À Madrid, à Berlin, à Bruxelles des dizaines de milliers de manifestants pour le climat

Durée de lecture : 8 minutes

15 mars 2019 / Les correspondants de Reporterre

Dans de nombreuses villes européennes, les manifestations pour le climat emplissent aujourd’hui les rues. À Madrid, le climat va peser dans les prochaines élections ; en Allemagne, Berlin comme de nombreuses villes résonnent de slogans écologiques ; à Bruxelles, les jeunes ont été rejoints par de nombreux adultes. À Istanbul, aussi, on s’est retrouvé pour le climat.

À MADRID, « PAS UN DEGRÉ DE PLUS, NI UNE ESPÈCE EN MOINS ! »

  • Madrid (Espagne), correspondance

Sous l’impulsion du mouvement international « Fridays for future », des milliers de jeunes — et quelques seniors — ont manifesté, ce vendredi midi, dans 45 villes espagnoles. À Madrid, le cortège est parti de la Puerta del Sol, cœur de la capitale, et a défilé jusque devant les statues de lions du Congrès des députés pour dénoncer l’inaction de la classe politique face à l’urgence climatique. Des slogans tels que « Pas un degré de plus ni une espèce de moins ! », « Qu’on augmente les salaires, pas les températures ! » ou « Si la planète était une banque, on l’aurait déjà sauvée » ont résonné tout au long de la marche.

Amara et Irene, respectivement 22 et 21 ans, participent à leur deuxième rassemblement. Les étudiantes en biologie estiment que « le moment est critique, l’état de la planète aussi, et on sait grâce à la science que l’on ne peut pas continuer sur cette voie consumériste. Les politiques doivent en prendre conscience. L’Espagne peut agir rapidement, par exemple, en important moins, en misant plus sur l’agriculture durable ou en limitant les produits et sacs plastiques ».

Amara et Irene.

La manifestation était dirigée par le syndicat des étudiants, avec l’appui d’organisations écologistes. La maire de Madrid, Manuela Carmena, a soutenu via Twitter les jeunes descendus dans la rue : « Le futur peut seulement être vert et respectueux de la planète. » Compte tenu du succès croissant des rassemblements et marches pour le climat dans le pays, la thématique écologique sera probablement un des thèmes abordés lors des prochaines élections générales (28 avril) et européennes, régionales et municipales (26 mai).


EN ALLEMAGNE, DES MARCHES DANS PLUS DE 200 VILLES

À Berlin, le 15 mars 2019.
  • Berlin (Allemagne), correspondance

C’est en Allemagne que les jeunes se sont le plus mobilisés. Entre 20.000 et 25.000 à Berlin, 10.000 à Cologne, 8.000 à Munich… Au total, ils sont descendus dans la rue dans plus de 220 villes du pays, scandant « Nous sommes ici, nous sommes bruyants, parce que vous nous volez notre futur ! »

« Ce qui se passe en ce moment au niveau politique en matière de protection du climat, c’est une farce », a lancé Lisa Neubauer, 22 ans, figure de proue du mouvement Fridays for Future en Allemagne, devant la foule réunie à Berlin. « C’est une catastrophe qui va tous nous toucher », a-t-elle poursuivi, réclamant que l’Allemagne sorte du charbon d’ici 2030, alors que le gouvernement ne l’envisage pas avant 2038. « Cette grève, c’est une conséquence logique du manque d’action politique », explique Ralf, un père de famille venu avec ses jeunes enfants.

Si certains établissements scolaires sont restés inflexibles sur l’obligation d’assister aux cours, d’autres ont au contraire organisé le déplacement, regroupant les élèves par classe, encadrés par leurs professeurs. Le cortège a parcouru les rues du centre de la capitale avant de s’arrêter devant la chancellerie fédérale, sous les fenêtres de la cheffe du gouvernement Angela Merkel. « Ce qui m’a décidé à venir, c’est de voir les manchots et les ours polaires qui vont peut-être disparaître parce que la banquise fond », dit Nina, 9 ans. « On nous dit que nous les enfants, on est l’avenir, c’est pour ça qu’on est là. Si nous le faisons pas, qui le fera ? »


PLUS DE 20.000 JEUNES À VIENNE EN AUTRICHE

À Vienne, en Autriche, des milliers de personnes ont aussi manifesté pour le climat.

Alors que la mobilisation « Friday for future » était jusqu’ici restée très discrète en Autriche, les élèves et étudiants autrichiens ont organisé aujourd’hui des défilés dans toutes les grandes villes du pays. A Vienne, entre 10.500 et 25.000 jeunes (selon les chiffres respectifs de la police et des participants) se sont rassemblés sur la Place des Héros, devant l’ancien palais impérial. Devant la tribune a été installée une horloge cube, emblème de la ville, dont les aiguilles tournent à toute vitesse, flanquée des injonctions « Act Now ! », « Plus de temps à perdre ! ». Beaucoup de lycéens sont venus en classe entière, emmenés par leurs enseignants ; l’argument présentant cette « sortie » comme une séance de formation politique est d’autant mieux reçu que le droit de vote peut s’exercer ici dès 16 ans. Dans une ambiance festive, les discours en allemand et en anglais ont été ponctués par les appels de la foule réclamant « justice ». Encouragés sur Twitter par le président Van der Bellen, les manifestants se sont ensuite rendus sous les fenêtres du chancelier Kurz, puis ont rejoint successivement les ministères de l’Éducation, du développement durable (nouveau nom du ministère de l’Environnement) et des Transports. Parmi les revendications : l’annulation du projet d’une troisième piste pour l’aéroport et de la récente décision d’augmenter la vitesse à 140 km/h sur les autoroutes.

La ministre de l’Environnement a annoncé pour lundi une rencontre avec des porte-paroles de « Friday for Future », tandis que ceux-ci appellent à de nouveaux rassemblements chaque vendredi à 11h55.


À BRUXELLES, UNE MOBILISATION RENFORCÉE PAR LA PRÉSENCE DES ADULTES

À Bruxelles, le 15 mars 2019.
  • Bruxelles (Belgique), reportage

Dans les rues de la capitale de l’Europe, ce n’est pas la bruine qui va décourager les milliers de manifestants, déjà bien rodés à ces actions publiques, car ils sont — bien entendu — « plus chauds que le climat ! » La Belgique est en effet l’un des pays où la mobilisation des citoyens pour davantage de politiques environnementales ambitieuses s’est révélée particulièrement forte ces derniers mois.

Cette fois, la proportion d’adultes est beaucoup plus importante que lors des marches de jeunes pour le climat qui, en Belgique, ont lieu tous les jeudis depuis janvier. Et pour cause, ce 15 mars a aussi été marqué par la présence de nombreuses organisations internationales (Greenpeace, Oxfam, WWF, Amnesty International…) et surtout locales, issues du dense tissu associatif belge ; de syndicats, de partis politiques (de gauche) et même de scouts. La manifestation a été coorganisée par Youth for Climate, Students for Climate, Workers for Climate, Teacher for Climate et Rise for Climate. Comme toujours, les pancartes sont panachées de slogans en anglais, en néerlandais et en français.

En tête du cortège, on retrouve toutefois les jeunes. Avec les visages désormais connus d’Anuna De Wever (Youth for Climate, qui a donné l’impulsion en Flandre) et Youna Marette (Génération climat, pour la partie wallonne). Les jeunes manifestants sont encadrés par des « Gilets roses », des citoyens, parents, professeurs qui ont répondu à un appel sur Facebook pour assurer le bon déroulé de la manifestation.

Des actions ont aussi été organisées dans 24 autres villes. Le pays est en effet particulièrement mobilisé ces derniers temps, car nombreux sont ceux qui veulent faire pression pour l’adoption par le gouvernement fédéral d’une loi spéciale climat (élaborée par des chercheurs et des juristes) qui pourrait modifier la Constitution du Royaume. Une pétition lancée en février (Sign for my future), demandant une nouvelle législation, des investissements dans la transition énergétique et un conseil indépendant pour surveiller les politiques en la matière en Belgique, a déjà recueilli près de 170.000 signatures.


À ISTANBUL : « ON VEUT MONTRER À GRETA QUELLE N’EST PAS SEULE »

À Istanbul, le 15 mars 2019.
  • Istanbul (Turquie), reportage

« On s’est réunis ici parce que c’est un endroit sûr », déclare Eylül, trentenaire stambouliote qui travaille dans la mode et est venue soutenir les jeunes réunis aujourd’hui, vendredi 15 mars 2019, dans le parc Bebek, à Istanbul (Turquie).

Habituellement, les manifestations ont lieu dans le centre de la ville, à la fameuse place Taksim. C’est là qu’en 2013 a eu lieu le mouvement Gezi. La mobilisation, fortement réprimée par le gouvernement, s’opposait à la construction d’un centre commercial à la place du parc Gezi et cherchait à dénoncer la politique urbaine gouvernementale axée sur la densification des constructions dans le centre.

Aujourd’hui, à Bebek, quartier cossu d’Istanbul, seulement quelques policiers sont présents. Environ 200 manifestants, beaucoup de parents et leurs enfants, ont marché ensemble dans le parc situé le long du Bosphore, rive européenne.

« Je m’attendais à une cinquantaine de personnes, mais on était bien plus. Je suis content », déclare Atlas Sarrafoglu, âgé de seulement 11 ans. C’est lui qui est à l’initiative du mouvement, ici, à Istanbul. « On veut montrer à Greta qu’elle n’est pas seule. » Sur une pancarte, on peut lire « Hi Greta, your voice is rippling in the Bosphorus » (« Salut, Greta, ta voix se propage sur le Bosphore »).

« J’aime bien suivre l’actualité. Alors quand j’ai vu ce qu’il se passait avec Greta Thunberg, j’ai voulu voir s’il n’y avait rien à Istanbul, donc je me suis lancé. » Le jeune activiste est en lien avec l’organisation Fridays For Future, qui aide les jeunes à se mobiliser pour le climat dans le monde entier. Ravi du succès, Atlas Sarrafoglu pense déjà à la prochaine marche, qui devrait avoir lieu le 24 mai, « mais peut-être qu’on en refera une avant cette date ».


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Lire aussi : Le récit de la grève des jeunes pour le climat

Sources :
. chapô : à Madrid, le 15 mars 2019.
. à Madrid : Baptiste Langlois pour Reporterre
. à Berlin : Violette Bonnebas pour Reporterre
. à Vienne : Alice Primi pour Reporterre
. à Bruxelles : Mathilde Dorcadie pour Reporterre
. à Istanbul : Chloé L. pour Reporterre

Photos :
. à Madrid : © Baptiste Langlois/Reporterre
. à Berlin : Violette Bonnebas/Reporterre
. à Vienne : Alice Primi/Reporterre
. à Bruxelles : Mathilde Dorcadie/Reporterre
. à Istanbul : Chloé L./Reporterre

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