Au nord de Lyon, les collégiens animent leur Amap

Durée de lecture : 5 minutes

4 mai 2018 / Hugo Jamard (Silence)

Depuis janvier 2018, l’Amap du collège de Limas, dans le Rhône, est en activité à l’initiative d’enseignantes et de collégiens. Un moyen de toucher un public peu coutumier de cette alternative alimentaire.

À quelques minutes du lancement, l’excitation monte chez les élèves, qui ne tiennent plus en place. Ce sont elles et eux qui, avec le corps enseignant, vont animer cette soirée de présentation de leur projet d’Amap (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) au sein du collège Maurice-Utrillo, à Limas (Rhône). Alors que les parents d’élèves arrivent, curieux de voir leurs enfants en action, on s’affaire aux derniers préparatifs : « Qui explique le principe des Amap ? » ; « Qui présente les product·rices locaux ? » ; « Qui lance le débat ? » Un peu d’appréhension sans doute, mais pour sûr, les enfants et les adultes qui les entourent sont à bloc !

Cette soirée du 18 janvier 2018 est venue couronner un vaste travail de construction collective. Depuis 2012, un club jardin est particulièrement actif au sein de ce collège, animé par Nadera Berremilli, professeur de sciences de la vie et de la terre (SVT), et par Jean-Noël Rony, agent du collège et passeur de savoirs jardiniers. Le projet a permis aux collégien·nes de construire un hôtel à insectes et de mettre en place un compost, de découvrir la permaculture avec la construction de buttes et de s’initier au jardinage avec l’aménagement de leur propre espace de jardin dans le collège.

Ces initiatives ont permis au collège de recevoir un label E3D (établissement en démarche de développement durable) en 2013, encourageant de nouvelles idées : des temps de réflexions et d’animations sur différents sujets comme les solidarités, la santé et le changement climatique. Les choses auraient pu en rester là, mais Nadera et les écojardini·ères ont eu envie d’aller encore plus loin en imaginant la mise en place d’une Amap au sein du collège.

L’enjeu est aussi de faire venir de nouvelles personnes dans le collège 

L’idée d’une Amap vient enrichir concrètement toutes les thématiques entrevues jusque là : soutien à une agriculture locale et respectueuse de l’environnement, une alimentation de qualité et moins productrice de déchets, de nouveaux liens de solidarité avec des paysans et paysannes des alentours. L’enjeu est aussi de faire venir de nouvelles personnes dans le collège, des product·rices mais aussi des familles et parents d’élèves, offrant ainsi de nouvelles occasions de participer à la vie du collège.

Nadera Berremilli et sa collègue enseignante d’italien Laura Mezzone sont parvenues à recueillir le soutien d’un large éventail d’act.rices, depuis les premi·ères product·rices qui ont répondu au projet, jusqu’aux personnels administratifs et à la directrice du collège. Pour les aider dans l’accompagnement de la création du projet, elles ont sollicité l’association d’éducation populaire Lyon à double sens pour animer les temps de construction collective et former les écojardini·ères à l’animation de réunions. Leur participation a été rendue possible grâce au soutien financier du département du Rhône, intéressé par cette initiative portée par un collège et tournée vers l’économie locale. Laura et Nadera ont pu aussi compter sur l’aide du Réseau des Amap Auvergne-Rhône-Alpes pour penser le cadre et le fonctionnement de leur future Amap.

Le jardin du collège.

Le 18 janvier, les écojardini·ères et leurs accompagnatrices ont réussi à concrétiser « la solution idéale pour le maintien de l’agriculture paysanne » : la Limap. L’Amap proposera des paniers de légumes bio livrés par Frédéric Nesme, maraîcher à Arnas (Rhône), du pain au levain pétri par Marie et Ludovic Gros, paysans boulangers à Blacé (Rhône), ou encore des tisanes et autres sirops et pâtes de fruits de Rivolet (Rhône), proposés par Delphine Billet et Julien Fellot. Les distributions auront lieu tous les jeudis, de 16 h à 17 h au moment de la sortie des cours, dans le hall et à l’entrée du collège, voire au jardin quand ce sera possible.

Et si chacun des 10.000 collèges et lycées de France montait sa propre Amap 

À la fin de la soirée, après « brise-glaces » et passages de micro, les collégiens et collégiennes ont réussi à embarquer les premières familles qui avaient fait le déplacement dans leur aventure amapienne : les premiers contrats d’engagement ont été signés ! Les product·rices sont prêt·es à commencer même avec un petit nombre de contrats, pour laisser le temps à l’Amap de se construire. Les débuts sont pourtant moins timides que prévu, une trentaine de contrats ont rapidement été signés à la suite de cette soirée. La dimension pédagogique et originale du cadre de cette Amap a sans doute nourri la motivation des product·rices, très enclin·es à faire partager leurs connaissances aux jeunes jardini·ères. Aux élèves et aux premiers Limapien·nes maintenant de communiquer et motiver de nouvelles familles pour garantir le succès du projet.

Depuis leur apparition en France en 2001, les Amap ont largement essaimé (on en compte presque 2.000 actuellement) et diversifié leurs lieux de distribution. La Limap fait entrevoir d’autres lieux possibles pour le développement des Amap, susceptibles de toucher de nouvelles personnes pour dépasser les centres-villes des métropoles où elles sont particulièrement concentrées. On imagine alors ce que cela donnerait si chacun des 10.000 collèges et lycées de France montait sa propre Amap : ça serait autant de paysans et de paysannes soutenues dans leur activité nourricière. Pour l’heure, seulement quelques initiatives d’Amap ont éclos en France au sein d’établissements secondaires, créées par les élèves et leurs enseignants et leurs enseignantes [1]. Partant de ces expériences, qui sait combien de nouvelles idées similaires viendront bourgeonner dans nos écoles ?


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[1Le collège Notre-Dame, à Niort (Deux-Sèvres), et le collège expérimental Anne-Frank, au Mans (Sarthe), ont eux aussi créé des Amap avec l’aide des collégien·nes. Des initiatives semblables ont aussi été expérimentées dans des lycées de la région Pays de la Loire.


Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Silence.

Photos : © Hugo Jamard et © Gwendoline Leclerc

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