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11 vaccins : des élus demandent que l’on débatte avant de voter

5 octobre 2017 / Catherine Marin (Reporterre)



Des élus de différents partis demandent à la ministre de la Santé un moratoire sur l’obligation vaccinale des tout-petits fixée au 1er janvier 2018. Ils estiment que le débat restaurerait une confiance échaudée par les scandales sanitaires et l’autoritarisme de cette mesure.

Lundi 2 octobre, plusieurs élus, d’appartenances politiques diverses, ont organisé une conférence de presse pour dénoncer la rapidité avec laquelle ils vont devoir prendre une décision concernant la nouvelle obligation vaccinale faite aux nourrissons de 0 à 24 mois — 11 vaccins, contre 3 précédemment, rendus obligatoires dès le 1er janvier 2018. Le gouvernement d’Emmanuel Macron a introduit cette obligation de vaccination dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), qui doit être voté dans quelques semaines.

Les organisateurs de la conférence, Blandine Brocard (députée du Rhône, LREM), Laurence Cohen (sénatrice du Val-de-Marne, PC/Front de gauche), Michèle Rivasi (députée européenne, EELV), ainsi que Thomas Dietrich, ex-secrétaire général de la Conférence nationale de santé, estiment en effet que ces délais empêchent l’organisation de débats scientifiques contradictoires nécessaires à l’établissement d’un vote éclairé. Ils demandent du temps au gouvernement pour donner les moyens à la recherche de sécuriser au maximum ces vaccins destinés aux nouveau-nés. « Dans le fond, explique Blandine Brocard (LREM), rien n’oblige à ce que nous agissions dans la précipitation pour décider dans un calendrier contraint de l’élargissement de l’obligation vaccinale au 1er janvier 2018. Ce calendrier rend très difficile, voire impossible, un débat qui soit à la hauteur des enjeux. »

« Que les choses soient claires : tous et toutes ici, on est pour la vaccination. Pour ces maladies infectieuses [diphtérie, tétanos et poliomyélite, et pour les 8 nouveaux vaccins : coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque et méningocoque C], il faut des vaccins », insiste en introduction Michèle Rivasi, par ailleurs biologiste agrégée.

« Le seul vaccin sans adjuvant et sans métaux qui existe est un vaccin pour les chats » 

Mais « un véritable processus démocratique doit pouvoir fonctionner, dit Blandine Brocard. Le débat entre les experts et les élus, qui sont les représentants du peuple, ne doit pas être contourné, même au prétexte de l’insertion de cette mesure dans le vote de financement de la Sécurité sociale. Pour bien voter sur un sujet aussi fondamental, nous avons besoin de temps pour que toutes les parties, qu’elles soient favorables ou défavorables à l’élargissement de la vaccination obligatoire, puissent s’exprimer et produire leurs études. Première étape, donc : extraire cette question de l’obligation vaccinale du PLFSS. Seconde étape : définir quelles sont les conditions nécessaires et suffisantes pour que ce débat puisse avoir lieu, que toutes les voix puissent s’exprimer, afin que nous, les députés, puissions ensuite exprimer un vote qui aura un sens. Cette volonté de débats transpartisans était d’ailleurs centrale dans les ambitions initiales d’En Marche. Revenons aux sources ! » conclut la députée d’En Marche.

Ce débat semble d’autant plus nécessaire que les interrogations se multiplient concernant les conséquences des effets secondaires de ces vaccins, notamment par rapport aux nanoparticules et aux adjuvants aluminiques qui s’y trouvent. « Sur les 11 vaccins, 8 contiennent de l’aluminium », rappelle Michèle Rivasi. « Les adjuvants aluminiques ne peuvent pas être bénins puisque leur retrait est signalé sur des produits cosmétiques comme les déodorants : sans sel aluminique. On arrive à avoir une réglementation sur ce genre de produits, mais, pour les vaccins, on nous dit que ce n’est pas si grave. Il y a là une contradiction qu’un élu ne peut ignorer », enchérit Laurence Cohen.

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.

Les défaillances de la pharmacovigilance en France, révélées récemment avec le Levothyrox, sont aussi en cause. « Malgré les 1.500 plaintes de patients, il n’y a pas eu d’alerte, parce qu’il y a très peu de remontée des effets secondaires. On dirait que la pharmacovigilance est secondaire, tertiaire et même quaternaire », dénonce Michèle Rivasi.

Laurence Cohen, sénatrice et par ailleurs membre du conseil d’administration de l’Agence nationale pour la sécurité du médicament et des produits de santé, s’étonne que « le seul vaccin sans adjuvant, sans métaux, qui existe soit un vaccin pour les chats. Si on peut rendre un vaccin “pur” pour les chats, pourquoi pas pour les êtres humains ? » « Ce que je demande, poursuit-elle, c’est que, au niveau des pouvoirs publics, des moyens soient donnés à une recherche indépendante pour aller le plus loin possible sur les effets éventuellement nocifs de tel ou tel adjuvant. » « La chose qu’on réclame tous, insiste Michèle Rivasi, c’est un : des garanties, et deux : des études, pour chaque vaccin, sur la relation risques/bénéfices. »

Les enfants dont les parents seront réfractaires n’auront accès ni aux crèches ni à l’école 

« Dans le domaine de la vaccination et de la santé en général, plus la population sera mise en position de faire des choix de manière réfléchie et éclairée, plus la santé publique sera garantie. L’obligation vaccinale n’instaure pas la confiance, pire elle est contreproductive. » C’est ainsi que s’exprimait dans ses conclusions le jury de professionnels de santé réunis à l’occasion du grand débat sur la vaccination, en 2016, par Marisol Touraine, alors ministre de la Santé. Le renoncement à l’obligation vaccinale, au profit de la recommandation, comme le prévoient les autres pays européens, était aussi au cœur des préconisations du rapport du jury de citoyens constitué pour ce même débat.

Blandine Brocard, Laurence Cohen et Michèle Rivasi s’étonnent donc que la restauration souhaitée de la confiance se traduise aujourd’hui par une mesure autoritaire d’obligation vaccinale des tout-petits : la loi prévoit que les enfants dont les parents seront réfractaires n’auront accès ni aux crèches ni à l’école. D’autant que cette obligation n’était pas au programme du candidat Macron.

Selon la ministre de la Santé, elle améliorerait la couverture vaccinale. Ce que conteste Michèle Rivasi, qui juge que la couverture vaccinale reste proche des préconisations de l’Organisation mondiale de la santé même sans obligation. Thomas Dietrich, lui, estime même qu’une telle mesure pourrait pousser certains parents à sortir du système scolaire et sanitaire étatiques.

La députée européenne rappelle que cette défiance est fondée sur « un historique » : les vaccinations contre l’hépatite B, la grippe H1N1 ont laissé des traces, tout comme les conflits d’intérêts entre public et privé révélés au moment de l’affaire du Mediator.

Pour restaurer la confiance, « il s’agit de convaincre, et non pas contraindre », enchérit avec éloquence Blandine Brocard. « Et restaurer la confiance, ça doit passer par toute une série d’actes forts, concernant les conflits d’intérêts, la pharmacovigilance, le financement de la recherche publique », conclut Michèle Rivasi.

Cette demande étayée de démocratie sanitaire sera-t-elle entendue de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, ou les prescriptions internationales d’augmentation vaccinale du GHSA (Programme d’action pour la sécurité sanitaire mondiale) prévaudront-elles ? Interrogée par Reporterre, la ministre n’a pas répondu à nos questions.




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Lire aussi : Vaccins : il faut étudier les risques des adjuvants aluminiques

Source : Catherine Marin pour Reporterre

Photos :
. chapô : Pixnio
. Buzyn : @agnesbuzyn sur Twitter

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