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Reportage — Climat

À Clermont-Ferrand, ils marchent pour des alternatives au tout-voiture

La marche pour le climat à Clermont-Ferrand, le 12 mars 2022.

À Clermont-Ferrand, comme dans 110 villes françaises, une marche pour le climat était organisée, samedi 12 mars, à l’appel de nombreuses associations locales.

Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), reportage

« Ce n’est pas le bon Amazon(e) qu’on détruit. » Pancarte tenue en direction du ciel, un enfant s’émerveille de la chorégraphie qui se joue devant lui. Une dizaine de femmes, en bleu de travail, alertent en musique sur le désastre écologique qui se joue sous nos yeux. Place de Jaude, à 15 heures, sous la pluie, ils sont quelques centaines à avoir répondu à l’appel pour la marche pour le climat. « C’est vrai que l’actualité nous détourne de cette urgence climatique, et en même temps, la guerre contre l’Ukraine nous rappelle que les énergies fossiles sont une vraie question », dit un manifestant.

Ce rappel des énergies fossiles est bien présent dans le Puy-de-Dôme. Majoritairement rural, les habitants du département ont besoin de la voiture pour la plupart des trajets. « Ici, on a un réel problème concernant les transports en commun, explique Grégoire, de Greenpeace 63. Nous n’avons quasiment plus de trains. Et les élus ont préféré réinvestir dans la ligne aérienne Clermont-Orly que de se concentrer sur le ferroviaire. De façon plus locale, nous manquons de transports en commun. Il y a peu de bus en dehors du centre-ville de Clermont-Ferrand. »

Si la ville a décidé de développer les pistes cyclables, il reste difficile de faire du vélo dans les moyennes montagnes. « J’ai loué un vélo électrique à 250 euros le trimestre, ça me revient moins cher que d’en acheter un. Certes, il reste la problématique des batteries et de l’extraction de lithium. Mais ici, il m’est impossible de me déplacer avec un simple vélo. On a trop de côtes », confie, tout sourire, un manifestant.

© Eloïse Lebourg/Reporterre

« La bataille est politique »

Les dossiers locaux sont débattus dans la foule : la ligne Orly-Clermont financée par les subventions publiques ; les fermetures de lignes de train ; mais aussi, le dossier Volvic, où la filiale Eau de Danone a été autorisée à pomper l’eau même en période de sécheresse. Tout comme Limagrain qui a le droit de pomper dans les nappes pour arroser les champs de maïs.

« La crise écologique c’est aussi et surtout une crise sociale, dit une manifestante. Ici, les gens ont les moyens d’être là, dans la rue avec leurs pancartes. Tu ne peux lutter contre le réchauffement climatique que quand tu as les moyens. Mais manger bio, bien s’habiller, isoler sa maison, tout ça a un coût. »

« Mon unique but, c’est de maintenir la planète pour la rendre vivable »

Alice regarde son bébé endormi dans la poussette : « Je faisais peu de manifestations avant. Quand le rapport du Giec [1] est sorti l’an dernier, j’étais enceinte. Et je me suis dit, avec sarcasme, qu’il était trop tard pour avorter. Mais mettre au monde en ce moment, c’est questionnant. »

Son compagnon acquiesce : « Les citadins ont des alternatives. Pas nous. Pour aller bosser, on doit prendre la voiture. On a grandi à la campagne, on nous disait de passer le permis avant de passer le bac. On ne se déplaçait qu’en scooter. Les lignes de bus n’existaient pas. Et ça n’a guère évolué. Alors, on peut faire des efforts, mais on ne peut pas lutter contre les pouvoirs publics qui préfèrent investir dans les autoroutes. La bataille est politique. »

Le jeune homme regarde sa petite fille, qui dort paisiblement au beau milieu de la manifestation. « Moi, mon unique but, c’est de maintenir la planète pour la rendre vivable. Et désormais, je ne le fais plus uniquement pour moi. »

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