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Reportage — Pollutions

À Paris, des autocollants contre les SUV

Dans un quartier aisé de Paris, des militants ont collé des stickers et déposé des tracts sur des SUV. Leur but : sensibiliser les propriétaires à l’empreinte climatique de leurs véhicules très polluants.

  • Paris, reportage

« Je crois que c’est une rue du Monopoly ici ? » Il est 6 h 30 du matin, boulevard de Courcelles à Paris. Nous sommes le lundi 1er février et une petite dizaine de militants du collectif Grâce à mon SUV stationnent devant l’entrée du parc Monceau, l’un des quartiers les plus chics de la capitale, avec un prix moyen du m2 qui atteint 12.500 euros. Leur objectif : coller des autocollants sur les véhicules SUV qui pullulent dans les rues alentour. Certains arrivent avec un masque de XR ou de l’Affaire du siècle sur leur visage. « Nous avons envoyé un courriel aux différentes organisations pour leur expliquer notre action mais nous ne sommes attachés à aucune d’entre elle », raconte Vincent, l’un des organisateurs.

Les SUV émettent entre 20 et 25 % en plus qu’une voiture standard

À peine une vingtaine de minutes après le début de l’action, un premier binôme revient plutôt satisfait. « C’est vraiment un bon quartier, il y a des SUV partout ! » Ces « sport utility vehicles » représentent aujourd’hui 40 % des ventes de voitures en France. Un chiffre qui devrait grimper à 50 % en 2022. Ce marché est entretenu par une florissante publicité : la moitié des 3,3 milliards d’euros dépensés par le secteur automobile concernent les SUV. « Avec un tel matraquage qui les associe aux grands espaces et à la nature, les gens ne sont pas conscients de leur impact. De plus, ils comparent la consommation à celle de leur ancienne voiture. Alors que les SUV émettent entre 20 et 25 % en plus par rapport aux autres voitures standard », explique Margot, l’une des organisatrices de l’action. Dans le monde, ils représentent la deuxième source de hausse des émissions de gaz à effet de serre depuis dix ans.

Informer sans trop stigmatiser, tel est le but du collectif Grâce à mon SUV.

En appliquant des autocollants sur le capot arrière et en déposant un tract sous l’essuie-glace avant, les militants espèrent informer et sensibiliser les conducteurs sans pour autant « trop les embêter ». « L’idée est de ne pas les braquer ou les stigmatiser. On veut allumer la lumière dans leur esprit », poursuit Margot. « On souhaite ouvrir le dialogue, on est prêts à leur parler. Ils peuvent d’ailleurs nous contacter sur les réseaux sociaux  », enchérit Vincent.
Alors que l’aurore n’a pas encore pointé son nez, les rues du quartier sont plutôt désertes. Vincent et Margot rencontrent tout de même un propriétaire, qui sort tout juste de son véhicule, téléphone à l’oreille. « Qu’est-ce que vous faites », interroge-t-il. « On vous donne de l’information, Monsieur », répond gentiment Margot. Sans même jeter un regard au tract, l’homme s’éloigne en continuant bruyamment sa conversation.

Les appels aux sabotages des SUV se multiplient

Ce n’est pas la première fois que des collectifs s’attaquent aux SUV. L’hiver dernier, des militants de XR Bordeaux avaient dégonflé des pneus dans leur ville. « Ces actions sont complémentaires. Mais notre but n’est pas de générer des confrontations directes, pour lesquelles il faut pas mal de courage et de confiance en soi », poursuit Margot.

« En suivant la mode, vous semez la mort. » Des militants ont déposé des tracts pour expliquers aux propriétaires de SUV les conséquences désastreuses de leurs véhicules sur le climat.

Leurs tracts et autocollants vont-ils inquiéter les propriétaires ? Seront-ils relayés avec inquiétude par la presse automobile, comme lorsque le collectif La Ronce avait publié des vidéos de mode d’emploi pour dégonfler des pneus ? « Peut-être qu’on va moins en parler car on fait moins peur et on énerve moins les gens », concède Margot. « Mais en psychologie sociale, il est prouvé qu’il ne faut pas opposer les groupes, cela ne sert qu’à rompre la communication. D’où cette volonté de faire passer des messages. » La jeune fille avoue qu’elle n’a pas lu le chercheur Andreas Malm et son ouvrage Comment saboter un pipeline, qui explique comment dégonfler des pneus. « Peut-être que si je l’avais lu, j’aurais fini par en dégonfler, des pneus », glisse-t-elle en souriant.

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