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A Bornéo, il n’y a plus assez de forêt pour accueillir les gibbons libérés

Durée de lecture : 4 minutes

5 septembre 2012 / AFP


Depuis l’âge de 18 ans, un Français vit en pleine jungle, parmi les singes gibbons, pour les sauver de l’anéantissement que leur promet la déforestation. Seul, il se dresse contre les multinationales et les responsables corrompus. Parfois au risque de sa vie.

« Le petit gamin un peu étrange qui s’intéresse aux singes au lieu de jouer aux jeux vidéos » : la presse locale du sud de la France ne s’était pas trompée sur Aurélien Brulé, cet ado qui, à 12 ans, passait ces mercredis devant la cage des gibbons du zoo de Fréjus (Var), ville où il est né le 2 juillet 1979.

A seulement 16 ans, le garçon publie une véritable petite encyclopédie sur cette espèce de primates très menacée, et reconnaissable à son visage auréolé d’un anneau blanc.

Dans les médias, l’ado évoque son rêve de « partir en Asie sauver les gibbons ». Un article tombe sous les yeux de la comédienne et humoriste française Muriel Robin. Et le téléphone sonne chez Aurélien : « J’ai éclaté de rire quand j’ai entendu : ’C’est Muriel Robin’, mais elle me dit : Tu pars sauver les singes ».

A 18 ans, Aurélien s’envole pour l’île de Bornéo. Pendant trois mois, il remonte la jungle pour arriver jusqu’aux terres tribales des Dayak. « Ils avaient vu leur premier Blanc en 1990 ». C’est dans ces forêts tropicales, royaume des gibbons, qu’il décide d’installer un refuge.

Mais il faut une autorisation : le jeune homme part pour Jakarta. Sans rien connaître des méandres de l’administration indonésienne kafkaïenne, il met « trois jours à trouver le bon bureau ».

Un officiel le reçoit finalement. A la question « Quelles études avez-vous faites ? », Aurélien est bien obligé de répondre « aucune ». « Le responsable jette mon dossier par terre en me disant : retourne d’abord à l’école ».

Mais l’adolescent têtu n’en démord pas : pendant neuf mois, il ira tous les jours de la semaine revoir les autorités. Enfin, en septembre 1999, il arrache un accord et repart dans la jungle.

En pleine forêt, il coupe deux arbres et bâtit une cabane à laquelle il accroche un écriteau où s’inscrit fièrement « Kalaweit » (gibbon en langue dayak), le nom de sa toute nouvelle association.

Depuis, « Kalaweit » est devenu « le plus important programme de réhabilitation de gibbons au monde », avec 252 spécimens, une cinquantaine d’employés, une radio et un budget annuel de 400.000 euros, dépendant de dons privés.

Et pourtant, « ce n’est pas une réussite mais un échec », laisse tomber celui qui se fait aujourd’hui appeler Chanee (gibbon en thaïlandais). Car le rêve du gamin, celui de « réhabiliter » les gibbons libérés de cages, était « un fantasme ». Pointant du doigt un couple dont la mère serre un bébé sur son ventre, il lâche : « Eux, ils sont prêts à être relâchés mais aucune forêt ne peut les accueillir ».

Une famille de gibbons a besoin de 15 hectares de jungle. Très territorial, l’animal tue tout membre de son espèce qui vit trop proche. Or la jungle est déjà surpeuplée en raison de la déforestation dont est victime Bornéo. « L’équivalent de six terrains de football disparaît chaque minute en Indonésie, pour faire place aux palmiers à huile », enrage Chanee.

C’est donc à la déforestation que Chanee a élargi sa croisade. En 2003, Kalaweit a acheté 100 hectares de jungle pour en faire une réserve. Et en août, l’organisation recevra un paramoteur (parapente à moteur) qui lui permettra de photographier les coupes illégales dont continuent à être victimes les forêts « protégées ». « On pourra dire où aller sévir et dénoncer la corruption ».

Mais se dresser contre les géants de l’huile de palme, dans un combat à la David contre Goliath, n’est pas sans risques.

Chanee ne manque certes pas de courage. Pour s’en persuader, il suffit de l’avoir vu sauter sur un ours échappé du refuge de Kalaweit, qui n’accueille pas seulement des gibbons mais tout animal en détresse. La bête a enfoncé ses crocs dans la main de Chanee, mais il n’a pas lâché. « Ca fera le pendant avec ma cicatrice de morsure de gibbon, à l’autre main », a-t-il simplement plaisanté.

Mais il y a plus méchant que les ours. En 2009, Chanee et sa femme Prada ont été attaqués par des bûcherons. « Va-t-en Boulé » (« Blanc » en indonésien), lui disaient-ils en le rouant de coups.

Depuis, un gardien a été embauché pour surveiller la maison où vivent Prada et ses deux garçons Enzo (deux ans) et Andrew (huit ans).

Parfois appelé le « Dian Fossey français », en référence à cette Américaine qui a voué sa vie aux gorilles africains avant d’être assassinée, Chanee reconnaît que le risque est « réel ». « Mais c’est un risque a prendre. On n’a rien sans rien ».



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Source : 20 minutes

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