Marineland en crise : 30 baleines blanches menacées d’euthanasie
Un béluga au Marineland du Canada, en 2005. - Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 / lezumbalaberenjena
Un béluga au Marineland du Canada, en 2005. - Flickr / CC BY-NC-ND 2.0 / lezumbalaberenjena
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Le Marineland situé tout près des chutes du Niagara, au Canada, ne sait que faire de ses bélugas. À court d’argent, et alors que le gouvernement a interdit l’export en Chine, il menace d’euthanasier les 30 baleines.
Montréal, correspondance
Le parc d’attractions — et d’exploitation — des mammifères marins basé à Niagara Falls affirme ne plus avoir les moyens de s’occuper de ses bélugas. Que va-t-il advenir de Zéphyr, Acadia, Xavier et des 27 autres baleines blanches qui dépérissent dans les piscines de Marineland à Niagara Falls, en Ontario ?
Leur avenir n’a jamais été aussi incertain. Le parc, l’une des attractions phares du pays, qui attirait encore des millions de visiteurs il y a quelques années, assure aujourd’hui qu’il n’a plus les moyens de nourrir et de soigner sa colonie de bélugas. Il réclame, dans une lettre envoyée le 3 octobre, des fonds d’urgence à Ottawa. Faute d’aide, l’entreprise, qui se dit lourdement endettée, brandit la menace de devoir prendre « la décision dévastatrice de les euthanasier ».
Interdits de départ vers la Chine
Marineland avait tenté d’obtenir un permis d’Ottawa pour exporter les bélugas vers le parc Chimelong Ocean Kingdom de Zhuhai, en Chine, où la législation sur la protection des mammifères marins est presque inexistante. La ministre des Pêches et Océans, Joanne Thompson, a refusé la demande le 1er octobre, estimant que l’autorisation aurait signifié « une vie prolongée en captivité et un retour au divertissement public pour ces animaux ».
Depuis 2019, une loi canadienne interdit la détention et l’acquisition de nouveaux cétacés par des parcs de divertissement, Marineland ne peut donc pas renouveler son cheptel. Le gouvernement canadien rejette également la demande de financement d’un plan de sauvetage d’urgence du parc : « Le fait que Marineland n’ait pas prévu d’alternative viable malgré l’élevage en captivité depuis de nombreuses années ne donne pas à l’État la responsabilité de payer pour votre gestion », écrit la ministre Joanne Thompson dans un communiqué publié le 6 octobre.
Fermé depuis 2024, le dernier aquarium du pays à héberger des baleines en captivité, qui existe depuis soixante-trois ans, fait face à des critiques grandissantes depuis plus de dix ans. Condamné pour mauvais traitements envers ses animaux, Marineland Niagara Falls est devenu un cimetière de mammifères marins : 20 baleines y sont mortes depuis 2019, dont 19 bélugas et une orque, Kiska, 47 ans, qui a vécu quarante ans dans le parc avant de mourir d’une infection bactérienne.
Quel avenir pour les bélugas ?
La crise se transpose aussi au parlement provincial, où des politiciens s’indignent du sort des bélugas. Le parc se défend de maltraiter ses animaux dans les médias, invoquant des décès qui font partie du « cycle de la vie ».
Pour Phil Demers, qui a longtemps été entraîneur de mammifères marins au Marineland de Niagara Falls, avant de devenir un lanceur d’alerte pour dénoncer les conditions de vie des baleines en captivité, la possibilité d’une euthanasie brandie par le parc est une fausse menace.
« Aucun béluga ne sera euthanasié, cela n’arrivera pas, dit-il, au téléphone, à Reporterre. La mobilisation citoyenne ne le permettra pas : le coût moral est trop grand. Marineland fait monter la pression publique pour obtenir de l’argent et profiter d’un élan de sympathie envers le parc, en accusant Ottawa de cette crise. Leur terrain vaut très cher, s’ils le vendaient, ils s’en sortiraient. »
Quelles perspectives pour les bélugas ? L’exportation en Chine étant bloquée, il reste la piste de refuges étasuniens respectant la loi canadienne ou celle de nouveaux sanctuaires au Canada. L’option du Whale Sanctuary Project, un projet en Nouvelle-Écosse, avait été évoquée, mais n’est pas réaliste car trop embryonnaire.
Un « changement de paradigme » mondial
La remise en liberté, dans les eaux du fleuve Saint-Laurent par exemple, n’est pas envisageable : seuls deux bélugas de Marineland sont nés dans la nature. Les autres sont inaptes à survivre sans assistance humaine.
La crise en cours rappelle celle du Marineland d’Antibes, en France — les entreprises françaises et canadiennes sont indépendantes l’une de l’autre — fermé en janvier. Les orques et les dauphins attendent, eux aussi, une solution hors des bassins. La légitimité même de la captivité animale, déjà ébranlée, est remise en cause dans les deux pays.
« Le sort des bélugas inquiète tout le monde »
Le début d’une nouvelle ère, espère Phil Demers : « J’ai toujours voulu mettre fin à la captivité des baleines, c’est mon combat. On assiste en ce moment à un changement de paradigme mondial. Marineland ne l’a pas vu venir, et n’a pas su s’adapter à l’opinion publique. Le sort des bélugas inquiète tout le monde : ils laisseront une trace qui peut aider la cause. »