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Culture

Dinosaures et humains préhistoriques reprennent vie au Muséum

Les équipes techniques ont dû recréer des espèces disparues à l’aide de preuves écrites et géologiques restreintes.

L’exposition « Les Mondes disparus », au Muséum à Paris, plonge les visiteurs dans un voyage de 3 millions d’années. Grâce à la réalité virtuelle, une technologie captivante mais polluante.

Paris, reportage

Nous nous sommes retrouvés au milieu d’un groupe de T-Rex et face à trois Triceratops, prêts à en découdre. Cette expérience ahurissante, on la doit à l’exposition en réalité virtuelle « Les Mondes disparus », résultat de la collaboration entre le Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) et l’entreprise Excurio. La galerie de minéralogie du muséum s’est transformée en un paysage typique de la période du Jurassique (-180 millions d’années) — une jungle luxuriante. Grâce à un casque équipé de petits haut-parleurs installés au-dessus des oreilles, les visiteurs sont plongés dans un monde en 3D qui retranscrit jusqu’au bruit des espèces, et découvrent différentes périodes de la Terre : un voyage de 3 milliards d’années.

Des ichtyosaures, reptiles aquatiques du Jurassique (entre 201 et 145 millions d’années avant notre ère). © Excurio MNHN

Jusqu’au 16 avril 2024, cette expérience immersive fait, en effet, découvrir aux participants l’évolution de la vie sur Terre. On peut même rencontrer l’un de nos lointains cousins, l’Homo floresiensis, en pleine partie de chasse, en -61 000 ans avant J.-C. « En quarante-cinq minutes, le visiteur traverse une pièce de 500 m2, précise Stéphanie Targui, chargée de mission innovation numérique et audiovisuelle au MNHN, mais comme il fait des boucles, c’est en réalité 2 000 m2 qu’il foule. »

Reproduire les sons des dinosaures

Ce projet en réalité virtuelle a commencé en 2018 lorsque le muséum s’est intéressé au travail de l’entreprise Excurio, qui proposait des déambulations en réalité virtuelle. « C’était un concept encore peu développé dans une approche muséale. Il a donc fallu convaincre la gouvernance du muséum de soutenir ce type de technologie », raconte Stéphanie Targui. Le feu vert a été donné en 2021.

Sons d’une libellule géante, paysage du carbonifère en France il y a 522 millions d’années... En plus du comité scientifique, composé de trente chercheurs, des membres d’Excurio ont travaillé à la mise en scène des différentes époques. Les équipes techniques ont dû recréer des espèces disparues à l’aide de preuves écrites et géologiques restreintes. « C’était un véritable défi. Une spécialiste du mouvement a même travaillé sur ce sujet. Faire prendre vie à des espèces qui n’existent plus, ça demande une conception morphologique particulière », dit la chargée de mission.

Une libellule au Carbonifère. © Excurio MNHN

Tout au long du parcours, on s’émerveille devant la mer à perte de vue de l’Archéen, on tente de toucher les lianes plus vraies que nature du Jurassique. « La réalité virtuelle nous permet de montrer des choses, des éléments, qu’on ne pourrait pas montrer autrement, notamment des espèces, des environnements disparus ou inaccessibles. C’est une manière de présenter la nature, la biodiversité autrement et d’une manière assez vivante et concrète », détaille la chargée de mission.

L’exposition se termine par une rétrospective des animaux de 2023 qui auront disparu en 2223. Adieu, le rhinocéros noir. Et il n’existera pratiquement plus de guépards et d’éléphants d’Afrique. Lueur d’espoir : « Avec des politiques environnementales suffisantes mises en place en 2023, on pourrait sauver ces espèces. »

« On s’interroge sur l’impact écologique de l’expérience »

Malgré tous ces attraits, l’utilisation de la réalité virtuelle a des conséquences environnementales. Selon le rapport de The Shift project en 2021, le secteur du numérique serait responsable de 3 à 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Interrogé par Reporterre, Frédéric Bordage, fondateur du cabinet Green IT, précisait que l’essentiel du problème de ces nouvelles technologies est lié « au coût en ressources de la fabrication de ces équipements ». La construction des casques de réalité virtuelle nécessite notamment des dizaines de métaux comme le cuivre, l’or ou le lithium.

Durant l’Archéen, il y a 4 à 2,5 milliards d’années, la croûte terrestre continue de se former sous l’action d’un volcanisme intense. © Excurio MNHN

Loin d’ignorer ce problème, le MNHN entend bien utiliser l’expérience des « Mondes disparus » comme phase test sur les effets environnementaux du numérique du musée. « Nous n’avons pas encore déterminé qu’elle va être notre position, dit Stéphanie Targui, “Mondes disparus” sera un cas d’étude pour nous. Ces nouveaux formats ont leurs détracteurs qui s’appuient sur des données étayées. En revanche, il manque des études comparatives avec d’autres formats qui pourraient nous permettre de choisir l’outil qui a le moins d’impact sur l’environnement. »


© Excurio MNHN
Exposition « Mondes disparus » à la Galerie de géologie et de minéralogie Hors vacances : du mercredi au dimanche, de 10 h à 18 h — Pendant les vacances : tous les jours (sauf les mardis), de 10 h à 20 h — Tarifs : de 24 à 29 euros

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