« Le changement climatique est sexiste » : des femmes du Sud global interpellent les États avant le G7 Environnement
De g. à d. : Augustine Rasomahafaly, Hoang Thi Ngoc Ha, Gladys Yolanda Guamán Casillas et Fatou Ndoye. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
De g. à d. : Augustine Rasomahafaly, Hoang Thi Ngoc Ha, Gladys Yolanda Guamán Casillas et Fatou Ndoye. - © NnoMan Cadoret / Reporterre
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Le changement climatique touche particulièrement les femmes et les minorités, ont rappelé cinq porte-parole du Sud global, présentes à Paris. Elles réclament que cet enjeu soit pris en compte lors du G7 Environnement.
Paris, reportage
La sociologue sénégalaise Fatou Ndoye nous l’a dit avec force, rappelant la responsabilité historique des pays du Nord dans les émissions de gaz à effet de serre : « Dans les pays du Sud, nous voyons chaque jour les effets du changement climatique sur les femmes : ce sont elles qui sont le plus impactées. Mais elles ne sont pas que victimes, elles sont aussi vectrices de solutions. »
Lundi 20 avril à Paris, cinq activistes féministes et pour le climat originaires de pays du Sud global (Vietnam, Sénégal, République démocratique du Congo, Madagascar, Équateur) se sont exprimées au Forum 104 dans le cadre d’une conférence de presse organisée par quatre ONG [1] membres de Women7 [2].
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Le but, alors que les ministres de l’Environnement des pays membres du G7 (France, Canada, Allemagne, Italie, Japon, Royaume-Uni et États-Unis) se rencontreront dans la capitale les 23 et 24 avril ? Réclamer que le lien entre changement climatique et inégalités de genre soit intégré à leurs discussions et qu’ils prennent des engagements en la matière. Pour l’heure, cette question — et plus généralement celle de l’égalité de genre — ne figure ni à l’agenda de ce G7 Environnement, ni à celui du Sommet du G7 qui aura lieu à Évian (Haute-Savoie) du 15 au 17 juin.
Un sujet qui « crispe »
Pourtant, comme l’a rappelé Mathilde Henry, responsable plaidoyer chez Care France, « le changement climatique est sexiste ». 158 millions de femmes et de filles supplémentaires, en particulier dans les pays du Sud, pourraient basculer dans la pauvreté d’ici 2050 en raison de ce phénomène, d’après un rapport de l’Organisation des Nations unies (ONU) publié en 2024.
Selon Marine Pouget, responsable gouvernance internationale sur le climat au Réseau Action Climat, il faut donc que la France, qui préside cette édition du G7 et est dotée depuis 2019 d’une stratégie de diplomatie féministe, « soit courageuse politiquement et cohérente avec ses propres engagements ».
« Si vous menez une transition écologique qui ne prend pas en compte les droits des personnes les plus vulnérables et marginalisées, ce qui est en général le cas des femmes et des minorités de genre, celle-ci ne fonctionnera pas », a souligné Marine Pouget, affirmant que la question des inégalités de genre était un sujet qui « crispe » dans le cadre de ce G7 Environnement.
Celui du climat a par ailleurs été écarté des réunions prévues en raison de la participation des États-Unis — le terme « changement climatique » étant désormais interdit d’utilisation par l’administration étasunienne.
« Nous avons proposé des temps informels pour discuter de l’enjeu genre et climat, mais cela nous a été refusé », a ajouté Marine Pouget. Lors d’un point presse organisé ce même 20 avril, le ministère de la Transition écologique, interrogé par Reporterre à ce propos, a affirmé que le créneau de « l’événement » proposé « ne collait pas en termes d’agenda ». Mais que l’institution travaillait à l’organisation d’un « “side event”, soit une initiative labellisée G7 mais dont la composition est plus libre que des négociations formelles entre représentations d’États » sur ce sujet « absolument prioritaire ».
« La situation est désespérée »
Des femmes et des enfants se retrouvent de fait à ne pas pouvoir se nourrir en raison de la sécheresse, comme l’a raconté Gladys Yolanda Guamán Casillas, spécialiste en agroécologie originaire de l’Équateur. « Les femmes gèrent les exploitations agricoles car les hommes sont partis gagner leur vie ailleurs. La situation est désespérée : nous avons perdu l’accès à l’eau pour cultiver nos terres », a-t-elle déclaré. Et de dénoncer à quel point il est difficile de « défendre les communautés autochtones face au gouvernement équatorien, qui porte plainte contre [eux] et ne prend pas en compte [leur] parole ».
Elle a ainsi appelé au soutien économique des membres du G7 (mais pas que) et à ce qu’ils soient « moteurs afin que d’autres pays qui n’écoutent pas les femmes comprennent qu’il faut le faire ».
Même discours du côté de Hoang Thi Ngoc Ha, chercheuse vietnamienne spécialisée dans les solutions fondées sur la nature et l’intégration du genre dans l’adaptation climatique. « Au Vietnam, où de nombreuses personnes dépendent de la production forestière, les femmes et les minorités ethniques sont particulièrement touchées par le changement climatique », a-t-elle dit. Avant d’ajouter, sur une note plus positive : « Elles ne sont pas seulement vulnérables : elles ont aussi des connaissances, notamment dans le domaine rural. Elles peuvent être agents du changement si elles ont le soutien de gouvernements et d’organisations. »
Women7 demande ainsi que la France « reconn[aisse] les inégalités structurelles existantes, valori[se] les savoirs et les capacités des communautés concernées et renfor[ce] la cohérence entre engagements politiques et réalité de terrain ». Et, notamment, que les financements dédiés à la lutte contre le changement climatique soient dirigés vers les organisations locales de femmes, lesquelles sont en première ligne dans ce combat.