À Leipzig, la bicyclette est reine

Durée de lecture : 4 minutes

20 février 2018 / Didier Harpagès (Reporterre)

La ville allemande de Leipzig préserve sa singularité populaire et écologique. L’un des exemples les plus visibles est la place accordée à la petite reine.

  • Leipzig (Allemagne), reportage

Un touriste français, informé des évènements majeurs qui ont émaillé l’histoire récente de Leipzig, pourrait sans doute être surpris et même agacé de découvrir, au cœur d’une ville de l’ancienne République démocratique allemande (RDA) désormais ouverte comme d’autres sur le monde capitaliste, l’ensemble des grandes enseignes commerciales internationales implantées là sans complexe.

Les Lipsiens qui, dès l’automne 1989, lors des Manifestations du Lundi proclamèrent « Wir sind das Volk » (« Nous sommes le peuple ») afin de dénoncer l’emprise du système communiste liberticide, ne pouvaient probablement pas imaginer que cette partie de l’Allemagne allait se convertir allègrement à l’économie de marché et adopter ses normes de consommation.

Toutefois, à plus d’un titre, Leipzig préserve une certaine singularité. Au plan politique, l’empreinte laissée par Die Linke et Die Grünen, très marquée au sein du conseil municipal, a permis de repousser ici, lors des récentes élections législatives, l’offensive xénophobe de l’AfD (Alternative für Deutschland), parti d’extrême droite beaucoup plus conquérant dans d’autres territoires politiques de l’Allemagne orientale.

Positions innovantes et radicales 

En septembre 2014 fut organisée à Leipzig la cinquième Conférence internationale sur la décroissance qui attira plus de 3.000 personnes. Preuve s’il en est qu’une partie des Lipsiens ne déteste pas adopter des positions innovantes et radicales.

Le promeneur flânant dans le quartier anarchiste de Connewitz pourra découvrir, le long de la Karl Liebknecht Strasse, de nombreux bars et restaurants insolites et dénicher le Schnellbuffet — héritage de la RDA —, une cantine populaire atypique dont la cuisine simple et peu onéreuse affiche une résistance opiniâtre à la fast food américanisée. De même, ces lieux improbables que sont les Volxküchen (« cuisine du peuple ») animés par des bénévoles et dont les repas véganes sont vendus à prix coûtant, voire libres.

Des vélos fleurissent à chaque coin de rue.

Plagwitz, autre quartier de la ville dédié en partie aujourd’hui à la création artistique, après avoir accueilli durant l’époque communiste de nombreuses usines, offre aussi quelques sympathiques alternatives. À titre d’exemple, sur la Karl Heine Strasse, son axe principal, une grande halle dans laquelle se trouve notamment Die Egenberger Lebensmittel, qui présente de nombreux produits locaux parmi lesquels le miel et le cidre réalisés à Leipzig. Les jardins partagés Anna Linde réunissent également celles et ceux souhaitant produire, de manière conviviale, une alimentation saine. Plagwitz est bien sûr connu pour sa vie nocturne.

Sans relief et près de 50 % d’espaces naturels

Ville au relief inexistant, Leipzig possède un ensemble d’espaces verts, de forêts urbaines, de lacs couvrant 50 % de sa superficie totale. Elle peut donc accueillir quotidiennement une concentration particulièrement importante de cyclistes de tout âge. Des femmes et des hommes, seul.e.s ou accompagné.e.s de jeunes enfants qui enfourchent des vélos aux formes variées : classiques, sportifs, VTT, VTC, tricycles ou autres tandems. Moins étendue que Berlin, Leipzig est suffisamment grande pour mobiliser le cycliste disposé à fournir un effort peu douloureux. Celui-ci peut rejoindre rapidement le lieu de travail, faire les courses ou rendre visite aux amis grâce aux nombreuses pistes cyclables. Les étudiantes et étudiants sont des adeptes inconditionnel.le.s du vélo afin de rejoindre l’université, située à proximité d’Augustus Platz, au centre de la ville. Il est d’ailleurs officiellement recommandé à tout étudiant.e de s’équiper de ce moyen de transport pour venir suivre les cours. Deux parkings de 600 et 1.000 places, spécialement affectés aux bicyclettes, ont été aménagés lors de la rénovation de l’université. De nombreux ateliers accueillent le cycliste souhaitant réparer son vélo, seul ou accompagné de personnes plus expérimentées qui lui prodiguent quelques conseils. En dépit de l’importance du réseau de tramways, le vélo demeure, aux yeux de leurs utilisateurs, le moyen le plus commode pour se déplacer d’un point à un autre de la ville.

Devant la Grande Bibliothèque muncipale.

Plusieurs quartiers de Leipzig sont en rénovation. Délaissés au début des années 1990 après la chute du régime communiste, bon nombre d’appartements à l’architecture stylisée sont aujourd’hui réhabilités. En pleine effervescence, le marché de l’immobilier n’a pourtant pas encore explosé, comme ce fut le cas à Berlin. Il laisse ainsi la possibilité à une population jeune, empreinte parfois d’une certaine « Ostalgie », [nostalgie de l’ancienne Allemagne de l’est] de se loger correctement à moindres frais. La gentrification qui se profile à l’aube de la prochaine décennie ne prive pas la petite reine de la place de choix qu’elle occupe encore dans cette ville contrastée.


LE DIAPORAMA DE NOTRE REPORTAGE



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : L’Allemagne construit la plus grande autoroute cyclable du monde

Source : Didier Harpagès pour Reporterre

Photos : © Didier Harpagès/Reporterre

DOSSIER    Transports

THEMATIQUE    International Quotidien
25 juillet 2019
Éradiquer les punaises de lit, une véritable guerre des nerfs
Enquête
19 septembre 2019
Climat : la France ne tient pas ses objectifs
Info
27 août 2019
Au Camp Climat, plus de militants et plus déterminés
Reportage


Dans les mêmes dossiers       Transports



Sur les mêmes thèmes       International Quotidien





Du même auteur       Didier Harpagès (Reporterre)