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La richesse maritime de la Nouvelle-Calédonie est spoliée

22 novembre 2018 / Philippe Folliot

La richesse de la Nouvelle-Calédonie, explique l’auteur de cette tribune, réside dans sa zone maritime exclusive. Pourtant, celle-là n’est pas suffisamment mise en valeur ni protégée, notamment des incursions de chalutiers-usines étrangers.

Philippe Folliot est député du Tarn, président de l’Alliance centriste et président du groupe spécial Méditerranée et Moyen-Orient de l’AP Otan. Il est par ailleurs coauteur du livre La Passion-Clipperton : l’île sacrifiée avec Chrisitan Jost, préfacé par Jean-Louis Étienne et postfacé par Annick Girardin, aux éditions Bibliotèca.


Début novembre, la Nouvelle-Calédonie était au cœur de l’actualité. En effet, vingt ans après les accords de Nouméa (1998), les Néo-Calédoniens se sont prononcés dans le cadre du référendum d’autodétermination prévu dans un premier temps par les accords de Matignon-Oudinot en 1988, puis finalement reporté. Ce vote portait sur le choix de ces derniers d’accéder, ou non, à l’indépendance vis-à-vis de l’État français.

Les citoyens de l’archipel se sont massivement déplacés pour ce scrutin, qui s’est tenu dans le calme et sans contestation. Au-delà du résultat majoritaire et de la victoire du non à 56,4 %, permettant à la Nouvelle-Calédonie de rester française, ce dont notre État peut légitimement se féliciter, nous devons réfléchir aux raisons de ce vote et à l’après.

La Nouvelle-Calédonie est constituée d’un ensemble d’îles qui équivaut, en superficie, à environ deux fois l’Alsace. Disposant d’une large autonomie, ce petit territoire est toutefois le lieu d’enjeux géopolitiques d’une très grande complexité. En effet, l’essentiel de l’économie calédonienne repose sur l’exploitation du nickel, qui représente près de 80 % de ses exportations, et qui attise les convoitises des multinationales du secteur et de certaines puissances régionales telles la Chine, voire la Russie. Cependant, l’exploitation minière n’est pas le seul « bien » qui attire ces géants économiques : le plus envié en réalité, c’est son territoire maritime, sa zone économique exclusive (ZEE.) étendue à 350 milles marins autour des côtes (contre 200 milles en général) après accord de l’ONU en 2015 dans le cadre du programme Extraplac.

Permettre le développement des énergies renouvelables marines 

Le potentiel maritime de la Nouvelle-Calédonie, à ce jour largement sous-exploité, est donc exceptionnel ! En effet, les « eaux territoriales calédoniennes » pourraient permettre le développement des énergies renouvelables marines. De nombreuses études montrent que leur essor est aujourd’hui extrêmement rapide, favorisé notamment par l’évolution du cadre réglementaire. Outre l’éolien et le solaire, ce sont autant de technologies qui connaissent des mutations profondes et rapides, confirmant leur avenir prometteur.

Au-delà, ces eaux offrent d’immenses zones de pêches. Tout serait parfait si elles profitaient aux pêcheurs locaux, mais les chalutiers-usines chinois et russes ne se privent pas de violer la souveraineté de la France. Ils se permettent ainsi des intrusions, trop rarement réprimées, et particulièrement désastreuses pour l’environnement et les entreprises de pêche calédoniennes, ceci à cause de la surpêche pratiquée par ces « monstres des mers ».

Il faut bien se figurer que, du fait de son statut isolé, de sa dépendance à l’industrie du nickel, qui réquisitionne puis ravage peu à peu des terres arables, mais aussi de l’absence d’alternative au développement économique actuel, en particulier via le tourisme, la Nouvelle-Calédonie est trop dépendante de ses importations. Il est ainsi d’autant plus vital pour elle de surveiller ses frontières maritimes et de faire valoir ses droits sur ses fonds marins et leurs ressources.

Malheureusement, si la question de la surveillance du territoire maritime, des moyens qui y sont alloués, et surtout de l’importance que ces territoires revêtent aux yeux des dirigeants depuis l’Hexagone sont bien le nœud du problème, on ne peut que constater le manque de réaction des autorités françaises. Même si la récente mise en service, par la marine nationale, du premier B2M (bâtiment multimissions) (classe d’Entrecasteaux) va dans le bon sens, comment l’État français peut-il laisser ses ZEE trop souvent être pillées ainsi et ses citoyens avoir de plus en plus besoin de l’aide extérieure pour subvenir à leurs besoins en alimentation, mais aussi en énergie, le tout face à des inégalités sociales de plus en plus criantes ?

La mise en œuvre d’une véritable police maritime ne pourrait-elle pas assurer la protection de cette ZEE ? Ou bien, à tout le moins, des contrôles plus fréquents ne pourraient-ils être opérés ? Ce sont autant de questions dont l’État ne peut pas faire l’économie.

La forfaiture d’opérateurs peu scrupuleux sur notre territoire maritime et ses nombreuses richesses, tant énergétiques qu’environnementales, se produit dans toutes nos ZEE 

Ce référendum a eu le mérite de replacer, enfin, une collectivité d’outre-mer au centre des débats et des préoccupations. Pour autant, il faut espérer, qu’au-delà de la lecture du simple résultat, l’État se saisira de cet évènement pour réfléchir à l’après en Nouvelle-Calédonie. Il aura à répondre à de nombreux défis, comme l’incertitude institutionnelle liée à l’organisation de deux référendums, avec quatre ans de campagne à venir, sur la dynamisation de l’économie mais aussi la réduction des fractures sociales, culturelles et territoriales, le maintien de la paix et de la tranquillité ou encore la protection du territoire des ingérences, voire le risque de mainmise de certains pays tiers.

De manière générale, ce qui se passe en Nouvelle-Calédonie n’est pas une situation isolée : la forfaiture d’opérateurs peu scrupuleux sur notre territoire maritime et ses nombreuses richesses, tant énergétiques qu’environnementales, se produit dans toutes nos ZEE, notamment celles dont les îles sont inhabitées !

Dans mon livre La Passion-Clipperton, l’île sacrifiée, j’évoque cette question de la souveraineté maritime de la France et de ses intérêts à la protéger contre toute tentative de spoliation par les multinationales et entreprises de pays peu soucieux du droit international et par certains États eux-mêmes. Notre pays a un rôle géopolitique stratégique à jouer à l’échelon mondial car son territoire maritime, avec 11 millions de kilomètres carrés, est le deuxième plus important au monde après celui des États-Unis. Présente sur trois océans et quatre continents, notre nation se croit continentale et européenne alors qu’elle est maritime et mondiale.

L’« archipel France » se doit, à la fois dans l’Hexagone et dans ses outre-mer, d’être un exemple en matière de développement économique et de protection de l’environnement, ceci, entre autres, grâce au développement de l’économie bleue. Mais elle ne pourra pas le devenir en ne faisant pas respecter scrupuleusement sa souveraineté et en fermant les yeux sur certains agissements commis dans ses propres eaux. Si, à l’avenir, économie est appelée à rimer avec écologie, cela implique un souci d’humanisme, d’équité entre tous les citoyens, mais aussi la valorisation de l’ensemble de nos territoires, afin que les écosystèmes présents sur chacun d’entre eux – et dont l’être humain est la pierre angulaire — puissent se maintenir et perdurer longtemps encore.




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Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : le récif corallien de Nouvelle-Calédonie. Wikimedia (Bastien Preuss/CC BY-SA 4.0)

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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