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A poil mais peu nombreuse, la vélorution se moque des voitures

Durée de lecture : 3 minutes

20 octobre 2014 / Barnabé Binctin (Reporterre)

A l’occasion de la clôture du Mondial de l’automobile, la Vélorution a organisé une manifestation aux portes du salon. Nue. Pour dénoncer la fragilité des cyclistes face à l’empire automobile.


- Paris, reportage

Cette fois-ci, la manifestation était officiellement déclarée. Un mois après l’épisode de la masse critique sur les Champs-Elysées, terminée par une arrestation policière invraisemblable, le mouvement de la Vélorution organisait vendredi soir 17 octobre une nouvelle action, Porte de Versailles, à l’entrée du Parc des Expositions où s’est tenu pendant deux semaines le Mondial de l’automobile qui fermait ses portes ce week-end.

Le but : dénoncer « le Salon de l’autodestruction du monde »« les automobilistes célèbrent leur fantasme de toute puissance » et « est mise en scène la domination masculine sur des femmes réduites à des objets ». Et comme celles-ci y sont souvent largement dévêtues, la Vélorution proposait aux cyclistes manifestants de se mettre également à nu.

La métaphore permet surtout de dénoncer le dénuement des vélos sur la route : « Nous sommes nus et fragiles dans le trafic face aux voitures », explique Jérôme, l’un des organisateurs, qui dénonce une violence routière et une agressivité automobile qui découragent les autres modes de transport.

Yves fait partie des accidentés victimes de la voiture, renversé deux fois en 5.000 km de transport cycliste en Ile-de-France. A chaque fois, il ne pouvait « rien faire » face à la voiture qui le fauche : « Je me sens très vulnérable à vélo sur la route ».

On lui demande s’il va vraiment se dévêtir entièrement pour manifester à vélo ? « Oui » nous répond-il avec un sourire. A côté, Aurore rectifie : « enfin, à moitié tout nu, parce que ça caille quand même ! ».

A poil, peut-être, mais pas sans les masques antipollution que tous arborent fièrement, pour rappeler que les particules fines coûtent en espérance de vie. Sur le masque d’Emilie, on lit : « Auto à la casse, vélo à la place ».

La dizaine de policiers présents sourient : « Vous allez vraiment vous mettre à poil ? » demande l’un d’eux en rigolant. Problème, les manifestants ne sont guère plus nombreux, une vingtaine environ. Largement insuffisant pour s’engouffrer tout nu sur la route en pleine heure de pointe. Un fidèle de la Vélorution nous rappelle la philosophie du mouvement : « On ne bloque pas la circulation, on est la circulation. Mais à vingt… »

De défilé nudiste à vélo, la manifestation se transforme donc en manifestation debout, vélos brandis à la façon des vélorutionnaires, qui scandent les rimes suivantes :
« L’indécence, c’est le moteur à essence.
L’obscénité, c’est le moteur à électricité.
L’horreur, c’est le moteur.
Une seule solution, c’est la vélorution. »

Deuxième problème, le commissaire intervient rapidement. En fait de déclaration à la préfecture, celle-ci n’a pas bien été faite. Pas de récipissé du côté des organisateurs, et aucun retour de déclaration du côté des forces de l’ordre. Un organisateur explique avoir envoyé un courriel, mais le commissaire ne connaît pas le nom du destinataire évoqué : « Il faut se présenter à la préfecture, c’est beaucoup plus sûr », explique-t-il.

L’opération de strip-tease cycliste aura duré deux minutes en tout et pour tout. (Voir le mini-reportage vidéo du Parisien). Avec un goût d’inachevé pour les quelques jeunes qui découvrent ce genre de mobilisations : « Je suis déçu, je trouve qu’il y a quand même beaucoup de répression pour ce que l’on fait », nous dit l’un, alerté par ce qui s’était passé un mois plus tôt.

« C’est nul, notre action n’a eu aucun impact. Les gens n’ont pas eu le temps d’entendre ce que l’on disait », estiment après coup Yves et Aurore, qui regrettent de n’avoir pu enfourcher leur vélo. Ainsi va la vélorution, où ce n’est pas l’imagination ni les bonnes idées qui manquent, mais les militants pour les défendre….


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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre


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