Vaccins : il faut étudier les risques des adjuvants aluminiques

25 juillet 2017 / Romain Gherardi



Malgré les bénéfices individuels et collectifs de la vaccination, elle suscite une vive défiance. Pour l’auteur de cette tribune, la raison majeure en est la méconnaissance du degré exact de nocivité des adjuvants, en particulier aluminiques. Encourager la recherche sur cette question est nécessaire, et suppose que les autorités assument l’existence d’un risque possible.

Romain Gherardi est professeur hospitalo-universitaire, université Paris-Est Créteil & Inserm U955E10. Il est l’auteur de Toxic Story. Deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins (Actes Sud).


La vaccination a permis l’éradication de la variole, une baisse de 99 % des cas de poliomyélite, et une réduction drastique de la rougeole. Le maintien d’un pourcentage élevé de personnes vaccinées au sein de la population est nécessaire pour éviter la résurgence des maladies infectieuses, avec un bénéfice individuel mais aussi collectif par la réduction du nombre de transmetteurs de ces maladies. Tout cela est bien clair et pourtant, une défiance croissante de la population envers la vaccination a émergé alors qu’une expansion des approches vaccinales est programmée : l’OMS (l’Organisation mondiale de la santé) annonce que plus de 120 nouveaux vaccins sont dans les tuyaux et une croissance annuelle de 20 % du marché des vaccins, le chiffre d’affaires étant passé de 5 milliards à 43 milliards de dollars de 2000 à 2016 et devant atteindre 100 milliards en 2025.

Une concertation citoyenne nationale sur la vaccination tenue en 2016 sous la direction d’Alain Fischer a estimé que la réponse face à la réticence vaccinale serait d’étendre « temporairement » l’obligation vaccinale de 3 à 11 maladies cibles, en faisant passer la protection contre 8 maladies du niveau « recommandé » au niveau « obligatoire » pour les nourrissons et les enfants. La ministre de la Santé s’apprête à suivre cette ligne. Les parents réticents ou méfiants se sont immédiatement cabrés devant l’aspect paradoxal d’une mesure visant à éradiquer une crise de confiance par une décision politique autoritaire [1].

Le degré exact de sécurité des adjuvants et les obstacles mis sur la route des équipes qui cherchent à l’établir

Contrairement aux médicaments conventionnels, les vaccins sont administrés à des sujets sains qu’il faut convaincre de leur utilité et de leur innocuité. La question est bien sûr d’autant plus inflammatoire qu’il s’agit d’enfants et qu’il n’y aurait plus de libre choix. Ainsi, les parents les plus inquiets estiment qu’une obligation vaccinale élargie équivaudrait pour eux « à être forcé de prendre sur la santé de leurs enfants un risque dont ils seraient empêchés de mesurer la nature exacte ». Cette inquiétude s’était déjà manifestée lors des débats de la concertation citoyenne, dont les conclusions sur les raisons de la réticence vaccinale mentionnent « les soupçons de collusion entre autorités de santé et industrie du médicament sous l’effet de scandales médiatisés [et] la question des adjuvants dans les vaccins ».

Des bactéries Haemophilus influenzae de type b.

Le degré exact de sécurité des adjuvants et les obstacles mis sur la route des équipes qui cherchent à l’établir sont en effet au cœur du débat. Le terme adjuvant désigne tout composé immunostimulant qui agit de manière non spécifique pour augmenter l’immunité spécifique contre un antigène microbien ou vaccinal. Les adjuvants vaccinaux les plus répandus sont des sels d’aluminium utilisés sans modifications significatives depuis 1926. Ils sont présents dans 60 % des vaccins et notamment dans les vaccins contre diphtérie-tétanos-poliomyélite (DTP), hépatite B, méningite C, pneumocoque, et haemophilus B qui sont ou pourraient devenir obligatoires.

Le mécanisme d’action des adjuvants aluminiques reste mal compris. Le plus utilisé est l’hydroxyde d’aluminium, qui se présente comme des nanoparticules cristallines formant des agglomérats de la taille d’une bactérie à la surface de laquelle sont collés les antigènes des vaccins. Ces agglomérats insolubles sont capturés par les cellules immunitaires, ce qui déclenche la réponse immunitaire contre l’antigène vaccinal. Chez certains individus, les cellules immunitaires semblent incapables de se débarrasser de l’adjuvant, qui va ainsi persister dans l’organisme pendant de longues années, continuant à exercer son effet stimulant jusqu’à épuisement du système immunitaire.

Des adjuvants moins problématiques, comme le classique et satisfaisant phosphate de calcium de l’Institut Pasteur

Les études animales montrent que l’adjuvant est transporté à distance du site d’injection et persiste longtemps dans les organes lymphoïdes et le cerveau, ce qui est hautement indésirable au regard des effets notoirement neurotoxiques de l’aluminium. La survenue d’effets indésirables neurologiques chroniques après l’administration de vaccins contenant des adjuvants aluminiques a été décrite — chez l’homme mais aussi chez le mouton — dans plus de 10 pays. Bien que l’OMS ait signalé que « l’innocuité des adjuvants est un domaine important et négligé », la toxicité à long terme de ces adjuvants — fortement immunostimulants, biopersistants et neurotoxiques à faible dose — n’a fait l’objet d’aucune investigation expérimentale officielle et les rares études de référence sur lesquelles se sont appuyées les agences sanitaires pour déclarer l’innocuité des adjuvants aluminiques sont obsolètes et méthodologiquement irrecevables [2].

Également préoccupant, l’usage de placebos contenant l’adjuvant est autorisé dans les essais cliniques alors qu’il s’agit d’une conduite antiscientifique visant à occulter le risque lié aux adjuvants.

Nous pensons, comme plusieurs spécialistes au Canada, en Angleterre, en Israël, et en Espagne, que, si les vaccins actuels sont globalement sûrs, des susceptibilités individuelles existent et que la suppression des adjuvants aluminiques pour les vaccins de masse devra être envisagée à terme. Leur remplacement par des adjuvants moins problématiques, comme le classique et satisfaisant phosphate de calcium de l’Institut Pasteur ou des adjuvants de nouvelle génération, contribuerait à restaurer la confiance vaccinale.

Pour l’heure, la politique vaccinale annoncée semble être en décalage avec la rénovation des pratiques promise par le nouvel exécutif. Le moment paraît pourtant approprié pour une politique équilibrée au service des citoyens : assurer une couverture vaccinale optimale de la population « et en même temps » assumer, enfin, l’existence d’un risque possible lié à la multivaccination, et donc encourager la recherche sur les effets indésirables à long terme des adjuvants, les comprendre et les prévenir en identifiant les facteurs génétiques de susceptibilité individuelle qui y contribuent. Chiche ?


  • Toxic Story. Deux ou trois vérités embarrassantes sur les adjuvants des vaccins, par Romain Gherardi, éditions Actes Sud, octobre 2016, 256 p., 21 €.



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[1Collectif de parents d’enfants en bas âge. « Vaccins obligatoires, un geste politique autoritariste au profit des laboratoires », tribune parue dans Libération.

[2Masson JD, et collaborateurs, « Adjuvants aluminiques des vaccins : analyse critique des études toxico-cinétiques de référence », Annales pharmaceutiques françaises, 2017 ; 75(4) : 245-56.


Lire aussi : Obligation vaccinale : la guerre est déclarée

Source : Courriel à Reporterre

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et inters sont de la rédaction.

Photos :
. chapô : Torange.biz (CC-BY 4.0)
. bactéries :Wikipedia (CC0)

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