A la rencontre joyeuse des alternatives, avec le Tour Alternatiba

19 septembre 2015 / Adrien Kempf (Reporterre)

Depuis plusieurs mois, le tour Alternatiba parcourt la France à vélo. L’arrivée à Paris, c’est pour la semaine prochaine. Voici le récit de trois semaines avec l’équipe, pour le meilleur et pour le rire. De Normandie et de Bretagne, entre coins perdus et grandes villes, à la rencontre des alternatives citoyennes. Quarante étapes d’une belle aventure humaine.

- Témoignage

Ce mardi 8 août à midi, le tour fait étape au Tréport. A peine arrivé, déjà sur le pont : je dois tenir le stand d’info avant l’arrivée des cyclistes. Quelques passants s’arrêtent et attendent pour voir arriver ces vélos étranges à trois et quatre places. Ils arrivent avec quelques minutes de retard mais en musique grâce au vélo sono qui les accompagne. Moi aussi je les vois pour la première fois ! Même si j’ai suivi l’aventure sur le net, c’est impressionnant de les voir en vrai.

Le temps d’un pique-nique offert ce jour-ci par la mairie, et c’est l’heure de la réunion d’équipe pour préparer l’étape du lendemain : heures de départ et d’arrivée, adresses, contacts, qui pédale, qui est en camion pour assurer la logistique... Cet après-midi je serai en logistique. Parfait pour comprendre comment s’organisent les étapes.

Départ de l’éco-domaine du Bouquetot

Une fois les vélos partis, il faut vite ranger le stand et se diriger vers le point d’arrivée de l’étape. Rencontrer les référents locaux, ré-installer le stand, trouver où attacher les banderoles, où prendre la photo à l’arrivée, et voir le lieu de la conférence que nous proposons chaque soir. Puis direction le point de départ de la vélorution, où les gens sont invités à rejoindre les vélos pour les derniers kilomètres en musique et en slogans. Là il faut descendre du camion le vélo sono (120 kilos ! On s’y met à quatre). Il faut descendre aussi la quadruplette, quatre places et 3,90 mètres de long. Et bien sûr le stand d’info. Oui, il y en a deux différents, attention à ne pas mélanger les caisses. Mais il y a toujours des bonnes âmes pour donner un coup de main, et parfois même un petit goûter qui nous attend !

Sur le Tour on apprend vite. Laurent me fait visiter le camion : chaque chose a une place précise, un mode d’attache particulier pour que rien ne tombe. Comme dit Laurent : « Imaginez que vous transportez la vaisselle de l’arrière-grand-mère. »

Conférence à l’atelier vélo de Caen

Plus tard, au lieu d’hébergement, on apprend aussi à décharger les sacs en une minute chrono pour rejoindre les lits le plus vite possible. Sauf Totof qui cherche l’accès wifi pour scruter les derniers articles parlant du Tour. Sauf Yannick qui doit encore vérifier l’organisation des prochains jours, ou Mathilde qui doit encore écrire l’article de la journée pour le blog, ou Pascal qui se lance dans la compta des ventes des stands du jour, etc. On est contents quand on peut se coucher à 23h.

Nous ne sommes pas seuls !

L’équipe du Tour, c’est environ douze personnes. Certains sont là depuis le début, d’autres les ont rejoints comme moi en cours de route. Chacun est là deux semaines, trois semaines, deux mois, selon ses disponibilités. Au total ce sera près de cent personnes qui participeront au tour. Militants des Alternatiba de toutes les régions, je rencontre des gens de Narbonne, Créteil, Bayonne, Pau, Bordeaux...

L’équipe devant les restes du château de Regnéville-sur-mer

Heureusement nous ne gérons ni les repas, ni l’hébergement. C’est la magie du Tour Alternatiba : à chaque étape, midi et soir, un groupe de militants locaux a organisé notre accueil. Et souvent bien plus : stands associatifs, animations, concerts... Je suis réellement surpris de la mobilisation : des dizaines voire des centaines de personnes nous attendent, tout sourire. Parfois en musique, parfois avec de petits spectacles de rue, parfois des propositions de massage, parfois une buvette... et toujours plein d’alternatives locales présentes et des repas plus que succulents. Merci à eux !

Repas au Mont Saint Michel

Toutes ces étapes sont l’occasion de belles découvertes : une ferme coopérative à Dieppe, une association de transport scolaire en bus à pédale à Rouen, une auberge paysanne à Saint Lô, le réseau Taranis qui fédère des projets citoyens d’énergie renouvelable en Bretagne, des médias alternatifs comme Side ways croisé à Concarneau, un collectif d’entrepreneurs à vélo à Nantes... Sans compter des AMAP, SEL, jardins partagés, ateliers vélo, disco-soupes ou monnaies locales en pagaille.

Mais nous repartons toujours trop vite, frustrés de ne pouvoir plus échanger avec ceux qui nous accueillent. On se donne rendez-vous à Paris le 26 septembre et c’est déjà l’heure du départ. Pour ceux qui pédalent, il est plus que temps de régler leur selle et d’attraper un casque. Quelques minutes plus tard, les conducteurs des triplettes lancent le traditionnel « un, deux, trois ! » du démarrage. Sur ces vélos trois places, il faut être bien coordonné et pédaler ensemble.

Pédaler pour le meilleur et pour le rire

L’équipe logistique part peu après. On arrive souvent en avance, c’est l’occasion de boire un café, de feuilleter les journaux locaux qui, souvent, parlent de nous. Malgré cela, tout le monde ou presque préfère pédaler : on voit de beaux paysages, on a parfois le temps d’une petite baignade dans la rivière, on est accueillis sous les applaudissements et surtout on est fiers de pédaler pour le climat.

Vélorution vers Notre-Dame-des-Landes

Sauf bien sûr... quand il pleut. Évidemment il y a aussi ces journées noires, comme celle qui nous mène à Quimper, où la pluie transforme en piège de boue une sympathique voie verte. Heureusement Pierre nous accompagne et propose de nous recueillir chez lui. Ce sera rinçage au jet d’eau pour les vélos et les cyclistes. Le lendemain nous enchaînons quatre ennuis mécaniques : un plateau à refixer, une crevaison et deux pneus déchirés... Sous la pluie les réparations sont moins drôles, surtout quand on doit attendre le camion qui a les pneus de rechange. Mais finalement c’est l’occasion d’une photo aussi vite tweetée qui nous fait bien rire.

A l’arrivée, le camion fait office de vestiaire pour mettre des vêtements secs. Demain l’équipe logistique aura pour mission impérative de trouver une laverie pour une grande lessive. Nous sommes bien contents de déguster des crêpes et galettes bien chaudes.

Le Tour Alternatiba, caisse de résonance des alternatives concrètes

Voici un aperçu de la vie du Tour. Une aventure assez tourbillonnante où l’on découvre de nouvelles personnes et de nouveaux lieux chaque jour. Ce qui frappe, c’est le foisonnement des alternatives rencontrées partout, des endroits de luttes, d’autres où on invente le monde de demain (voir le récit des étapes sur le site d’Alternatiba). Et surtout le nombre et la diversité des personnes impliquées dans ces initiatives, trop peu relayées par les médias. En fait nous sommes des milliers partout à engager la transition, ce n’est pas qu’une affaire de quelques marginaux à cheveux longs.

Le Tour Alternatiba est comme une caisse de résonance pour toutes ces alternatives, pour les mettre en lumière et tisser ces liens qui manquent pour renforcer chaque initiative, et ne plus croire que chacun est seul et trop petit pour faire bouger les choses.

Vous pouvez participer aux dernières étapes du Tour, et notamment à l’arrivée à Paris le 26 septembre place de la République pour l’ouverture du village Alternatiba de Paris. Rendez-vous pour la vélorution et l’entrée de milliers de vélos dans Paris (15h, place de la fontaine aux lions, La Villette, Porte de Pantin).

Ou retrouvez le mouvement dans l’un des trentre-trois villages Alternatiba de septembre partout en France !



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Lire aussi : Le Tour d’Alternatiba a pris son départ

Source : Adrien Kempf pour Reporterre

Photos : Crédits Alternatiba

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