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Reportage — Politique

« Notre dernière chance à saisir » : à Paris, un 1er mai porté par les législatives

Jean-Luc Mélenchon lors de la manifestation du 1er mai 2022 à Paris.

Plusieurs milliers de personnes ont défilé à Paris dimanche 1er mai. Objectifs : défier Emmanuel Macron après sa réélection, et pour Jean-Luc Mélenchon, remobiliser le « bloc populaire » pour les élections législatives des 12 et 19 juin.

Paris, reportage

« Face à Macron, construisons la contre-offensive. » Cette banderole du syndicat Solidaires résume bien l’esprit de la manifestation organisée à l’occasion de la journée internationale des travailleurs, dimanche 1ᵉʳ mai, à Paris. À l’appel de l’intersyndicale CGT-Unsa-FSU-Solidaires, 50 000 personnes ont défilé dans la capitale selon la CGT (24 000 d’après le ministère de l’Intérieur), le tout dans un contexte politique brûlant : la réélection, une semaine plus tôt, d’Emmanuel Macron en tant que président de la République, la montée en puissance de l’extrême droite, et les âpres négociations à gauche en vue d’une union pour les élections législatives, les 12 et 19 juin.

Les corps intermédiaires ont été au rendez-vous : que ce soit les syndicats ou les associations et ONG écolos (Greenpeace, Attac, etc.), tous ont marché ensemble pour exprimer leur ras-le-bol du macronisme, réclamant notamment une hausse des salaires, mais aussi l’abandon de la réforme des retraites à 65 ans et une politique climatique.

Si les formations politiques (Europe Écologie-Les Verts, Parti socialiste, Parti communiste, etc.) ont également fait le déplacement — dans le cortège, on ne sentait pas un enthousiasme débordant pour le parti à la rose —, c’est La France insoumise (LFI) qui a principalement attiré l’attention. Jean-Luc Mélenchon, arrivé en troisième position à l’élection présidentielle (21,95 % des voix), a prononcé un discours aux allures de meeting place de la République, affirmant qu’une victoire de la gauche aux législatives était à portée de main.

Lire aussi : « Macron ne connaîtra pas d’état de grâce » : à Montpellier, les Insoumis déjà mobilisés

« Quand vous manifestez le 1ᵉʳ mai, vous êtes les héritiers fidèles de ceux qui ont porté sur leur dos la lutte pour l’amélioration de la vie […]. La probabilité de la victoire se présente devant nous, contre les prophètes du malheur qui annoncent que tout est perdu d’avance », a notamment dit le leader insoumis, ajoutant que les (difficiles) négociations pour l’union de la gauche « approchaient du but ». De quoi ravir Asmahane, 16 ans : « Ça donne de l’espoir. Même si je ne peux pas encore voter, je vais militer pour que la France soit un beau pays — c’est ce qu’elle est, à la base. » Preuve en est : tard dimanche soir, les Verts ont finalement validé l’accord avec les Insoumis pour les élections des 12 et 19 juin.

« Notre dernière chance à saisir »

« Les législatives sont peut-être notre dernière chance à saisir. Et nous, en tant que syndicats, nous serons dans la rue pour pousser et obliger les députés à tenir leurs promesses », abonde Geneviève, 73 ans. Pour cette femme engagée chez Solidaires, effarée des discours « qui veulent faire croire que les retraités seraient des nantis », il était important de manifester contre Macron et son monde « ultralibéral » : « Sa vision de la société, à base de destruction des services publics, de mépris pour les corps intermédiaires ou encore d’inaction climatique, je n’en veux pas. »

Même son de cloche pour Léa, salariée des Amis de la Terre : « Le dernier quinquennat s’est caractérisé par sa violence et son hypocrisie : beaucoup de bla-bla, très peu d’actes. On est là pour dire qu’on ne lâchera rien. » Interrogé par Reporterre, Philippe Martinez s’est d’ailleurs félicité du fait que les associations écolos aient répondu présentes pour ce 1ᵉʳ mai, habituellement plutôt la chasse gardée des syndicats : « On ne sépare plus les questions sociales et environnementales, et c’est une très bonne chose. »

Pour le secrétaire national de la CGT, cette manifestation était en outre « une occasion importante pour que les citoyens puissent rappeler leurs exigences à Emmanuel Macron ». L’objectif a été selon lui atteint : « Il y a du monde dans la rue, et c’est ce qu’il fallait après ce second tour. » Dans la foule parisienne, des Gilets jaunes ou encore les participants à un black bloc ont tout de même tenu à marquer leur différence avec les organisations politiques et syndicales traditionnelles, en défilant en tête de cortège. Après des heurts avec les forces de police, une cinquantaine de personnes ont été interpellées.

Les partisans de l’Union populaire de Mélenchon, eux, continuaient à faire la fête en queue de manifestation — avec notamment l’éternel Freed from desire de Gala. Celui qui souhaite être élu Premier ministre a discuté avec trois jeunes, visiblement insoumises dans l’âme et impatientes d’avoir l’âge de voter. Comptant sur leur capacité à convaincre pour le « troisième tour » des législatives, il leur a lancé ces mots : « Allez les filles, au boulot maintenant ! »

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