Anthropocène

1er juin 2011 / Hervé Kempf



« Welcome to the anthropocene », bienvenue dans l’anthropocène. Anthropocène ? Cette ère géologique ouverte voici deux cents ans et durant laquelle l’homme - anthropos - est devenu une force géologique. Le concept n’est pas né de la dernière pluie : forgé par le Prix Nobel de chimie Paul Crutzen en 2000, on note sa première mention en France, en 2004, dans Le Monde, sous la signature de Christiane Galus. Mais voilà que le terme fait la couverture de The Economist, le plus intelligent des journaux néocapitalistes.

Pourquoi ce concept est-il important ? Parce qu’il clôt la période philosophique ouverte par le cartésianisme, et qui a inspiré la grande aventure occidentale de la révolution industrielle : selon l’approche synthétisée par Descartes et Bacon, l’homme est séparé de la nature, il doit la maîtriser, en devenir « maître et possesseur ». Ce pari philosophique a si bien réussi que les conditions mêmes sur lesquelles il se fondait ont été transformées : voilà que l’homme s’est fondu dans la nature au point d’en être devenu l’une des forces les plus puissantes. On ne sait plus distinguer le naturel de l’artificiel : le destin de la biosphère ne peut plus être dissocié de celui d’Homo sapiens.

Cela peut conduire à plusieurs conclusions. L’une est de reconnaître que cette puissance nouvelle de l’action humaine a conduit à une dégradation telle de son terrain d’application qu’elle menace sinon son existence, du moins la possibilité de sa poursuite dans des conditions pacifiques et prospères. Une autre, à l’inverse, serait qu’il faut poursuivre et élargir la logique de domination, par exemple en comptant sur la géo-ingénierie pour répondre au changement climatique.

Il est, cependant, une manière moins convenue de réfléchir à ce que signifie l’entrée dans l’ère de l’anthropocène : c’est d’interroger le sens de l’aventure humaine. D’analyser non seulement le système qui a accompagné cette expansion de la puissance d’Homo sapiens, le capitalisme, mais aussi l’attitude philosophique qui l’a inspiré, le matérialisme. Et donc, de rechercher dans la métaphysique une réponse aux questions de l’époque.

Le terrain se dégage : l’Académie pontificale des sciences, au Vatican, a endossé sans ambiguïté, en avril, la réalité du changement climatique, dans un document au titre provocateur : « Le sort des glaciers de montagne à l’ère de l’anthropocène ». Et deux rendez-vous ouvriront prochainement la réflexion : en juillet, lors d’une conférence sur « Ecologie et spiritualité », à Monestier (Dordogne), et en novembre, lors des Assises chrétiennes de l’écologie, à Saint-Etienne (Loire).





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Source : Cet article est paru dans Le Monde daté du 1 juin 2011.

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