A Nantes, Alternatiba resplendit sous le soleil

29 septembre 2014 / Hervé Kempf (Reporterre)

Pari réussi à Nantes, dimanche, pour Alternatiba : foule et bonne humeur étaient présentes à cette foire aux alternatives. Qui a aussi posé une question de fond : le changement local suffit-il à changer le monde ?


- Nantes, reportage

Pour réussir un Alternatiba, n’oubliez pas le soleil ! L’ingrédient n’est sans doute pas suffisant, mais il apporte beaucoup, comme on a pu le constater dimanche 28 septembre à Nantes, où l’astre généreux avait incité à la sortie les habitants de la ville. Au choix, ce jour : la plage du côté de Pornic, le match Nantes-Lyon au stade de la Beaujoire, et Alternatiba, sur la place du Bouffay et dans les rues adjacentes.

Plus de six mille Nantais ont choisi la foire aux alternatives, et sont venus, transformant ce quartier du centre ville, habituellement désert le dimanche, en une joyeuse foire bruissant de discussions, de musiques, de découvertes. Les jours précédents, les organisateurs de l’événement - dont Reporterre est partenaire - se disaient "dépassés par la réponse des porteur(se)s d’alternatives nantais à l’appel : plus de cent stands, cent trente structures représentées, une cinquantaine de conférences, projections et animations, douze concerts, deux cents bénévoles, c’est énorme...".

Enorme, mais ça a marché : dès 6 h 30 le matin, les stands se montaient sans anicroche, les bénévoles se répartissaient les tâches comme prévu, et dans la matinée, les flâneurs commençaient à déambuler, à travers les rues renommées, par exemple "de la Démocratie", arpentant les Espaces Energie, Alteréconomie, Santé, etc.

Le principe essentiel d’Alternatiba, c’est d’occuper l’espace public, la ville, pour y présenter les mille façons par lesquelles on peut vivre autrement pour prévenir le changement climatique. Et le but, c’est d’arriver à toucher "les vrais gens" plus que les militants. Pari tenu ici, avec plus de six mille personnes venues dans la journée, découvrir les enjeux de solidarité internationale, les objets des Ressourceries, les toilettes à économie d’eau ou sèches, les légumes bio ou les tisanes payables en "monnaie libre du pays de Retz", l’alternative végétarienne, l’auto-construction, les énergies renouvelables à petite échelle, la disco-soupe, et l’on en passe, bien sûr.

Tout ceci en musique et dans la bonne humeur...

- Musique, écouter ici :

Le local suffit-il à changer les choses ?

Mais la joie et les expériences alternatives peuvent-elles casser le mur du pouvoir productiviste ? C’est la question qui émerge d’Alternatiba, et qui a irrigué le débat qu’animait Reporterre sur le thème d’"Enclencher la transition énergétique". D’un côté, pour Bernard Lemoult, de l’Ecole des Mines de Nantes, "c’est sur les territoires que tout va se passer. L’enjeu : comment on co-construit ?" Mais pour Marc Théry, de la communauté de communes du Méné, "tout est fait pour brider les initiatives locales, parce que sur le pont supérieur, les décideurs refusent de laisser se développer l’appropriation locale".

"C’est le problème du local, dit Etienne, un ingénieur web, il atteint ses limites quand on se confronte au système global. Quel pouvoir avons-nous de changer le global ?". Une autre intervenante rebondissait : "Oui, quel est notre pouvoir d’action ? Mais il ne faut pas opposer le local et le global, du moins si l’on entend celui-ci comme politique : car le vrai pouvoir n’est pas politique, il est économique, voyez ce qui se passe avec le TAFTA, le traité de libre-échange transatlantique. Les solutions ne seront mises en oeuvre que quand les pouvoirs économiques y trouveront leur bénéfice".


- Panneau de libre expression sur la démocratie -

Autre limite : comment toucher le grand-public, largement ignorant des enjeux portés par l’écologie ? "J’ai eu envie de travailler avec les vrais gens sur la question énergétique, témoignait Pierre Vacher, géologue de l’université de Nantes, en allant voir dans les logements sociaux comment cela se passait quand on met de belles techniques d’isolation, par exemple. Eh bien, ça ne marche pas ! Il faut envisager le côté humain, sociétal, de la transition. Et quand vous parlez de 2°C ou de 4°C de réchauffement climatique, les gens ne comprennent simplement pas de quoi vous parlez."

"Si on parle d’économies d’énergie, rebondissait Etienne, il faut que les gens soient convaincus que c’est bon pour eux et pour la planète. Pour la transition, il faut que les gens en aient envie"

Mais, rappelait Marc Théry, "comment les gens se forment-ils leur opinion ? Par la télévision..". Et de la même manière que les pouvoirs bloquent le changement, la télévision maintient la culture dominante.

Une solution ? Non, pas vraiment. Au moins les problèmes sont-ils posés. L’alternative ne peut pas sauver le monde à elle seule, mais elle reste indispensable.

Trop bobo, Alternatiba ?

Signe paradoxal du succès, Alternatiba est critiqué. Un groupe anonyme distribuait des tracts reprochant au collectif d’avoir accepté une subvention de la mairie de Nantes, favorable au projet d’aéroport de Notre Dame des Landes. Ce texte ne se trouve pas sur Internet, et nous ne pouvons donc le reproduire (on trouve en revanche d’autres critiques sur Indymedia Nantes). "Qui habite à Nantes et a des activités associatives, écrivent ses auteurs, sait bien, n’en déplaise aux organisateurs, que toute subvention de ces ’pouvoirs publics’ n’est possible qu’avec des contre-parties".

Accusation dont se défendent les organisateurs : « Nous avons accepté l’argent public parce que nous considérons qu’il provient de nos impôts », explique l’un d’entre eux, Pascal Ewig. « Il n’y a pas eu de condition posée », précise un autre membre du collectif, Mathieu Doray, « et s’il y en avait eu, nous aurions refusé ».

L’Acipa, association des opposants à l’aéroport, était ainsi présente dans les rues, avec un stand présentant l’alternative qu’est la contre-expertise citoyenne. Non loin, d’ailleurs, du stand de Nantes Métropole, qui présentait des programmes d’efficacité énergétique pour les personnes à faible revenu.


- Pascal Ewig -

- Télécharger le communiqué d’Alternatiba Nantes indiquant son budget :

Les comptes seront publiés sur le site d’Alternatiba Nantes, et "les détracteurs pourront s’y exprimer", dit Pascal Ewig.

Autre accusation du tract non signé, le quartier choisi de la place du Bouffay, qui concernerait "une classe sociale plutôt aisée, celle qui a les moyens de se poser des questions de ’consommateur responsable’".

« L’avantage de ce quartier est qu’il est très bien desservi par les lignes de tramways », dit Pascal Ewig, « et qu’il est le coeur de la ville. Pourrait-on l’an prochain le faire ailleurs, dans des quartiers plus populaires ? C’est une question, et on va en discuter ».

En chanson et dans la bonne humeur

Questions légitimes, mais d’autres messages pouvaient être entendus, dans la bonne humeur. Toute la journée, des "crieurs" ont parcouru les rues, munis d’une "boite à idées" dans lesquelles les passants pouvaient glisser un mot portant une idée, un souhait, un message.

On les écoutait le soir, après qu’ait été entonné le chant d’Alternatiba.

- Annonces à écouter ici :

Dont celle-ci : "Donner l’exemple n’est pas la meilleure façon de convaincre, c’est la seule. Ensemble, agissons pour demain", citation de Gandhi.



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Source, photos et sons : Hervé Kempf pour Reporterre

Lire aussi : Alternatiba en pleine forme, dimanche à Nantes et en octobre à Bordeaux


Ce reportage a été réalisé par un journaliste professionnel et a entrainé des frais. Merci de soutenir Reporterre :



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