Bien sûr qu’il vaut mieux prescrire des traitements sans aérosols polluants. En France, dans les traitements de fond, la grande majorité des médicaments proposés sont déjà des poudres. Sauf si les patients n’ont pas la capacité suffisante d’inspiration, en particulier les personnes âgées et les enfants. »

Mais le problème est ailleurs. En 2024, 4 millions d’aérosols doseurs de Ventoline — donc particulièrement polluants — ont été vendus en France, utilisés très majoritairement pour traiter des crises, en dehors des traitements de fonds. « Ce recours à la Ventoline permet d’obtenir un effet vasodilatateur rapide en cas de crise pour des patients insuffisamment contrôlés [c’est-à-dire dont les potentielles lacunes dans le traitement de fond leur ont permis d’avoir une crise] », explique Philippe Tieghem.

Ainsi, même si le poids de la santé dans l’empreinte carbone française est tout sauf négligeable — 8 % en 2023 —, la question n’est donc pas seulement de changer les médicaments mais d’accompagner les gens dans leur prise en charge. Et aussi d’informer sur les situations à risque, notamment, prévient Santé Respiratoire France, la pollution de l’air intérieur, avec des facteurs aggravants comme des climatisations mal réglées.

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