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680 millions de personnes chassées par la montée des eaux, prévoit le Giec

Durée de lecture : 8 minutes

25 septembre 2019 / Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

Hausse du niveau des mers, fonte accélérée de la banquise, dégel du pergélisol : le rapport du Giec publié mercredi 25 sur les océans, la banquise et les glaciers revoit dans un sens pessimiste ses prévisions. Une piste de prévention urgente : protéger les écosystèmes.

Grèves pour le climat, marches partout dans le monde, Assemblée générale des Nations unies sur le réchauffement, rapport du Giec sur les océans… À partir du 20 septembre, des événements majeurs marquent la mobilisation pour lutter contre le changement climatique. Un moment essentiel, que Reporterre a décidé d’accompagner par une série d’articles de fond, sous le sigle « Huit jours pour le climat ».


Mercredi 25 septembre, à 11 heures, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) a dévoilé un rapport spécial sur les corrélations entre la crise climatique et les évolutions constatées dans les océans et la cryosphère. Pour établir cet état des connaissances scientifiques, plus de cent chercheurs ont étudié les conséquences du changement climatique sur les écosystèmes océaniques, côtiers, polaires et de montagne. Les scientifiques ont également analysé les répercussions de ces bouleversements pour les communautés humaines et les options qui s’offrent à elles pour s’adapter.

Au total, un quart des habitants de la planète est directement menacé par les conséquences du changement climatique sur l’océan et la cryosphère. Les zones côtières abritent 28 % de la population mondiale, dont 11 % vit à moins de 10 mètres au-dessus du niveau de la mer, et près de 10 % de la population mondiale vit dans les régions arctiques ou de haute montagne.

Ce document suit le rapport « 1,5 », paru en octobre 2018, et au rapport sur les terres émergées, publié en août 2019. Reporterre a lu le « résumé aux décideurs » issu de ce rapport et vous en révèle les grandes lignes :

Résumé aux décideurs

La hausse du niveau des mers s’accélère, les projections s’affolent

Fonte d’un iceberg au Groenland en août 2015.

Le rapport du Giec montre une accélération de la hausse du niveau des mers à l’échelle mondiale. Jusque dans les années 2000, cette élévation était majoritairement pilotée par la dilatation thermique des océans : en se réchauffant, l’eau de mer se dilate et occupe un volume plus important. Ce phénomène est toujours à l’œuvre, mais les scientifiques considèrent que l’accélération de la hausse du niveau des mers est principalement imputable aux fontes massives des calottes glaciaires du monde entier, et plus particulièrement au Groenland et en Antarctique. La perte de masse de la calotte glaciaire de l’Antarctique sur la période 2007-2016 a notamment triplé par rapport à 1997-2006.

Les projections d’élévation moyenne du niveau de la mer ont été revues à la hausse depuis les précédents rapports : si l’humanité ne fait rien pour diminuer drastiquement ses émissions de gaz à effet de serre, le Giec estime maintenant que la hausse pourrait dépasser 1 mètre en 2100 (selon le scénario RCP 8.5). Cette tendance menace directement près de 680 millions de personnes vivant dans les zones côtières de basse altitude, soit 10 % de la population mondiale. Les inondations et les cyclones tropicaux intenses devraient se multiplier et certains états insulaires devenir inhabitables. La montée des eaux risque aussi de submerger des zones humides côtières précieuses, car elles protègent le littoral des tempêtes et de l’érosion, tout en capturant d’importantes quantités de carbone. Près de 50 % des zones humides côtières ont déjà été perdues au cours des 100 dernières années.

Réchauffement, acidification et manque d’oxygène bouleversent la répartition des espèces marines

Des bélugas dans l’Arctique, en mai 2019.

Depuis les années 1980, l’océan a absorbé entre 20 et 30 % du CO2 émis par l’humanité, ce qui a permis de limiter le réchauffement des températures globales. Là où le bât blesse, c’est qu’en absorbant cette énergie, les océans se sont réchauffés, acidifiés et ont perdu en oxygène. Sans réduction des émissions, l’acidité de l’océan augmenterait encore d’environ 150 % en surface d’ici 2100, tandis que 80 % de sa couche supérieure risquerait de perdre en oxygène d’ici 2050.

Les récifs coralliens, abritant une biodiversité très riche, sont ravagés par la conjugaison de ces phénomènes, qui ont entraîné le blanchissement massif de ses coraux depuis 1997. Les dégâts sont déjà irréversibles, car même si le réchauffement climatique était limité à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, presque tous les récifs coralliens d’eau chaude seraient condamnés à subir d’importantes pertes.

Les scientifiques constatent aussi que les aires de répartition des organismes marins sont totalement chamboulés, avec des répercussions en cascade sur la structure et le fonctionnement des écosystèmes. Dans de nombreuses régions, principalement sous les tropiques, la diminution de l’abondance des stocks de poissons, de mollusques et de crustacés a contribué à réduire les prises des pêcheurs. La sécurité alimentaire et les moyens de subsistance des communautés locales et des peuples autochtones, dépendants de la pêche, sont en péril.

Selon les projections du Giec, ces perturbations n’en sont qu’à leurs prémices. L’océan continuera de se réchauffer tout au long du XXIe siècle. D’ici 2100, dans le pire des scénarios (RCP 8.5), les océans absorberont de 5 à 7 fois plus de chaleur que ce qui est observé depuis 1970.

Les glaces du globe fondent à grande vitesse

Le glacier Sjettebreen, au Svalbard, en mai 2019.

Ces dernières décennies, le réchauffement des températures a entraîné un rétrécissement généralisé de la cryosphère. Les glaciers du monde ont considérablement fondu, à l’image de l’inlandsis du Groenland qui a perdu près de 278 gigatonnes de sa masse de glace, par an, entre 2006 et 2015. L’accélération de l’écoulement et du recul des glaces en Antarctique, entrée dans une phase d’instabilité irréversible, pourrait entraîner une élévation du niveau de la mer de plusieurs mètres en quelques siècles.

La fonte des glaces et l’augmentation des températures altèrent le fonctionnement des courants marins en provoquant, entre autres, le ralentissement du courant Nord Atlantique, des tempêtes hivernales en Europe, et une réduction des précipitations au Sahel et en Asie du sud. Le recul des glaciers et l’évolution de la couverture neigeuse ont contribué à des baisses de rendements agricoles dans certaines régions de haute montagne, dont l’Hindu Kush Himalaya et les Andes tropicales. Ils menacent aussi l’accès à l’eau dans différents endroits du monde, en modifiant la quantité d’eau disponible et la saisonnalité des ruissellements.

En raison de l’inertie du système Terre, la perte de masse des glaciers, la diminution des couvertures neigeuses et de l’étendue de la glace de mer arctique devraient se poursuivre au moins jusqu’en 2050. L’ampleur des changements cryosphériques dépendra ensuite de l’évolution des émissions de gaz à effet de serre. En cas d’inaction, les régions où les glaciers sont pour la plupart petits, comme l’Europe centrale, le Caucase, l’Asie du Nord, ou la Scandinavie, devraient perdre plus de 80 % de leur masse glaciaire actuelle et ce d’ici 2100, selon le scénario pessimiste (RCP8.5).

Le pergélisol, une bombe à retardement

Pergélisol en train de fondre dans la péninsule de Yamal, dans le nord de la Russie, en 2009.

Le pergélisol, sol gelé depuis des milliers d’années, dégèle peu à peu sous l’effet du réchauffement climatique. D’après le rapport, la fonte du pergélisol atteint des niveaux records. Quand ils se dégèlent, ces sols libèrent de grandes quantités de méthane, un gaz à effet de serre au potentiel de réchauffement très élevé, du mercure et des virus anciens.

Le rapport laisse entendre que la possibilité d’un dégel généralisé du pergélisol au cours du siècle et au-delà est très forte. D’ici 2100, 24 % du pergélisol pourrait être dégelé, dans le scénario le plus optimiste (RCP2.6) et 69 % pour le plus pessimiste (RCP8.5). Le scénario RCP8.5 conduirait à la libération cumulée de centaines de milliards de tonnes de carbone sous forme de CO2 et de méthane dans l’atmosphère d’ici 2100, ce qui exacerberait le changement climatique.

Une solution urgente : protéger les écosystèmes

La Grande Barrière de corail en mars 2017. Les coraux blanchissent rapidement sous l’effet du changement climatique.

Le rapport spécial du Giec est conçu pour permettre aux « décideurs », tels que les élus politiques, de prendre des décisions « éclairées » pour la mise en œuvre de plans d’adaptation au changement climatique.

Les scientifiques constatent que les mécanismes de gouvernance mis en œuvre pour adapter les sociétés aux dérèglements climatiques ne sont souvent pas assez efficaces, du fait notamment d’obstacles financiers, technologiques, institutionnels et de l’incertitude quant à l’ampleur et au rythme des bouleversements à venir. Pour renforcer la résilience des océans et de la cryosphère, les chercheurs donnent des pistes : la protection des écosystèmes côtiers, remparts pour atténuer les vagues, leur restauration, une gestion intégrée des ressources en eau ou encore la pêche raisonnée. « L’expérience acquise à ce jour - par exemple, en réponse à l’élévation du niveau de la mer, aux risques liés à l’eau dans certaines hautes montagnes et aux risques liés au changement climatique dans l’Arctique - révèle l’influence favorable d’une perspective à long terme dans la prise de décisions à court terme », écrivent les auteurs.

Les constructions de digues ou de bâtiments sur pilotis peuvent s’avérer efficace, mais ne sont pas toujours suffisantes. Dans certains cas, des populations pourraient être contraintes de migrer pour s’adapter à la montée des eaux. La coopération, l’éducation aux sciences climat, l’équité sociale et la réduction de la vulnérabilité sont également considérés comme des leviers essentiels pour l’adaptation des sociétés humaines. « Ces investissements permettent de réduire les risques à court terme et de renforcer la résilience à long terme  », précise le rapport.

Enfin, les scientifiques soulignent qu’il est « essentiel de réduire d’urgence et de manière ambitieuse les émissions » de gaz à effet de serre, afin d’atténuer l’ampleur des changements à venir et d’éviter que les efforts d’adaptation à produire ne deviennent insurmontables. 


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Lire aussi : La fonte accélérée des glaces fait monter les océans plus vite que prévu

Source : Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos :
. chapô : de la glace dérivant dans l’océan Arctique en avril 2016 dans l’archipel norvégien de Svalbard. © Nick Cobbing / Greenpeace
. pergélisol : © Greenpeace / Steve Morgan
. Sjettebreen : © Denis Sinyakov / Greenpeace
. Grand Barrière de corail : © Dean Miller / Greenpeace
. iceberg : © Greenpeace / Nick Cobbing
. bélugas : © Christian Åslund / Greenpeace



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