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Santé

Cadmium : quand les députés de droite et d’extrême droite ignorent les alertes des autorités sanitaires

L'Assemblée nationale à Paris, le 27 mai 2026.

Les effets néfastes du cadmium sur la santé sont démontrés, mais des députés de droite et d’extrême droite préfèrent ignorer ces études scientifiques. « C’est totalement irresponsable », dénoncent médecins et chercheurs.

Pour limiter notre exposition aux substances toxiques, mieux vaut ne pas trop compter sur la droite et l’extrême droite. Alors que l’Assemblée nationale doit se pencher, mercredi 3 juin, sur une proposition de loi visant à réduire les risques liés aux contaminations au cadmium dans l’alimentation, des députés du Rassemblement national (RN), de la Droite républicaine et d’Ensemble pour la République se sont distingués par des positions à contre-courant des recommandations des agences sanitaires.

Porté par les députés Benoît Biteau (Les Écologistes) et Clémentine Autain (L’Après), le texte sur le point d’être examiné par les députés a pour objectif de limiter la teneur en cadmium des engrais agricoles à 40 milligrammes par kilo (mg/kg) d’ici 2027 et à 20 mg/kg d’ici 2030, contre 90 mg/kg actuellement, soit 1,5 fois le seuil fixé par l’Union européenne. Il est soutenu par une centaine de parlementaires de tous les groupes (à l’exception du RN et de l’Union des droites pour la République, le parti d’Éric Ciotti), notamment par l’ancien ministre de la Santé Yannick Neuder (Les Républicains).

La cible de 20 mg/kg suit les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), qui appelait, dans un avis de mars, à agir au plus vite contre la « surexposition » des Françaises et Français au cadmium. Ce métal lourd, qui s’accumule dans le corps, est actuellement à une concentration « critique » dans les urines de près de la moitié de la population (47,6 %). 100 % des enfants de 2 à 3 ans dépassent les valeurs fixées par l’Anses pour leur tranche d’âge. Chez les enfants et les adultes non-fumeurs, 98 % de cette imprégnation est due à l’alimentation.

Lire aussi : « J’aimerais qu’elle ne soit pas morte pour rien » : le combat d’Alexandre Roussel contre le cadmium

Cancérogène, mutagène, toxique pour la reproduction, responsable d’atteintes rénales et de fragilités osseuses, néfaste pour le neurodéveloppement et le système cardiovasculaire… Les effets néfastes du cadmium sur la santé sont documentés par plus de 18 000 études publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture. Santé publique France alerte les autorités depuis 2021. « On a déjà perdu cinq ans, observe Pierre Souvet, cardiologue et président de l’Association Santé Environnement France. On ne peut plus attendre. »

L’extrême droite et la droite ignorent la science

« Pourquoi vous êtes alarmiste, catastrophiste ? » a pourtant lancé le 27 mai, en Commission de affaires économiques, le député (RN) Hervé de Lépinau à Benoît Biteau. « L’Anses nous dit qu’il n’y a pas de danger et de lien de causalité entre le cadmium présent dans le sol et la santé publique », a ensuite affirmé l’élu du Vaucluse. Pour appuyer son propos, le député — qui qualifiait récemment les scientifiques du Giec de « propagandistes » — a jugé bon de citer une phrase tirée du dernier avis de l’Anses, page 134 : « Chez l’Homme, aucune étude ne permet de montrer clairement une association entre exposition par voie orale et cancer. »

Prise isolément, cette phrase n’est en rien représentative de l’avis de 392 pages de l’Anses, qui rappelle à 12 reprises que le cadmium est reconnu, entre autres choses, cancérogène, et est à ce titre « préoccupant pour la santé publique ». Simplement, pour des raisons éthiques, il est impossible de réaliser avec ce genre de substances des études dites « randomisées en double aveugle », similaires à celles qui sont faites pour tester l’efficacité des médicaments.

« On ne peut pas couper une population en deux, donner à la moitié du cadmium, à l’autre un placebo, et voir ce que ça donne cinq ans après », explique à Reporterre Louis-Adrien Delarue, médecin généraliste et coadministrateur de l’association Alerte médicale sur les pesticides et perturbateurs endocriniens. La nocivité du cadmium a en revanche été mise en lumière par moult études toxicologiques in vitro« On a mis du cadmium sur des cellules en laboratoire, et on a vu ce que ça donnait », dit le médecin —, in vivo (c’est-à-dire menées sur des animaux) et enfin par des études épidémiologiques, reposant sur le suivi de populations exposées pendant plusieurs années.

« Je me demande si ce Monsieur a lu ne serait-ce que quelques-unes des études »

Récemment, une méta-analyse de onze études épidémiologiques publiée dans la revue Plos One a par exemple identifié une association significative entre l’exposition au cadmium et le cancer du pancréas, qui tue chaque année 12 000 personnes en France. Les individus les plus exposés ont deux fois plus de risque d’en contracter un que des individus peu ou non exposés. « Je me demande si ce Monsieur [Hervé de Lépinau] a lu ne serait-ce que quelques-unes des études sur le cadmium de la bibliothèque mondiale médicale », réagit le cardiologue Pierre Souvet, fondateur de l’Association Santé Environnement.

« C’est totalement irresponsable »

En février, lors des débats sur une précédente version de la proposition de loi (qui visait alors à interdire le cadmium des engrais phosphatés), le député RN Eddy Casterman affirmait « qu’aucune étude scientifique ne permet d’établir un lien direct entre la présence de cadmium chez l’être humain et l’agriculture ». « Rien ne justifie » selon lui d’interdire les engrais contenant du cadmium, « si ce n’est la volonté farouche de provoquer l’effondrement de la production agricole française »

L’Anses précise pourtant que les techniques de décadmiation existantes peuvent décontaminer les engrais phosphatés à un coût « raisonnable ». Ingénieur agronome de formation, Benoît Biteau l’a chiffré, après discussion avec des fabricants d’engrais, à 2 euros par hectare et par an. Le coût sanitaire de l’inaction, à l’inverse, pourrait selon l’Anses atteindre 2,6 milliards d’euros pour la seule ostéoporose, une maladie du squelette favorisée par le cadmium.

Le parti d’extrême droite s’échine aujourd’hui à atrophier le texte, via une proposition d’amendement autorisant par dérogation l’utilisation d’engrais contenant davantage de cadmium que ce que préconisent les autorités sanitaires.

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La droite n’est pas en reste. Émeline Rey-Rinchet, du groupe Droite républicaine présidé par Laurent Wauquiez, a déposé en mai un amendement proposant de « supprimer » l’article unique de cette proposition de loi, arguant qu’une interdiction des engrais contenant du cadmium n’est pertinente « ni sur le plan économique, ni sur le plan sanitaire ».

Une suppression également défendue par l’ancien ministre Guillaume Kasbarian, d’Ensemble pour la République, qui estime qu’il n’est « pas nécessaire de légiférer sur cette question », un arrêté étant en projet pour aligner la teneur en cadmium des engrais français sur le seuil européen de 60 mg/kg (une limite trois fois supérieure à celle recommandée par l’autorité sanitaire française). 86 députés du parti de Gabriel Attal, dont l’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher, souhaitent repousser à 2035 l’entrée en vigueur du seuil de 20 mg/kg, et le conditionner à une étude d’impact.

« C’est honteux pour les victimes, pour les scientifiques, pour les médecins »

« C’est totalement irresponsable, juge Louis-Adrien Delarue. Ces gens-là sont du mauvais côté de l’histoire. C’est honteux pour les victimes, pour les scientifiques, pour les médecins. Notre avis ne compte pas. » Dans son cabinet angoumois, le médecin généraliste est aux premières loges de « l’explosion des cancers » documentée par les études statistiques.

Lire aussi : Ce médecin opposé aux pesticides que l’extrême droite veut faire taire

Récemment, il a dû annoncer à une patiente de 32 ans qu’elle était atteinte d’un cancer du sein, une maladie dont le cadmium est un facteur de risque probable (entre autres contaminants). « Des familles entières sont ravagées. Je me demande pourquoi on continue à financer des hôpitaux, à financer de la recherche, pour au final ne pas écouter les recommandations des agences sanitaires. C’est leur cracher à la figure. »

Le cardiologue Pierre Souvet peine lui aussi à comprendre ces atermoiements, face à un problème de santé publique aussi massif. « Les enfants des familles qui votent à droite, au milieu ou à gauche sont tout autant touchés. S’il y a bien un sujet qui devrait être transpartisan, c’est celui-là. »

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