Arnaud Montebourg brasse un vent original, mais reste accro au nucléaire et au gaz de schiste

2 octobre 2015 / Barnabé Binctin (Reporterre)

Le héraut du made in France a investi dans New Wind, une petite entreprise qui a développé une éolienne d’un nouveau genre. Mais pour l’ancien ministre, la transition énergétique passe par les technologies, nucléaire et gaz de schiste inclus.

Pour l’occasion, il aurait pu ressortir la marinière. Mais c’est bien dans son nouveau costume d’entrepreneur qu’Arnaud Montebourg s’est présenté, jeudi 1er octobre, devant la presse pour expliquer son nouvel engagement au sein de la start-up bretonne New Wind. L’ancien ministre du Redressement productif devient le président du conseil de surveillance de cette société basée à Trégueux (Côtes-d’Armor) après avoir investi 56.000 euros dans son capital, soit la moitié de ses « maigres économies ». « Je n’ai pas de fortune personnelle, a-t-il expliqué, car la politique n’est pas le meilleur moyen pour gagner de l’argent comme vous le savez, et lorsque j’étais avocat auparavant, j’ai souvent défendu des gens sans le sou. »

Les « aeroleafs » de New Wind.

Le chevalier Montebourg vole donc désormais au secours de la transition énergétique, grâce à l’ « arbre à vent », l’innovation technologique développée par New Wind. « Il s’agit de capter les plus petites variations du vent et exploiter le moindre courant d’air en le transformant en électricité », détaille Jérôme Michaud-Larivière, fondateur de New Wind et inventeur de ce concept qui se veut inspiré du biomimétisme.

Le premier prototype, à l’essai depuis deux ans en Bretagne, a la forme d’un arbre métallique sur les branches duquel reposent 63 feuilles en plastique, chacune équipée d’une petite turbine. Ce sont ces « aeroleafs », sorte de mini-éoliennes, qui génèrent du courant. La « rupture technologique » s’opère au niveau de la sensibilité : là où une éolienne classique fonctionne autour d’une vitesse du vent de 5 mètres par seconde, l’aeroleaf démarre à 2 m/s.

« La moisson des énergies perdues dont le vent est roi »

Dotée d’un équipement d’intelligence électrique fondé sur plusieurs algorithmes, l’aeroleaf doit ainsi optimiser une production d’électricité estimée à près de 300 jours par an, bien plus que les éoliennes actuelles, qui ne tournent que 100 jours. Un véritable pied-de-nez aux critiques de l’intermittence : « On fait la moisson des énergies perdues dont le vent est roi », explique M. Michaud-Larivière. Il dit avoir eu l’idée en 2011, au lendemain de Fukushima, alors que le prix du kW/h explosait.

En « passionné d’innovations », Arnaud Montebourg dit avoir été séduit par cet « extraordinaire génie technologique » qui se donne pour objectif de fournir 83 % des besoins en électricité – hors-chauffage – d’un foyer de 4 personnes vivant dans 125 m2. Le prototype doit voir ses premières installations opérationnelles avant la fin de l’année : « C’est une solution de proximité avec une stratégie de l’autoproduction : chacun peut faire sa propre électricité chez lui », poursuit Jérôme Michaud-Larivière, qui s’est entouré d’une dizaine de salariés.

Arnaud Montebourg et Jérôme Michaud-Larivière, fondateur de New Wind.

New Wind affirme avoir déjà plus d’un millier de demandes, dont un certain nombre de particuliers – bien que le prix définitif, évalué à 30.000 euros, ne sera pas connu avant le 30 novembre. Parmi les clients figurent aussi les collectivités territoriales, telle Vélizy-Villacoublay (Yvelines), qui a déjà passé commande : « C’est une vraie alternative aux éoliennes qui dégradent le cadre de vie et ne plaisent pas à la population », veut croire Pascal Thévenot, le maire de la ville.

Haut de 10 mètres pour 8 de diamètre, totalement silencieux, l’arbre à vent dessiné par Claudio Colucci devrait être mieux accepté sur le terrain que ses grandes sœurs industrielles : « Cela ne défigure pas le paysage et s’adapte parfaitement au cadre urbain sans y ajouter de nouvelles nuisances », dit-on à New Wind. Le groupe Eiffage, le fabriquant de l’arbre à vent, vante de son côté « une structure élégante bien que complexe pour un produit qui a du sens ». Le groupe immobilier Unibail-Rodemco a prévu d’en installer dans un grand projet de centre commercial à Düsseldorf tandis que la banque suisse Piguet-Galland veut en faire venir à Genève.

Pour Arnaud Montebourg, il est possible de remettre à flot l’industrie française des énergies renouvelables : « Le solaire se fait en Chine mais la révolution de l’éolien domestique peut se faire en France ! » Un Made in France qu’il veut mettre au service de la lutte contre le réchauffement climatique : « La priorité, c’est le CO2, le fléau du XXIe siècle. »

« On ne peut pas remplacer une énergie par une autre »

Pourtant, l’ex-ministre a pris des positions favorables aux gaz de schiste et au nucléaire. Interrogé par Reporterre à ce propos, Arnaud Montebourg a d’abord botté en touche en reprenant le discours classique de l’augmentation de la demande : « Je n’ai jamais accepté le débat manichéen sur les énergies, on ne peut pas remplacer une énergie par une autre et il y a toujours besoin d’énergies nouvelles pour couvrir les besoins, notamment dus à l’accroissement démographique. » Avant de confirmer sa position sur le sujet : « Je suis favorable au nucléaire car on ne peut pas s’en passer si on sort du charbon et du pétrole. »

La transition énergétique d’Arnaud Montebourg ne passe donc pas par la baisse de la consommation d’énergie. Il se réfère à une étude de l’université Stanford publiée en 2012 : « Si l’on collectait mieux encore le vent, on pourrait produire 100 fois plus d’électricité que l’économie n’en a besoin ! »

Les grands énergétiens l’ont bien compris : Engie (ex GDF-Suez) prévoit de planter deux de ces nouveaux arbres à l’entrée du Bourget à l’occasion de la COP 21, dont elle est un partenaire officiel. Puis de les replanter à… Roland-Garros, dans le cadre de son très contesté projet d’agrandissement.



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Source : Barnabé Binctin pour Reporterre

Photos : Marco photographie - Reporterre

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