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ReportageInondations

« Au secours, il faut partir ! » La crue fait céder des digues de la vallée de la Garonne

Inondations à Cadillac-sur-Garonne (Gironde), le 16 février 2026.

Dans certaines stations de mesure, la crue de la Garonne a dépassé les records de 2021 : elle est la plus haute depuis cent ans. En Lot-et-Garonne et en Gironde, une dizaine de digues n’ont pas résisté.

Aiguillon (Lot-et-Garonne), reportage

Samedi 14 février au matin, 8 heures. Olivier, habitant du quartier du Lot à Aiguillon, est réveillé par les cris de ses voisins. « Au secours, il faut partir ! » À 1 kilomètre d’ici, la digue séparant la ville de la Garonne vient de céder. La plaine, large de 6 kilomètres à certains endroits, est déjà sous les eaux.

La brèche de 50 mètres de long laisse dorénavant pénétrer les eaux boueuses dans tout le quartier. « En une heure, c’est monté de 3 mètres », témoigne Olivier, qui a rapidement eu le temps de partir à pied pour se réfugier sur les hauteurs de la ville. Au total, depuis vendredi, 1 000 habitants ont été évacués dans cette ville de 4 000 personnes, particulièrement vulnérable du fait de sa position, à la confluence du Lot et de la Garonne. À Marmande, à une trentaine de kilomètres en aval, la Garonne a été mesurée à 10,33 mètres, samedi, à 19 heures.

Au centre d’hébergement organisé dans un gymnase sur les hauteurs, la tension côtoie l’attente. Olivier enchaîne les cigarettes sous un barnum de la Croix-Rouge. « Le niveau commence à baisser, alors des sinistrés sont déjà partis constater les dégâts chez eux. Mais ça va remonter. » La pluie continue de tomber, et les prévisions météorologiques annoncent dans les jours à venir plusieurs dizaines de millimètres sur les territoires en amont. Du côté de l’estuaire de la Gironde, de forts coefficients de marée sont également prévus, ralentissant la décrue.

Huit digues endommagées

Le risque est d’autant plus grand que huit digues sont endommagées dans le département, à l’issue du weekend. En Gironde, des ouvrages ont également cédé, mais aucun comptage n’a été transmis par la préfecture. Quelle est la cause de ces brèches ? « À mon avis, les 170 millimètres d’eau tombés en janvier et les pluies de février ont ramolli la terre des digues jusqu’à les rendre fragiles », pense Christian Girardi, maire d’Aiguillon, accoudé au comptoir dans le club-house du club de rugby, transformé en QG du centre d’hébergement. En 2021, lors d’une crue qui avait déjà dépassé les 10 mètres, la digue avait tenu le coup.

Pour d’autres, c’est le manque d’entretien de ces ouvrages en terre qui est responsable. En 2024, la compétence d’entretien de ces ouvrages a été déléguée par l’État aux intercommunalités. Mais toutes n’ont pas choisi d’assumer cette responsabilité. En Gironde, le maire de Saint-Macaire, Cédric Gerbeau, a poussé un coup de gueule sur Facebook : « Lorsque l’Etat s’est désengagé de l’entretien de nos digues, notre communauté de communes a voté massivement contre la prise en charge de ces digues. L’entretien, depuis deux ans, est aux frais de notre commune. » L’ouvrage dont il est question protège des crues du fleuve jusqu’à 9,30 mètres.

Du côté de Caumont-sur-Garonne, en Lot-et-Garonne, l’eau est passée par-dessus la digue, emportant l’ouvrage sur une trentaine de mètres et inondant toute la plaine. « On a dix maisons inondées », résume le maire, Pierre Imbert, qui héberge lui-même des sinistrés. Ici, la communauté de communes Val de Garonne a pris en charge l’entretien des digues. Un coût conséquent : 600 000 euros par an d’après l’élu.

Des barrages interdits d’être posés ?

À Aiguillon, dans le quartier de la confluence, des épis de maïs jonchent le sol. Une couche boueuse déposée par la Garonne recouvre encore le tarmac. Dans un jardin transformé en plan d’eau, deux poules ont trouvé refuge in extremis sur un tas de bois. Pour ralentir l’infiltration du fleuve dans les maisons, certains riverains ont colmaté leurs portes de garage avec de la mousse expansive.

À son balcon, un habitant enrage : « Ça fait 75 ans que je suis là, je n’ai jamais vu d’eau dans le quartier. » Il incrimine directement le maire : « Les batardeaux [barrages destinés à la retenue d’eau provisoire] n’ont pas été placés en deuxième ligne. Que la digue pète, on n’y peut rien, mais derrière il n’y avait pas de protection. »

Certains riverains ont colmaté leurs portes de garage avec de la mousse expansive. © Nicolas Beublet / Reporterre

Interrogé par Reporterre, le maire se défend : « Depuis 2019, la mise en place du batardeau à proximité du quartier, au niveau du pont SNCF, n’est plus inscrite dans le plan de protection contre les inondations. On ne sait pas qui a décidé de ça, mais on va trouver qui est responsable. » Dimanche 15 février, il avait déclaré à La Dépêche que la SNCF interdisait cette manœuvre. En début d’après-midi, le lendemain, dix gros blocs de béton anti-intrusion étaient en train d’être disposés, en lieu et place des batardeaux. Car dame Garonne n’en a pas fini.

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