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Reportage — Politique

1ᵉʳ mai à Metz : l’union de la gauche pour repousser l’extrême droite

À Metz, le 1ᵉʳ mai 2022.

Le défilé du 1ᵉʳ mai a rassemblé 900 personnes à Metz. La gauche mosellane rêve d’une union populaire pour les législatives, dans cette région, le Grand Est, où le Rassemblement national est arrivé en tête du premier tour de l’élection présidentielle.

Metz (Moselle), reportage

10 heures tapantes, la police s’est déjà installée aux abords du cortège qui commence à se préparer. Ce dimanche 1ᵉʳ mai, entre 900 personnes (700 selon la police) se sont rassemblées à Metz dans le cadre de la journée internationale des travailleurs. Organisée par l’intersyndicale CGT, FSU, UNSA et Solidaires, la manifestation avait pour mots d’ordre la défense des droits des travailleurs et de l’environnement, ainsi que la lutte pour la paix internationale et contre les discours de haine. Le Grand Est fait partie des régions françaises fortement marquées par le vote d’extrême droite. Lors de la présidentielle, Marine Le Pen y est arrivée en tête du premier tour le 10 avril, avec 29,54 % des voix. Au second tour, le Rassemblement national a réalisé un score de 47,93 %, dont 49,54 % en Moselle et 55,61 % en Meuse.

Les manifestants de la CGT ont installé leurs drapeaux rouges sur des piquets. En plus de l’intersyndicale, d’autres groupes étaient présents : le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), Révolution permanente, la Fédération syndicale étudiante (FSE), Europe Écologie-Les Verts (EELV), la Fédération anarchiste de Metz… mais aucun groupe de Gilets jaunes. Le cortège a démarré vers 11 h avec le morceau « Antisocial » du groupe Trust.

Les syndicats ont réuni près d’un millier de personnes à Metz.

Saadawi [*] est membre de la Fédération Anarchiste de Metz. Cette organisation lutte contre le fascisme. Les militants se sont aujourd’hui rassemblés pour dénoncer des lois « autoritaires », « islamophobes » et « sécuritaires ». Saadawi a le sentiment qu’il existe une montée de l’extrême droite dans la région : « Même si ça fait longtemps qu’il y a des groupuscules d’extrême droite à Metz comme l’Action française ou la Cocarde étudiante, j’ai l’impression que depuis l’implantation de l’organisation Aurora, il y a une recrudescence d’actions fascistes dans la ville. » Aurora est un groupe d’extrême droite, établi dans la région du Grand Est depuis mars 2022, selon Casiero [*], également membre de la Fédération anarchiste : « Il s’agit de militants fascistes expérimentés et entraînés. Ils sont ouvertement racistes et nostalgiques du groupe Génération Identitaire. »

Extrême droite décomplexée

Membre de l’association Couleurs Gaies, Lionel vient manifester chaque année à Metz, car « les personnes LGBT font également partie du monde du travail ». Selon Lionel, il existe une parole décomplexée et fortement mobilisée de l’extrême droite dans la région : « Lors du meeting de Zemmour à Metz le 18 mars dernier, plus de 4 000 personnes se sont rassemblées. Nous n’étions que quelques centaines de personnes lors de la contre-manifestation. Je suis tout de même soulagé que Macron soit passé car je craignais que ça soit pire sous Le Pen. »

La Fédération anarchiste s’inquiète de la recrudescence du fascisme.

Suleyman est membre du Parti de gauche SOL, un parti social-démocrate turc. Vivant à Metz depuis près de 45 ans, il a travaillé un peu partout en France et au Luxembourg. Cet ouvrier du bâtiment constate que certains membres de son parti ont voté pour l’extrême droite aux dernières élections, « alors qu’ils sont d’origine étrangère et de tendance politique de gauche ».

« Déçus par la gauche, ils pensent que l’extrême droite serait capable de faire changer les choses »

« Il y a une normalisation des discours de haine en politique », dit Mickael, enseignant en classes SEGPA à Saint-Avold. Membre de la FSU, il considère le vote d’extrême droite comme une forme de « protestation » : « Cela se remarque lors des élections présidentielles ; jusqu’au premier tour, personne ne s’est soucié de la montée alarmante de l’extrême droite. Cependant, ses électeurs ne sont pas forcément racistes. Déçus par la gauche, ils pensent faussement que seule l’extrême droite serait capable de faire changer les choses. »

Dans le cortège, beaucoup espèrent une union de la gauche pour les législatives.

Sacha milite depuis peu pour l’Union populaire. Cet ancien membre du Parti communiste déplore un oubli de l’histoire de l’extrême droite en France : « En raison de l’effondrement du Parti communiste à partir de la chute du bloc soviétique, certaines personnes du mouvement ouvrier se sont rapprochées de l’extrême droite. Le Grand Est est particulièrement touché par cette tendance politique car il s’agit d’une région fortement ouvrière et populaire. En effet, que ce soit sous des gouvernements de droite comme sous la gauche avec Mitterrand, beaucoup d’usines ont fermé, provoquant chômage et précarité. Il y a une déception envers less partis de gauche comme de droite, ce qui profite à l’extrême droite. »

Claire participe régulièrement aux marches pour le climat mais ne fait partie d’aucun groupe politique. Habitante de Nancy, elle est venue marcher à Metz lors de la fête des travailleurs pour rappeler que le climat doit être un discours important dans cette manifestation. Elle considère que l’Est concentre un électorat d’extrême droite, notamment en milieu rural : « Il y a tout de même une mobilisation forte de gauche, notamment du côté des antifas, ce qu’on peut observer par exemple aujourd’hui dans le cadre de cette manifestation. Je ne suis pas choquée par la montée de l’extrême droite, mais il est nécessaire de proposer des alternatives démocratiques et écologiques crédibles afin de donner un véritable choix politique aux électeurs. »

Les revendication écologiques ont également infusé les discours des manifestants.

Secrétaire générale de l’Association des Alévis de Metz, Zeynep Demirdogen se dit pourtant « déçue » par les partis communiste et écologiste français. Membre d’une organisation « humaniste » et « écologiste », elle « aurait aimé une union de la gauche lors des présidentielles ». Pour le président de l’association, Naci Hazman, il serait nécessaire de « regrouper la gauche contre les idéologies raciste et fasciste ». « Cela représente un problème international, car l’extrême droite monte partout dans le monde », juge-t-il.

Sacha espère que la gauche parviendra à s’unir pour les législatives : « Même si elle ne parvient pas à dégager une majorité, cela pourrait permettre une réelle mobilisation de l’électorat de gauche. J’ai encore bon espoir ; cette année, il y a déjà plus de gens qui se sont rassemblés pour le 1ᵉʳ mai que l’année précédente. »

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