30 % de construction en plus ? Davantage d’étalement urbain, selon les ONG écologistes

Durée de lecture : 3 minutes

30 janvier 2012 / AFP

Autoriser la construction de 30% de logements supplémentaires, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, est une mesure « déraisonnable », selon plusieurs associations écologistes, qui y voient une façon d’encourager l’étalement urbain.


« Augmenter la constructibilité et l’étalement urbain, c’est déraisonnable », dénonce Benoît Hartmann, porte-parole de France Nature Environnement (FNE, représentant 3.000 organisations).

Le président Sarkozy [dans son intervention télévisée du 29 janvier] entend relancer le secteur du bâtiment et lutter contre la pénurie de logements en relevant, pour trois ans, de 30% les droits à construire sur les habitations et en libérant des terrains publics.

Résultat : « On va densifier partout (...) et il y a des rues de Paris où il va faire nuit la journée », ironise-t-on chez FNE.

En France, tous les sept ans, l’équivalent d’un département est déjà « artificialisé », c’est-à-dire retiré de son état naturel forestier ou agricole pour en faire des surfaces bâties (parking, routes, habitations) ou non (espaces verts, équipements sportifs), rappelle Benoît Hartmann.

L’annonce de Nicolas Sarkozy revient, ajoute-t-il, à généraliser un « bonus » existant déjà pour « les logements écologiques ». Dans la loi Grenelle 2 votée en 2010, ces 30% supplémentaires par rapport au COS (coefficient d’occupation des sols) sont réservés aux constructions « satisfaisant à des critères de performance énergétique élevée ou alimentées à partir d’équipements performants de production d’énergie renouvelable ou de récupération ».

« Le fait d’élever le COS n’est pas, en soi, une mauvaise nouvelle. Mais la bonne idée peut rapidement devenir une fausse bonne idée », met en garde l’avocat spécialisé sur l’environnement Arnaud Gossement.

Pour être efficace, estime-t-il, « il faut que le COS soit conditionné à la lutte contre l’étalement urbain et à un engagement environnemental dans la ville, en préservant des espaces pour la biodiversité. »

« Renoncements »

La Ligue ROC, de son côté, s’inquiète aussi pour la biodiversité : « Il y a des friches urbaines qui font des dents creuses et qui peuvent constituer un refuge de biodiversité au sein d’une ville densément bâtie... Il faudrait peut-être les garder », souligne Christophe Aubel, directeur de l’association, en appelant à faire un « diagnostic » territoire par territoire.

La « trame verte » pour la préservation des milieux naturels terrestres et la « trame bleue » pour les milieux aquatiques, créées par le Grenelle, pourraient aussi pâtir du nouveau plan, ajoute-t-il.

Plutôt que de construire toujours plus de logements, les organisations écologistes préconisent de réhabiliter les logements anciens aux piètres performances énergétiques. « Si on veut générer des emplois, lançons-nous dans la réhabilitation ! » propose Benoît Hartmann.

Pour Alain Thomas de l’association Bretagne Vivante, particulièrement sensible à la question des « capacités de l’agriculture » avec des surfaces toujours plus réduites, l’annonce de Nicolas Sarkozy « rejoint une longue liste de renoncements du gouvernement aux principes mis en avant lors du Grenelle ».

A l’inverse, les agriculteurs de la FNSEA se sont félicités dans un communiqué de « la redensification des villes », qui « peut permettre probablement de réduire l’artificialisation des sols et de protéger finalement le foncier agricole ».



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Source : Libération

Photo : 20 minutes

Lire aussi : Voiture et maison individuelle sont les mamelles de l’étalement urbain