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Reportage — Luttes

« Zone à patates » contre bulldozer : des zadistes en lutte dans le Vaucluse

Le 24 novembre, des militants ont investi une maison vouée à la démolition.

Le 8 décembre, des bulldozers ont démoli les maisons adjacentes à celle qu’occupent les militants écologistes à Pertuis, dans le Vaucluse. Ils ont créé une « zone à patates » pour lutter contre le bétonnage de 86 hectares de terres fertiles.

Pertuis (Vaucluse), reportage

« Ce matin, une tractopelle accompagnée de sept policiers municipaux et de gendarmes a éventré les deux maisons non encore occupées. Pas pour les détruire, non, juste pour les rendre inoccupables ! » enrageait Diego mercredi 8 décembre. Il fait partie de la vingtaine de militants qui occupent depuis le 24 novembre une maison à Pertuis (Vaucluse) pour lutter contre le bétonnage d’une zone occupée à plus de 50 % par des cultures agricoles, selon le rapport d’enquête parcellaire. L’extension de la zone commerciale de Pertuis doit en effet priver la plaine de la Durance de près de 90 hectares de terre. Ces écologistes ont donc créé une Zad un peu particulière : une zone à patates (ZAP). Ils y cultivent des pommes de terre, des fèves et du blé. Diego raconte : « La tractopelle est ensuite allée vers le portail d’une maison occupée pour le démolir, il a fallu se mettre physiquement devant pour que l’agent municipal donne l’ordre d’arrêter ! »

« Un tractopelle a éventré les deux maisons non encore occupées. » © Sébastien Aublanc/Reporterre

Le combat contre cette artificialisation de sols fertiles des bords de la Durance est mené depuis plus de trois ans par Terres vives Pertuis et a été rejoint par de nombreux autres collectifs (notamment Soulèvement de la Terre Pertuis). Les expropriations ont commencé cette année et des pancartes avec avis de démolition ont fleuri sur les maisons.

Opération de plantage de patates contre la bétonisation, au printemps 2021. Soulèvement de la terre Pertuis

« Les gendarmes et les huissiers sont venus les 28 et 29 novembre constater l’occupation, on devrait bientôt recevoir une convocation au tribunal de proximité de Pertuis, explique Cath, une occupante, encore choquée par l’arrivée des engins. Comment est-il possible qu’un bulldozer d’une entreprise en contrat avec la mairie vienne saccager des maisons alors qu’elles appartiennent à l’établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur ? Tout cela sans nous présenter de papier de donneur d’ordre alors que l’occupation est constatée par huissier et en attente de jugement ? »

La mairie de Pertuis ainsi que l’établissement public foncier régional n’ont pas répondu aux questions de Reporterre. Interrogée sur la légalité d’une telle action, la gendarmerie de Pertuis nous a répondu qu’elle ne communique pas sur ce dossier.

L’extension de la zone commerciale grignotera près de 90 hectares. Rapport du commissaire-enquêteur

« Les industries seront high-tech et non polluantes », assure le maire

Le maire a de quoi, en effet, être gênée aux entournures. Roger Pellenc (qui dirige la ville depuis 2008) est un industriel important qui profitera de l’extension de la zone. Car son entreprise, le groupe Pellenc, leader mondial des machines à vendanger qui compte dix-neuf filiales, a l’objectif de franchir le cap des 450 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici à 2023.

« Des vers de terre, pas du béton », lit-on sur une pancarte de cette manifestation de 2019. Terres vives Pertuis

« C’est vrai que l’entreprise Pellenc doit récupérer 30 hectares, nous avons besoin de nous développer, c’est bon pour l’emploi dans tout le bassin de vie de Pertuis, s’est défendu le maire interrogé par France Bleu. Les industries seront high-tech et non polluantes. »

Cath ressent en tout cas une pression de la part des autorités : « Depuis l’occupation des lieux, la gendarmerie fait des contrôles d’identité à l’entrée du chemin, même aux piétons, ainsi que des tests d’alcoolémie aux conducteurs. »

Quelle suite donner à la lutte ? Les occupants cherchent à savoir si la mairie était en droit de mandater ces démolitions au bulldozer sur un terrain ne lui appartenant pas.

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