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Climat

Visa climatique : aux Tuvalu, les pollueurs se rachètent une bonne conscience

Funafuti, un atoll des Tuvalu, a été classé comme extrêmement vulnérable au changement climatique par les Nations unies. Ici en 2019.

Plus de 80 % des habitants des Tuvalu, archipel menacé par la montée des eaux, a postulé au visa climatique de l’Australie. Certains dénoncent toutefois la responsabilité australienne dans les émissions de CO2.

Il n’aura pas fallu longtemps aux habitants des Tuvalu, archipel situé dans l’océan Pacifique Sud, pour manifester leur intérêt pour le « visa climatique » mis à leur disposition par l’Australie.

Au 18 juillet, date de fermeture de la vague de candidatures inaugurale, 8 750 demandes ont été enregistrées, selon les chiffres du Haut-commissariat australien dans l’archipel. Le tout en l’espace d’un mois. Un nombre représentant 82 % de la population totale de l’archipel, qui pourrait devenir inhabitable d’ici 2100 en raison de la montée des eaux.

En 2023, les Tuvalu et l’Australie avaient annoncé la signature d’un traité (l’Union Falepili) qui reconnaissait le changement climatique comme la principale menace pesant sur l’archipel des Tuvalu. Le texte inclut la création d’un visa australien spécial, permettant aux habitants des Tuvalu d’obtenir la résidence permanente en Australie. Qualifié par de nombreux médias de premier visa de « réfugié climatique  », il permettra, en 2026, à 280 Tuvaluans tirés au sort d’immigrer en Australie.

Rester dans l’archipel : priorité n°1

Qualifier ce document de « visa climatique » serait toutefois inexact, selon Jane McAdam, directrice du Centre Kaldor pour le droit international des réfugiés de l’université de Nouvelle-Galles du Sud, à Sydney. Les Tuvaluans « peuvent postuler pour les raisons qu’ils souhaitent, il n’est pas nécessaire de prouver qu’ils sont affectés par les effets du changement climatique », rappelle-t-elle.

Le nombre massif de candidatures ne tient donc, selon elle, pas uniquement dans la volonté d’un exil climatique.

« On ne peut pas dire que 80 % des Tuvaluans souhaitent désespérément quitter les Tuvalu demain. Nombre d’entre eux ont comme priorité n°1 de rester, poursuit Jane McAdam. Certains voient davantage ce visa comme une opportunité, un filet de sécurité. Ils sont libres d’aller travailler en Australie, y étudier, retrouver de la famille sur place, et de revenir quand ils souhaitent dans les Tuvalu. »

« Si l’Australie et les autres cessaient de polluer… Nous aurions un avenir »

Militante écologiste tuvaluane de 26 ans, Gitty Keziah Yee réfute elle aussi la dénomination de « réfugié climatique » parfois utilisée. « Notre peuple est résilient, et on ne restera pas les bras croisés à ne rien faire. On ne fuira pas, on se bat pour notre culture et notre futur », indique-t-elle.

Membre de l’ONG Tuvalu Climate Action Network, elle salue l’opportunité offerte par l’Australie, mais rappelle l’ironie de voir ce visa offert par un pays contribuant massivement aux émissions globales de gaz à effet de serre. « Nous sommes reconnaissants que l’Australie nous offre le choix de migrer. Mais nous, on leur propose aussi de faire le choix d’abandonner l’exploitation des mines de charbon », reprend la militante.

En août 2024, le ministre des Tuvalu chargé du Changement climatique, le Dr Maina Talia, s’était joint à plusieurs autres dirigeants de pays du Pacifique pour appeler l’Australie à mettre fin à l’exploitation des énergies fossiles. « L’exploitation, le subventionnement et l’exportation des combustibles fossiles sont immoraux et inacceptables », avait-il déclaré. Des propos réitérés un mois plus tard auprès du Guardian, après l’annonce par le gouvernement australien de la prolongation de la durée de vie de trois mines de charbon.

« Si l’Australie et les autres pays cessaient de polluer la planète et de la détruire, nous aurions un avenir, et personne ne serait contraint de quitter son propre pays », poursuit Gitty Keziah Yee.

Une demande répétée par la Cour internationale de justice le 23 juillet, dans un avis « historique », estimant obligatoire pour tous les États de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et de « coopérer de bonne foi les uns avec les autres » afin de ne pas bafouer les droits humains.

Le traité signé entre l’Australie et les Tuvalu, l’Union Falepili, signifie « bons voisins », « respect », voire « prendre soin les uns des autres », explique la militante du Tuvalu Climate Action Network. « Si l’Australie est vraiment ce grand frère dans le Pacifique, il doit arrêter de polluer autant. »

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