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Reportage — Politique

Amélie de Montchalin, la ministre en opération sauvetage

Amélie de Montchalin, nouvelle ministre de la Transition écologique, lors d'une réunion publique à Palaiseau, le 14 juin 2022.

La nouvelle ministre de la Transition écologique, candidate aux élections législatives, n’a obtenu que 31 % des voix au premier tour, dans sa circonscription de l’Essonne. En cas de défaite dimanche, elle devra quitter le gouvernement.

Palaiseau (Essonne), reportage

Le rendez-vous était donné place de la Victoire — sûrement une manière de s’autopersuader. À Palaiseau, le 14 juin, tout était mis en place pour venir à la rescousse d’Amélie de Montchalin.

La nouvelle ministre de la Transition écologique, également candidate aux élections législatives dans la 6e circonscription de l’Essonne, n’a obtenu que 31,46 % des voix au premier tour. Son rival, Jérôme Guedj, soutenu par la Nupes [1], est arrivé en tête avec 38,31 % des suffrages.

Pour séduire de nouveaux électeurs, Amélie de Montchalin a donc organisé une réunion publique en extérieur, le 14 juin. Avec un invité venu lui prêter main-forte : Bruno Le Maire, ministre de l’Économie depuis déjà cinq ans. « Votez pour Amélie de Montchalin ! Montrez que vous avez envie qu’elle continue son destin politique ! » lance-t-il à la centaine de personnes réunies sur la place.

Bruno Le Maire est venu épauler la ministre, le 14 juin 2022. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Validation du casting du gouvernement

C’est le sauvetage de la dernière chance pour Amélie de Montchalin. En France, les ministres peuvent être candidats aux élections législatives. S’ils sont élus, ils doivent choisir entre leur poste au gouvernement et leur siège à l’Assemblée nationale. Généralement, la plupart préfèrent rester ministres, et céder leur place de député à leur suppléant — quitte à la récupérer plus tard, en cas de remaniement.

Cette année, pas moins de quinze ministres sont candidats aux législatives. Une manière de gagner en légitimité, s’ils obtiennent les faveurs des électeurs. En revanche, en cas de défaite, Emmanuel Macron a prévenu : les ministres battus devront quitter le gouvernement. Et c’est bien ce qui pourrait arriver à Amélie de Montchalin le 19 juin, lors du second tour.

Bannières, tracts... sur la place de la Victoire, le visage de la ministre est visible partout. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« Amélie de Montchalin est engagée sur l’un des enjeux les plus importants : la transition climatique. Je veux la voir poursuivre son action au gouvernement, et ça, ça dépend des électeurs de cette circonscription ! » insiste Bruno Le Maire à Palaiseau. Une manière de transformer les élections législatives en une validation (ou non) du casting du gouvernement.

Amélie de Montchalin a obtenu 31,46 % des voix au premier tour. En 2017, elle avait été élue à plus de 61 %. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Pas de fâcheuses questions

C’est donc une drôle de pièce de théâtre, entre panique et mise en scène, qui s’est jouée place de la Victoire. Le décor ? Cinq immenses bannières, d’une hauteur de cinq mètres, représentant les visages d’Amélie de Montchalin et d’Emmanuel Macron. Avec le slogan présidentiel : « Avec vous ».

Les personnages ? Des militants Renaissance (ex-LREM), originaires de tout le département. « On est venus donner du courage et de la force à la ministre », glisse Gabriel, 23 ans, en distribuant des tracts aux passants. Lui-même ne vote pas dans cette circonscription : il habite un peu plus au sud de l’Essonne. Même chose pour Amélie, 25 ans : « C’est important qu’elle gagne. On croit beaucoup en ce qu’elle porte », dit-elle, tracts à la main.

Tract d’un militant à Palaiseau, le 14 juin 2022. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Parmi la centaine de personnes présentes dans la foule, difficile de savoir qui vit réellement à Palaiseau, et qui s’est déplacé en soutien. Qui est déjà convaincu par le projet, et qui est venu par curiosité. Mais une impression de bienveillance se dégage : chaque prise de parole d’Amélie de Montchalin est acclamée par le public. Même la séance de questions/réponses se déroule sans accrocs, sans interrogation qui fâche réellement. Lorsqu’un homme lui fait remarquer qu’elle n’habite pas (et ne vote pas) dans cette circonscription, la ministre candidate réplique, souriante : « J’assume parfaitement d’agir pour vous plutôt que de faire semblant d’habiter parmi vous. »

Amélie de Montchalin : « Nous ne voulons pas d’une écologie comme celle de nos adversaires, qui multiplie les contraintes. » © NnoMan Cadoret/Reporterre

Une « vision positive » ou celle du « désordre »

À la question sur les actions faites en faveur des jeunes, elle répond en vantant le programme écologique du gouvernement, citant le développement du nucléaire, des énergies renouvelables et de la sobriété énergétique. L’État a pourtant été condamné pour inaction climatique en février 2021. « Nous ne voulons pas d’une écologie comme celle de nos adversaires, qui multiplie les contraintes », affirme-t-elle.

C’est sa stratégie : depuis le début de la campagne, Amélie de Montchalin multiplie les attaques contre son concurrent Jérôme Guedj. Après l’avoir qualifié d’« anarchiste d’extrême gauche » sur la chaîne de télévision CNews, elle a réitéré à Palaiseau en affirmant que les électeurs devaient choisir entre deux visions de la France : une « vision positive » (sous-entendu la sienne) et une « vision de désordre » (celle de son rival).

Émeline, militante de la Nupes : « Je suis venue pour voir quels mensonges ils nous racontent encore. » © NnoMan Cadoret/Reporterre

Dans la foule, on repère une femme, dépitée, arborant sur son t-shirt une étiquette de la Nupes. « Je suis venue pour voir quels mensonges ils nous racontent encore, soupire Émeline [*], 58 ans. C’est toujours la théorie du ruissellement, c’est fatigant. » Les macronistes défendent en effet l’idée que l’argent des plus riches finit toujours par bénéficier aux plus pauvres.

Jérôme Guedj (Nupes) est arrivé en tête du premier tour avec 38,31 % des suffrages. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Au bout d’une heure, il est temps de ranger les banderoles et de rentrer chez soi. Mais la pause n’est que de courte durée. « Il nous reste encore quelques jours pour user nos semelles, sonner aux portes » pour convaincre les électeurs, dit la ministre candidate. Celle qui avait été élue à plus de 61 % il y a cinq ans — Jérôme Guedj n’avait même pas atteint le second tour — va devoir redoubler d’efforts. Sous peine d’être éjectée du gouvernement, un mois à peine après son arrivée.


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