G7 d’Évian : Emmanuel Macron efface le climat de l’agenda pour « ne pas fâcher » Donald Trump
Emmanuel Macron « a décidé de ne pas fâcher monsieur Trump, qui est climatosceptique ». - © Alex Wong / Getty Images via AFP
Emmanuel Macron « a décidé de ne pas fâcher monsieur Trump, qui est climatosceptique ». - © Alex Wong / Getty Images via AFP
Alors que débute lundi 15 juin à Évian, en Haute-Savoie, le sommet du G7 présidé par la France, plusieurs ONG déplorent « l’apathie généralisée des grandes puissances face à Donald Trump ».
« Vous l’aurez compris, nous ne sommes pas très fans de ce G7. » Cette phrase prononcée par Fanny Petitbon, responsable France de l’ONG environnementale 350.org, résume bien l’état d’esprit des organisations de la société civile. Lundi 15 juin, et jusqu’au 17, débute le sommet du G7 d’Évian-les-Bains (Haute-Savoie). Présidé cette année par la France, ce forum rassemblant plusieurs des principales puissances économiques mondiales (États-Unis, Canada, Japon, Royaume-Uni, Allemagne, Italie et France) a prévu de placer la réduction des « déséquilibres mondiaux » au cœur des discussions de cette édition. De nombreux enjeux essentiels ne figurent pourtant pas à l’agenda de l’événement, comme l’ont déploré six ONG lors d’une conférence de presse organisée à Paris mercredi 10 juin (Réseau Action Climat, Oxfam France, Action contre la faim, 350.org, Solidarités international et CCFD-Terre solidaire).
« Ce G7 restera dans l’histoire comme celui où le climat aura été un tabou total », a ainsi déclaré Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat, en soulignant qu’Emmanuel Macron « a décidé de ne pas fâcher monsieur Trump, qui est climatosceptique ». « Alors même que les pays du G7 ont une responsabilité historique en la matière, la France a donc choisi de nier totalement l’urgence climatique et a fortiori toutes les populations qui en subissent les effets », a-t-elle ajouté.
Comme le note Alan Anic, chargé de campagne et de plaidoyer Solidarités internationales chez Oxfam France, la présence du président étasunien à Évian permet aux autres participants de se dédouaner de leur propre inertie sur divers sujets : « La France et les autres pays du G7 utilisent la participation des États-Unis comme prétexte à leur propre inaction. Or, rien ne les empêche de formuler des engagements. »
« Lâcheté des pays » du G6
Réduction de l’aide publique au développement à destination des pays les plus pauvres (une baisse de 48 milliards de dollars — soit 41,5 milliards d’euros — entre 2024 et 2025 de la part des pays du G7 d’après Oxfam, soit la baisse la plus importante de l’histoire du forum), crise de la dette « qui asphyxie de nombreux pays du Sud », concentration « extrême » des richesses, immense recul sur l’égalité de genre… Autant de questions qu’il s’agirait de traiter prioritairement durant ce G7 selon les ONG, qui appellent les membres du groupe à faire preuve de « courage ».
« Ce G7 restera dans l’histoire comme celui où le climat aura été un tabou total. »
Idem s’agissant de la crise énergétique provoquée par la guerre en Iran. « Sur ce sujet aussi, il s’agit de ne pas froisser Trump. Il serait pourtant urgent qu’un plan de sortie des énergies fossiles ressorte de ce G7 », a affirmé Fanny Petitbon. Elle rappelle qu’au-delà de ses effets catastrophiques sur le réchauffement climatique, « notre dépendance aux hydrocarbures permet à des entreprises de s’en mettre plein les poches pendant que la majorité des ménages a du mal à payer ses factures d’énergie ».
Dans une analyse publiée le 15 juin et pointant la « lâcheté » des pays du G6 [1], Oxfam révèle ainsi que « 41 milliardaires de l’énergie du G7 ont vu leur fortune augmenter de 23,5 milliards de dollars depuis le début de la guerre illicite menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran ». De la même manière, « les bénéfices de six majors pétrolières devraient grimper en flèche de 80 % (68 milliards de dollars) par rapport aux prévisions d’avant-guerre ». L’ONG table sur des bénéfices cumulés de 152 milliards de dollars en 2026, « soit l’équivalent de 416 millions de dollars par jour ». Alors que la France refuse toujours de taxer les superprofits colossaux de TotalEnergies, les organisations de la société civile estiment ainsi indispensable de mettre en œuvre une telle mesure afin de « protéger les populations de la crise ».
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« L’apathie généralisée des grandes puissances face à Trump montre que l’on a besoin de repenser les cadres de la gouvernance mondiale. C’est vers d’autres espaces beaucoup plus inclusifs et démocratiques, qui répondent aux défis actuels, que l’on va se tourner », a renchéri Robin Guittard, directeur adjoint du plaidoyer chez CCFD-Terre solidaire, rappelant que « les pays du Sud et la société civile demandent depuis des années d’être autour de la table ». Société civile qui, de façon inédite, « n’a pas eu le droit d’avoir accès à ce G7 pour observer les discussions », a déploré Anne Bringault.
Pour les ONG, alors que le « G7 est devenu inopérant », il est ainsi important de soutenir « les mécanismes onusiens, qui sont beaucoup plus équilibrés ». Parmi eux : une Convention-cadre sur la coopération fiscale internationale, laquelle est actuellement en cours de négociation.