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Climat

Aura-t-on du soleil cet été ?

Des touristes sous la pluie à Paris, le 16 avril 2024.

Après un printemps très pluvieux, l’espoir d’un été ensoleillé reste incertain. Deux possibilités se dégagent, selon les climatologues : soit le temps restera orageux, soit il deviendra caniculaire.

Une myriade de parapluies escorte, en ce 20 juin, le passage officiel à l’été. Avec plus d’une cinquantaine de départements placés en vigilance jaune — et douze autres en orange — face aux risques d’orages, d’inondations et de crues, le ciel chahute nos habitudes. Et à en croire les projections de Météo-France, le temps pluvieux et orageux n’entend pas s’envoler de sitôt.

La fautive, dénommée « goutte froide », commence d’ailleurs à nous être familière. Située à plus de 5 000 m d’altitude, cette petite poche d’air frais s’est échappée du courant-jet polaire pour atteindre la latitude française. Dès lors, elle est entrée en conflit avec les masses d’air chaud venues du Maghreb et de la péninsule ibérique : « Ce phénomène, tout à fait habituel, est le kérosène de la formation des orages », image le climatologue Davide Faranda.

Lire aussi : Pourquoi ce printemps est-il si pluvieux ?

D’ordinaire, une goutte froide est passagère. Progressant d’ouest en est, elle déclenche des épisodes pluvieux de quelques jours puis disparaît jusqu’à la suivante : « Seulement, cette fois-ci, elle stationne depuis de nombreuses semaines », précise le directeur de recherche au CNRS.

Résultat ? Avec des anomalies de +45 % comparées aux normales de 1991 à 2020, le printemps 2024 est le quatrième plus pluvieux qu’ait vécu la France depuis le début des mesures en 1959. Dans certaines villes, comme Nice, Lyon et Strasbourg, le trimestre écoulé trône même sur la deuxième marche du podium en termes de précipitations cumulées. Dans la commune d’Uzès, au nord de Nîmes, la pluviométrie printanière a dépassé les 400 mm. Autrement dit, deux fois et demie la normale saisonnière.

Les mois de mars, avril et mai ont par ailleurs enregistré un déficit d’ensoleillement proche de 20 %, voire même de 30 % dans des localités du nord-est du pays. À Beauvais (Oise), le ciel s’est dévoilé à seulement trois reprises en 90 jours. Côté températures, deux courts épisodes de douceur ont fait bondir le mercure 10 °C au-dessus de la normale, à Paris comme à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Les prémices d’un été, aussitôt balayées par des pics de froid et de fréquentes gelées. Le 23 avril, à Guéret (Creuse), le thermomètre affichait ainsi -3,5 °C.

42 °C à Rome, 18 °C à Biarritz

Alors à quelle météo faut-il s’attendre pour l’été ? Le 28 mai, les climatologues de Météo-France dévoilaient le bulletin des grandes tendances pour les mois de juin, juillet et août 2024. Si le scénario d’un trimestre plus sec que la normale reste le plus probable pour les régions méridionales de l’Hexagone et pour la Corse, « aucune tendance ne se dégage sur le reste de la France ».

Aux yeux de Davide Faranda, les gouttes froides participent à cette incertitude : « Avec le changement climatique, celles-ci semblent plus persistantes qu’auparavant. » Pour l’heure, il n’existe pas de consensus total au sein de la communauté scientifique pour associer cette dynamique aux émissions de gaz à effet de serre.

Des études montrent toutefois que la différence décroissante de températures entre les pôles et les tropiques participe à déchirer le jet-stream en été. « Ce courant perd alors en rapidité et les zones de basse pression ne peuvent plus circuler d’ouest en est comme en hiver, poursuit le chercheur. Elles sont alors bloquées à des positions spécifiques. »

Parmi elles, deux positions prédominent. Si la goutte froide persiste à stationner au large des côtes atlantiques françaises, le temps demeurera orageux. À l’inverse, si elle glisse vers le sud et se positionne au large du Portugal, le temps deviendra caniculaire dans l’Hexagone, avec des températures très élevées.

L’hiver et le printemps très pluvieux de 2018 avaient été chassés par la canicule. Wikimedia Commons/CC BY-SA 4.0/3rd3urop3

« Nous vivons sur une bascule entre deux extrêmes », analyse l’hydrologue Emma Haziza. L’un similaire à l’été 2018, quand l’hiver et le printemps excessivement pluvieux avaient soudainement été chassés par la canicule, plongeant le pays dans une sécheresse intense. L’autre similaire à l’été 2021, où six gouttes froides successives avaient provoqué de graves inondations en pleine saison estivale, en Allemagne comme dans le nord de la France.

Quel que soit le scénario, une chose est sûre : la présence d’une goutte froide ne signifie pas que le climat refroidit à l’échelle du continent. « En 2021, les Français se sont plaints d’avoir un été froid et maussade, note Emma Haziza. Il s’agissait pourtant du plus chaud jamais ressenti en Europe. Dès lors qu’on tournait la tête à droite et à gauche, on observait des 48,8 °C en Sicile, un dôme de chaleur en Espagne, etc. » Le 20 juin, les températures devraient d’ailleurs frôler les 42 °C à Rome, contre 18 °C à Biarritz.

Mildiou et champignons

Au-delà des seules gouttes froides, le cycle de l’eau dans sa globalité est déstabilisé par le changement climatique. « À l’augmentation de température de 1 °C, correspond une augmentation de l’humidité de l’atmosphère de 7 %, détaillait à Reporterre le climatologue Robert Vautard le 23 mai. Autrement dit, à mesure que le climat se réchauffe, la vapeur d’eau stockée au-dessus de nos têtes se multiplie. » L’air ayant une capacité limitée à contenir celle-ci, une fois franchi le seuil, elle finit par se condenser, former des nuages et se transformer en pluie.

« On a toujours tendance à penser que le changement climatique sera synonyme d’ensoleillement, sourit Davide Faranda. C’est faux. À l’avenir, nous aurons une très forte variabilité du climat, avec des sécheresses mais aussi des précipitations extrêmes. » Aux yeux de l’hydrologue Emma Haziza, ces pluies restent bénéfiques à la biodiversité. Dans les Pyrénées-Orientales notamment, l’embellie sur le front de la pluviométrie a soulagé la flore et les sols totalement asséchés.

En revanche, si les rivières atmosphériques se condensent dans des endroits déjà saturés en eau, les répercussions peuvent devenir néfastes : « Certaines terres agricoles risquent notamment de subir des propagations de champignons ou de mildiou, ajoute la docteure à l’École des mines de Paris. Sans parler des inondations, emportant tout sur leur passage, biodiversité comprise. »

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