123
Média indépendant à but non lucratif, en accès libre, sans pub, financé par les dons de ses lectrices et lecteurs

ReportageA69

Exclusif – Sur l’A69, les fortes pluies font déborder des eaux non traitées

Le chantier de l'autoroute A69 reverse des eaux non traitées dans la nature, le 17 février 2026.

Machines à l’arrêt, parcelles inondées, bassins de traitement qui débordent... Les fortes pluies qui s’enchaînent dans le Sud-Ouest font patauger le chantier de l’A69. De quoi polluer les rivières environnantes.

Cuq-Toulza (Tarn), reportage

Dans le Tarn, c’est le calme après la tempête. Sur les coteaux de la vallée du Girou, les précipitations intenses des dernières semaines ont laissé des stigmates. Les rivières débordent par endroits, les champs sont inondés et les travaux de l’autoroute A69 pataugent. « Le chantier n’avance plus depuis quelques jours, on peut même dire qu’il recule. De nombreuses zones sont inondées. Certains tas de remblais s’effondrent, et cela va entraîner des travaux supplémentaires », raconte Camille [*], un opposant du collectif La Voie est libre.

Ces pluies importantes, qui continuent de s’abattre sur la région, mettent également en exergue de nombreuses malfaçons et irrégularités du chantier. Sur les hauteurs de Cuq-Toulza, une commune au bord du tracé, un bassin de traitement des effluents du chantier déborde. L’eau, qui n’est pas encore traitée et qui charrie des sédiments du chantier, s’échappe du bassin et s’écoule dans le champ attenant, avant de rejoindre le milieu naturel et la rivière de la Ribenque, en contrebas.

« Une grande partie des bassins de traitement du chantier est sous-dimensionnée, affirme Jacques Thomas, ingénieur écologue et opposant au chantier de l’A69, entre Toulouse et Castres. Quand il pleut, tous ces ouvrages hydrauliques, chargés de décanter l’eau avant qu’elle ne rejoigne les cours d’eau, ne remplissent plus leur fonction. C’est très dangereux pour nos rivières. »

Le chantier de construction de l’autoroute A69 reverse des eaux non traitées dans la nature. © Antoine Berlioz / Reporterre

Des seuils dépassés

Les écoulements qui débordent des bassins et rejoignent le milieu naturel sont troubles et semblent chargés de sédiments. Ces effluents doivent pourtant être analysés de manière hebdomadaire par le concessionnaire et respecter certains seuils, selon l’autorisation environnementale du chantier de l’A69.

Cette autorisation, qui avait été annulée en première instance par la justice administrative en février 2025, précise que les écoulements du chantier, au moment de rejoindre le milieu naturel, doivent contenir moins de 50 milligrammes de matières en suspension par litre, avec une turbidité inférieure à 35 NTU (Nephelometric Turbidity Unit).

« À l’œil nu, on peut voir que l’eau qui ruisselle du chantier vers le milieu naturel ne respecte pas ces normes légales », affirme Camille, qui sillonne régulièrement le chantier de l’A69 pour alerter les autorités sur les illégalités qu’il constate.

Le chantier de construction de l’autoroute A69, le 17 février 2026. © Antoine Berlioz / Reporterre

Selon Jacques Thomas, scientifique et spécialiste en compensation, « si l’eau n’est pas traitée avant de rejoindre le milieu naturel, elle peut colmater certains cours d’eau, ce qui peut asphyxier les poissons ou les insectes présents. Cela peut être dramatique, surtout au printemps, pendant la période de ponte ».

D’après les informations de Reporterre, les eaux qui ruissellent du chantier de l’autoroute, à de nombreux endroits, dépasseraient largement les normes de l’autorisation environnementale. Contactés, ni le concessionnaire, ni la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), ni la préfecture du Tarn n’ont souhaité nous transmettre d’éléments contradictoires.

La preuve des « malfaçons » et de « l’amateurisme »

Ces irrégularités pourraient entraîner une nouvelle mise en demeure pour le concessionnaire Atosca, qui semble s’accommoder de ces sanctions administratives puisqu’il en cumule près de 60 depuis le début du chantier en 2023. Au début de l’année, Atosca a même été sanctionné par la justice pénale pour avoir utilisé illégalement 30 hectares de terres non déclarées dans l’autorisation environnementale.

« Les bassins chargés de filtrer les ruissellements du chantier ont été très mal réalisés par le concessionnaire. Les services de l’État n’ont pas fait leur travail et n’ont jamais contrôlé la bonne conception de ces ouvrages hydrauliques », assure Jacques Thomas. Selon l’écologue, ces bassins doivent normalement être conçus pour résister à de fortes précipitations.

Un ouvrage de traitement des eaux du chantier causant des débordement lors des pluies. © Antoine Berlioz / Reporterre

« Ce ne sont pas les pluies intenses des dernières semaines qui sont à l’origine de tous les problèmes que l’on voit actuellement sur le chantier. Ce sont les malfaçons et l’amateurisme du concessionnaire dans la réalisation de ces ouvrages. Les nombreux manquements administratifs et les arrêtés de mise en demeure depuis le début du chantier en témoignent. »

À travers de nombreux signalements, qui ont lieu presque quotidiennement, les opposants continuent d’alerter les autorités sur les irrégularités du chantier de l’A69. Des travaux toujours en sursis, puisque plusieurs associations ont décidé, le 8 février, de déposer un recours devant le Conseil d’État pour tenter d’annuler l’autorisation environnementale de l’autoroute.

legende