A Bordeaux, des étudiantes éveillent les consciences des consom’acteurs

Durée de lecture : 3 minutes

7 avril 2015 / Benjamin Pietrapiana (Reporterre)

Au cœur du campus et de la zone des universités de Bordeaux, l’association Les Jeunes Consom’Acteurs rappelle que consommer est un geste politique.

- Bordeaux, correspondance

Ce ne sont pas les résultats des élections départementales qui nous feront mentir. Le désintérêt des Français pour la politique et les problématiques écologiques est manifeste. Les Jeunes Consom’Acteurs de Bordeaux est une jeune association qui veut changer cela.

L’idée a germé dans l’esprit de Sophia Ed-danni durant l’été 2014. Accompagnée de Brigitte Frayret, elle s’est lancée en septembre dans l’objectif d’agir à leur échelle, dans le milieu estudiantin de Bordeaux (en photo de chapô : de gauche à droite, Brigitte, Clara et Sophia). Ces deux étudiantes en droit sont maintenant co-présidentes de l’association. Articulées autour des principes de la consom’action, leurs actions visent à sensibiliser, « éveiller les consciences et responsabiliser les étudiants ! »

L’urne et le panier

La consom’action est un néologisme, mais il n’en recouvre pas moins une réalité. Pour Sophia, c’est « conscientiser ses achats et voter avec son panier pour promouvoir certaines valeurs comme le locavorisme ou la diminution de la consommation de viande. » Consommer n’est pas un geste anodin et les consom’acteurs insistent sur sa dimension politique.

« Le consommateur ne se rend pas compte de son pouvoir, il est possible de peser, voire d’inverser les rapports de force, ne serait-ce qu’avec le boycott », dit Brigitte. Pour elle, le choix par le panier est complémentaire du bulletin de vote, le premier pallie les lacunes du second. « Beaucoup de jeunes ne votent pas, c’est là l’occasion d’avoir quand même un impact », ajoute Clara, membre active responsable du pôle communication.

Jusqu’à présent, les événements proposés par les Jeunes Consom’Acteurs consistent en la diffusion d’un documentaire suivi d’un débat animé par des spécialistes. « Il faut prendre conscience avant d’agir », dit Sophia. Une de leurs dernières interventions portait sur le thème de la société de consommation. Le documentaire Vivez-Prospérez-Consommez de Gene Brockhoff a été projeté.

Théorie et pratique

Dans ces moments, les amphithéâtres de la fac de bordeaux accueillent une population intergénérationnelle et hétéroclite. Une réussite donc, car Les Jeunes Consom’acteurs de Bordeaux rassemblent et « pas que des gens acquis à la cause », se félicite Clara. Mais c’est au contact direct avec un problème que l’on en ressent et saisit les enjeux.

« Nous souhaitons lier les deux dimensions théoriques et pratiques. Par exemple avec la Conférence sur la pollution de la mer et de l’océan suivie de la sortie "nettoyons les plages". L’information en amont donne du sens à l’action et mettre la main à la pâte montre aux jeunes qu’ils ont la possibilité d’agir ».

Les Jeunes Consom’Acteurs refusent la politique dans le cadre de l’association. « On essaye de s’en écarter, on se fiche des provenances et penchants politiques des membres. »

Sophia est optimiste pour sa génération et ne partage pas la désaffection de la politique et la morosité ambiante : « De plus en plus de jeunes prennent conscience et s’investissent dans le concret. Il ne faut pas perdre espoir ! »

Optimistes... et ambitieux, les Jeunes Consom’acteurs de Bordeaux ne comptent pas s’arrêter là. Cet été, un « Guide du Consom’Acteur » est prévu. Il donnera des conseils, indiquera les bonnes adresses et bons plans pour consommer autrement.

A la rentrée de septembre 2015, l’association proposera une collaboration avec l’université pour réduire le gaspillage au restaurant universitaire et instaurer le tri dans les poubelles de la fac. Précision : pas d’inquiétude, les moins jeunes sont également les bienvenus.


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Lire aussi : À la fac de Bordeaux, les étudiants choisissent l’option jardin

Source et photos : Benjamin Pietrapiana pour Reporterre

. Photo chapô : de gauche à droite, Brigitte, Clara et Sophia

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