Les morues rapetissent : les chercheurs viennent d’élucider ce mystère
La taille maximale des morues de la mer Baltique a été divisée par deux entre 1996 et 2019. - Wikimedia Commons / CC BY-SA 2.0 / August Linnman
La taille maximale des morues de la mer Baltique a été divisée par deux entre 1996 et 2019. - Wikimedia Commons / CC BY-SA 2.0 / August Linnman
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En 25 ans, la taille des morues de la mer Baltique a réduit de moitié. Cette évolution génétique est une conséquence directe de la surpêche, selon les résultats d’une étude publiée dans la revue « Science ».
La pêche a décimé les morues dans la mer Baltique. Malgré son interdiction depuis 2019, les populations ne se reconstituent pas. Une étude publiée le 25 juin dans la revue Science apporte un élément d’explication : une évolution génétique de l’espèce vers des individus à croissance plus lente et moins prolifiques.
Avant d’arriver à ce résultat, l’équipe de l’institut océanographique Geomar de Kiel (Allemagne) a d’abord établi que la taille maximale des morues était passée de plus de 1 mètre en 1996 à 50 cm en 2019, à maturité égale. Les chercheurs ont alors fait l’hypothèse que cette diminution drastique et rapide était le résultat d’une sélection non pas naturelle mais anthropique, liée à la pêche.
Modification des gènes
L’explication de cette sélection est simple en théorie : lorsque les individus les plus gros sont systématiquement pêchés pendant plusieurs années, ceux qui atteignent une maturité sexuelle à une taille plus petite survivent mieux.
Encore fallait-il le prouver, en démontrant l’évolution du génome. C’est l’originalité de ce travail, pour lequel les chercheurs ont bénéficié d’une collection de 152 otolithes de morue collectés entre 1996 et 2019. Cette concrétion minérale dans l’oreille interne des vertébrés enregistre, un peu comme les cernes sur les troncs des arbres, la croissance annuelle des poissons. En croisant sur vingt-cinq ans les données de croissance et celles du séquençage de l’ADN, les chercheurs ont pu montrer une modification des gènes associés à la croissance.
« L’évolution adaptative arrive en quelques générations, dans ce cas précis 5 ou 7. Des taux d’adaptation similaires ont été observés ailleurs, par exemple chez des éléphants qui perdent leurs défenses en réponse à la pression de la chasse aux trophées et du braconnage », explique à Reporterre le professeur Thorsten Reusch, qui a coordonné cette étude.
« C’est fascinant scientifiquement, mais très préoccupant d’un point de vue écologique »
En identifiant les génomes différents entre les morues à croissance rapide et celles à croissance lente, l’étude a pu montrer que les premières ont pratiquement disparu. Elle confirme ainsi les effets de la pêche sur la perte de diversité génétique au sein de l’espèce. « Ce que nous observons, c’est l’évolution en action, poussée par une activité humaine. C’est fascinant scientifiquement, mais très préoccupant d’un point de vue écologique », commente Thorsten Reusch.
Pour arriver à ses conclusions, l’équipe a aussi bénéficié d’un autre atout : pour s’adapter à la faible salinité et au manque d’oxygène de la mer intérieure, la population de morue étudiée dans l’est de la Baltique a s’est séparée de la morue atlantique il y a environ 8 000 ans. L’isolement et les spécificités de cette espèce ont permis d’éliminer le brassage génétique comme une autre explication possible de l’évolution génétique rapide observée.
Une autre conséquence inquiétante de la diminution de la taille est qu’elle s’accompagne d’une baisse de la progéniture, nous explique Kwi Young Han, première autrice de l’étude : les morues de plus petite taille produisent moins d’œufs, eux-mêmes plus petits. Ces œufs donnent à leur tour des larves plus petites et moins viables.
Des conséquences pour des décennies
« La baisse de la fécondité associée aux changements évolutifs rend la capacité de récupération de la population encore plus difficile. Même si la pression de pêche est levée, la taille des populations et la santé des stocks peuvent rester affaiblies pour des décennies », explique la biologiste.
La mer Baltique connaît aussi des changements environnementaux importants, à cause notamment du réchauffement climatique. Mais pas au point d’expliquer les évolutions rapides observées, explique Thorsten Reusch : « Nous savons que le réchauffement de l’océan conduit à des poisons plus petits. Mais avec une hausse de la température de la mer Baltique de 1,5 à 2 °C, cet effet est de l’ordre de quelques pourcents et ne peut pas expliquer un changement brutal de la taille de maturité sexuelle de 45 cm à 20 cm. »
« Si l’effet de pression sélective de la pêche est reconnu depuis des décennies, c’est une première de lire au niveau génétique des évolutions sur des gènes impliqués dans la croissance », commente Yves-Marie Paulet, professeur à l’Institut universitaire européen de la mer, qui n’a pas participé à cette étude.