À Paris, la CGT et des Gilets jaunes ont défilé ensemble

Durée de lecture : 4 minutes

6 février 2019 / Samuel Reffé et Alexandre-Reza Kokabi (Reporterre)

À Paris, des dizaines de milliers de personnes ont participé mardi 5 février à la manifestation de la « grève nationale de 24 heures » organisée par la CGT. Dans le cortège, des étudiants, des enseignants, des soignants et des Gilets jaunes.

  • Paris, reportage

Ce mardi 5 février 2019, la CGT organisait une « grève nationale de 24 heures », à laquelle de nombreux Gilets jaunes se sont ralliés. À Paris, des dizaines de milliers de personnes ont défilé au sein d’un cortège bariolé de gilets, de badges et de stylos rouges, de liquettes jaunes, ou encore de blouses blanches.

Mardi 5 février, à Paris.

Étirées le long de la rue de Rivoli, à partir de l’Hôtel de Ville, les troupes se garnissent sur les coups de 14 heures. Une odeur de merguez et de saucisses grillées émane du croisement avec le boulevard Sébastopol, coloré par les ornements de la CGT. Virginie et Monique, militantes au sein de la confédération syndicale, voient d’un bon œil la présence des Gilets jaunes pour cette journée de mobilisation : « On est tous dans le même bateau, disent-elles. Peu importe la couleur du gilet, il est temps de combattre ensemble la politique autoritaire de nos dirigeants. »

Mardi 5 février, à Paris.

À quelques pas du parvis de la mairie, Thierry se meut dans la foule. Il arbore un gilet jaune fluo. « Je ne suis pas allé aux premières manifestations, explique-t-il. Le 17 novembre, je pensais que les gens descendaient dans la rue uniquement pour défendre leur portefeuille. Depuis, je me suis rendu compte que c’était un mouvement bien plus vaste que ça, et que l’augmentation du carburant était juste la goutte d’eau qui faisait déborder le vase. » Sur sa pancarte, Thierry a apposé la phrase « Pollueur-payeur, la finance doit changer le changement climatique puis le peuple » : « L’économie capitaliste emmène tout le monde droit dans le mur, estime cet enseignant. L’exploitation de la terre et de l’homme à outrance pour la recherche d’un profit mal réparti engendre une escalade, la terre s’épuise. Gilets jaunes, syndicats… on n’est peut-être pas d’accord sur le « comment agir », mais cela me semble totalement secondaire à l’heure actuelle. »

« La nécessité, pour tous les travailleurs précaires, chômeurs ou étudiants de porter des revendications collectives » 

« Macron, du pognon pour l’éducation », réclame quant à lui Mohammed, membre du collectif d’enseignants en colère les Stylos rouges. « Entre les salaires en baisse, les réformes du lycée et l’augmentation du nombre de professeurs contractuels, j’ai l’impression que le gouvernement considère l’école comme une entreprise privée », dit ce professeur en filière maths-info en Seine-Saint-Denis. En tête d’un groupe d’étudiants, Maria était inscrite à l’université Paris-Dauphine. Elle est vent debout contre la hausse des frais d’inscriptions à l’université pour les étudiants hors Union européenne. « Seules les personnes les plus riches, et non pas les plus méritantes, pourront s’acquitter de ces frais exorbitants, soupire-t-elle. Je viens du Venezuela, et si les frais d’inscription avaient été plus élevés au moment de mon arrivée, je n’aurais jamais pu venir ici ! »

Mohammed, enseignant.

Le cortège se met en route, en direction la place de la Concorde. « Et l’hôpital, il est à qui ? Il est à nous ! » s’époumonent les hospitaliers en colère. Brigitte, aide-soignante en psychiatrie à Créteil (Val-de-Marne), décrit ses conditions de travail « déplorables, aussi bien moralement que physiquement, parce que nous manquons cruellement de matériel et de personnel ». Une situation qui, à ses yeux, « met en danger les patients… Il en va de la vie des gens, de leur bien-être ». Deux collègues, à ses côtés, acquiescent.

Brigitte et ses collègues aides-soignantes en psychiatrie.

À l’entrée du McDonald’s accolé au Musée du Louvre, Benoît porte une banderole. Ancien équipier polyvalent au sein de la célèbre chaîne de restauration rapide, il dénonce l’évasion fiscale de son ancien employeur : « 20 % des profits engendrés par McDonald’s sont délocalisés à l’étranger pour éviter les impôts français, dit-il. Ces profits délocalisés représentent un manque à gagner pour l’État et les contribuables, et pour les milliers de salariés qui touchent une infime part des bénéfices de la firme. » Plus largement, Benoît estime qu’« avec la casse du Code du travail opéré par les divers gouvernements au pouvoir ces dernières années, le modèle “McDo” de précarisation du travail est en train de s’étendre à toute la société. D’où la nécessité, pour tous les travailleurs précaires, chômeurs ou étudiants de porter des revendications collectives. » Un peu plus loin, les militants d’Attac jouent la scène parodique « Les riches avec Emmanuel Macron ». Leurs mots d’ordre « à bas les pauvres ! », « vive l’évasion fiscale ! » ou « protégeons le patronat, pas les chômeurs ! » amusent la galerie.

Mardi 5 février, à Paris.

Des fumigènes sont craqués à l’avant. Les CRS, lourdement armés, sont sifflés et invectivés. Au bord du jardin des Tuileries, les forces de l’ordre chargent et frappent, matraques en main. « Ne courez pas, restons calmes », crient des manifestants afin d’éviter un mouvement de foule trop important. Les CRS se replient, et le cortège reprend sa marche en avant, se déversant aux alentours de 16 heures sur la place de la Concorde. Après 17 heures, plusieurs tirs de gaz lacrymogènes dispersent les participants et l’agrégation de leurs mécontentements.


Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. La crise écologique ne bénéficie pas d’une couverture médiatique à la hauteur de son ampleur, de sa gravité, et de son urgence. Reporterre s’est donné pour mission d’informer et d’alerter sur cet enjeu qui conditionne, selon nous, tous les autres enjeux au XXIe siècle. Pour cela, le journal produit chaque jour, grâce à une équipe de journalistes professionnels, des articles, des reportages et des enquêtes en lien avec la crise environnementale et sociale. Contrairement à de nombreux médias, Reporterre est totalement indépendant : géré par une association à but non lucratif, le journal n’a ni propriétaire ni actionnaire. Personne ne nous dicte ce que nous devons publier, et nous sommes insensibles aux pressions. Reporterre ne diffuse aucune publicité ; ainsi, nous n’avons pas à plaire à des annonceurs et nous n’incitons pas nos lecteurs à la surconsommation. Cela nous permet d’être totalement libres de nos choix éditoriaux. Tous les articles du journal sont en libre accès, car nous considérons que l’information doit être accessible à tous, sans condition de ressources. Tout cela, nous le faisons car nous pensons qu’une information fiable et transparente sur la crise environnementale et sociale est une partie de la solution.

Vous comprenez donc sans doute pourquoi nous sollicitons votre soutien. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, et de plus en plus de lecteurs soutiennent le journal, mais nos revenus ne sont toutefois pas assurés. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre

Lire aussi : « Je viens manifester pour le pouvoir de vivre. Vous comprenez, le pouvoir de vivre ! »

Source : Samuel Reffé et Alexandre-Reza Kokabi pour Reporterre

Photos : © Alexandre-Reza Kokabi/Reporterre

DOSSIER    Gilets jaunes

THEMATIQUE    Luttes
22 novembre 2019
Les Hauts-Alpins mobilisés pour le sauvetage de la ligne ferroviaire Grenoble-Gap
22 novembre 2019
Climat : l’action individuelle ne peut pas tout
21 novembre 2019
Dans le Nord, des élus locaux promeuvent le béton et l’étalement urbain


Dans les mêmes dossiers       Gilets jaunes



Sur les mêmes thèmes       Luttes