A Madagascar, se soigner par les plantes locales

Durée de lecture : 4 minutes

16 juin 2015 / Natacha Delmotte (Reporterre)

A Madagascar, l’accès au soin est difficile pour les populations les plus pauvres. Depuis 2013, Aromathérapie sans frontières travaille à rendre accessible cette médecine naturelle qui utilise des extraits aromatiques de plantes locales.


L’accès au soin est difficile pour les populations les plus pauvres des pays en développement. Absence de médecin, traitements conventionnels et moléculaires trop onéreux, manque d’informations et de moyens… Pour pallier ces difficultés à Madagascar, l’association Aromathérapie sans frontières développe depuis 2013 un projet permettant un accès au soin plus simple, à l’aide de cette médecine naturelle qui utilise des extraits aromatiques de plantes locales.

Depuis deux ans, l’association forme des médecins, des tradipraticiens et des pharmaciens, et ouvre des centres de soin pour enfants dans le pays. « A terme, on aimerait pouvoir intervenir dans d’autres pays, mais on veut d’abord pérenniser le projet, le poser sur des bases solides », explique Pierre Franchomme. Fondateur de l’association et expert en aromathérapie, il connaît Madagascar depuis de nombreuses années pour en avoir étudié les plantes. Lorsqu’il y retourne en 2013, il « constate que le pays est toujours aussi pauvre, si ce n’est pire » qu’avant. Il décide d’agir et juge que le moyen le plus logique pour permettre aux Malgaches d’accéder aux soins est de leur permettre de se soigner avec les plantes locales.

Un pays producteur non consommateur

« Madagascar n’avait pas de tradition d’aromathérapie, contrairement à la France où ces pratiques remontent au XIIe siècle ». Un léger paradoxe dans un pays qui produit des huiles essentielles par tonnes pour les pays développés. En effet, avec ses écosystèmes très variés, Madagascar possède de nombreuses sortes de plantes. « On dénombre 11 800 plantes différentes dans l’île, contre 4 000 en France. Et seulement 900 de ces plantes ont fait l’objet d’un inventaire réel », explique Lucile Allorge, docteur en botanique. Parmi ces plantes, on retrouve par exemple le ravintsara, l’eucalyptus citronné, l’immortelle, le poivre noir ou l’écorce de cannelle. Des plantes aux propriétés thérapeutiques étonnantes. « Dans une petite plante de 70 centimètres de haut, qu’est la pervenche de Madagascar, on découvre plus de cent propriétés thérapeutiques », illustre Lucile Allorge.

Utiliser des plantes locales pour se soigner est une solution à moindre coût pour des populations aux revenus modestes, mais encore faut-il en être capable. Aromathérapie sans frontière a donc commencé son projet en formant des Malgaches. La formation, basée à Antsirabé au centre de l’île, a formé une soixantaine de médecins et une dizaine de tradipraticiens à l’aromathérapie sur le thème des infections tropicales et des principales affections rencontrées dans l’île.

Pour agir en toute légalité, l’association a également mis en place des ateliers avec des représentants du ministère de la Santé malgache, débouchant sur un arrêté ministériel encadrant et légalisant la pratique de l’aromathérapie. Mais cette nouvelle pratique n’a pas vocation à remplacer les techniques de médecines traditionnelles, basées sur la phytothérapie, juste de la compléter. « La phytothérapie soigne à l’aide de plantes régionales, et les techniques varient beaucoup d’un endroit à l’autre », commente Pierre Franchomme.

Un centre de soin pour enfants

Pour aider les populations défavorisées, l’association a ouvert depuis octobre 2014 un premier Centre de médecine naturelle à Antsirabé, dans le cadre de l’école primaire publique « Ivory », qui accueille 1500 enfants de 6 à 12 ans. Avec l’école primaire voisine, ce sont au total 2100 enfants qui viennent consulter les praticiens du Centre. Actuellement, seuls les enfants peuvent venir se faire soigner, mais l’association prépare actuellement une ouverture aux adultes le week-end. « C’est un vrai dispositif thérapeutique qu’on a mis en place. Les enfants là-bas sont très pauvres, ils n’ont parfois même pas de chaussures, n’ont jamais eu de carnet de santé… Le centre les soigne contre les maladies infantiles », décrit Pierre Franchomme. Dans le monde, deux millions d’enfants meurent chaque année des suites de diarrhées aiguës.

Le premier centre de soins de médecine naturelle

Pour inscrire leur projet dans une dynamique durable, l’association est sur un projet de pépinière d’avenir : travailler avec les enfants pour replanter des plantes aromatiques. « On prend mais on redonne », résume Pierre Franchomme. Dans les six mois qui viennent, des jardins éducatifs à grande échelle doivent donc voir le jour. Les enfants apprendront à planter et entretenir ces plantes. Le fondateur de l’association expose la démarche : « L’idée est d’éduquer les populations pour qu’elles ne détruisent pas tout. Mais les Malgaches sont parfaitement conscients de l’intérêt d’entretenir ces plantes. »


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Source : Natacha Delmotte pour Reporterre

Photos : Aromathérapie sans frontières

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