123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportageNature

Après les tempêtes, des macareux échoués retrouvent la liberté

Le retour à la liberté des macareux moines a attiré un large public.

Échoués après les tempêtes et soignés en refuge après une forte mobilisation, quatorze macareux moines ont été relâchés dans la baie de Saint-Jean-de-Luz le 27 février. De nombreux spectateurs sont venus assister à ce premier lâcher.

Socoa (Pyrénées-Atlantiques)

Les yeux baignés de larmes, Céline Maury regarde les silhouettes des oiseaux s’éloigner vers le large. En l’espace de quelques minutes les macareux moines, d’abord un peu étourdis et patauds, ont repris leurs aises sur l’océan et s’ébrouent pour mouiller leurs plumes tout en s’éloignant.

Pour la directrice capacitaire du centre de soin de la faune sauvage Hegalaldia, les émotions se mêlent. La fatigue accumulée ces dernières semaines où le centre a dû faire face à l’arrivée de plus d’un millier de macareux en cinq jours — du jamais-vu — se mélange à la joie de savoir ceux-ci en capacité de retrouver leur liberté, et à la fierté quand des spectateurs viennent la remercier pour l’immense travail abattu. « Ils ne sont déjà plus là, ils n’ont pas dit merci ! » plaisante-t-elle, le regard tourné vers l’océan.

Ce sont les tout premiers pensionnaires recueillis suite aux tempêtes à retrouver la liberté. D’autres suivront dans les prochains jours. La directrice explique : « Dès qu’ils sont prêts et que la météo le permet, on les lâche. Le but n’est pas de les garder plus que nécessaire. » 250 macareux remis sur pattes entre les murs de l’association devraient pouvoir rejoindre le large dans les semaines qui viennent.

Pour Céline Maury, directrice du centre Hegaladia, voir autant de monde est une récompense. © Chloé Rebillard / Reporterre

Ce n’est pas la première fois que Hegalaldia doit faire face à une crise où des centaines d’oiseaux marins affluent ainsi. Mais dans un laps de temps aussi court, cela reste inédit. Également inédit, l’intérêt que le sort des macareux a suscité et la chaîne de solidarité qui s’est mise en place pour tenter de sauver ces oiseaux pélagiques affaiblis par les tempêtes successives et le manque des poissons dont ils se nourrissent.

Les réseaux sociaux sont devenus une caisse de résonance très efficace qui a donné un élan exceptionnel à la solidarité. Avec un revers à la médaille : certains comportements ou commentaires se sont révélés contre-productifs. Dernier exemple en date, après le lâcher de ce vendredi, des rumeurs ont fait état sans preuve que les quatorze macareux auraient fini échoués. À tel point qu’Hegalaldia a dû se fendre d’une mise au point sur ses réseaux sociaux.

Pour cette première, quatorze macareux ont regagné le large. © Chloé Rebillard / Reporterre

Néanmoins, partout sur le littoral atlantique, les centres de soins ont vu affluer, en même temps que les oiseaux épuisés, de nouveaux bénévoles venus donner un peu de leur temps. Les cagnottes mises en ligne dans l’urgence ont aussi vite atteint des montants records : celle du centre de soin basque a ainsi dépassé les 59 000 euros.

« On ne savait pas comment on allait finir l’année, reprend Céline Maury, là, on va même pouvoir embaucher des saisonniers cet été. » Un soulagement dans un contexte budgétaire contraint pour les associations.

Outre les dons, le geste des personnes venues prêter main-forte a touché les équipes de soin. « On était en gestion de crise de 6 heures à 22 heures sur le pont et des nouvelles têtes ont accepté de faire de la soupe de poisson toute la journée sans rechigner », salue la directrice.

« Ça remplit le cœur de sauver des vies »

Sur la plage de Socoa, trois femmes s’émerveillent de voir les macareux repartir vers l’horizon. Dominique Simon, Gaëlle Guillet et Rose Delion ne se connaissaient pas il y a encore quelques semaines. Elles se sont rencontrées sur les plages, lorsqu’elles arpentaient le sable à la recherche de survivants parmi les nombreux oiseaux échoués. Rapidement, elles sont devenues une équipe et se sont donné rendez-vous pour braver les éléments ensemble.

Gaëlle Guillet s’esclaffe : « Nos voitures étaient devenues un bazar : il y avait des cartons partout, des serviettes, des bouillottes pour les réchauffer… » Elles font partie de ces nombreuses petites mains qui se sont improvisées ramasseuses dans l’urgence pour rapatrier les macareux vers les centres de soin. « Ça remplit le cœur de sauver des vies, ajoute Rose Delion. Mais voir autant de cadavres, c’est dur. Je pleurais le soir. »

En compagnie de ses deux camarades, Rose Delion scrute les macareux fraichement remis en liberté avec ses jumelles. © Chloé Rebillard / Reporterre

De son côté, Dominique Simon s’enquiert auprès des équipes d’Hegalaldia : « Vous avez besoin de bénévoles rapatrieurs sur Boucau ? » Son expérience lui a donné l’envie d’aider à l’année.

La fenêtre de la crise des macareux est en train de se refermer. Mais le centre, lui, ne risque pas de se désemplir : dans quelques semaines, avec le printemps qui arrive, Céline Maury le sait d’avance, ce sont les bébés de mammifères tels que les hérissons et les écureuils qui auront besoin d’aide.

legende