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ReportageAgriculture

« On ne se bat pas seulement pour notre survie, mais pour celle de l’agriculture »

Les agriculteurs de la Confédération paysanne et leurs soutiens le matin du 9 janvier 2026 à Paris.

Des membres de la Confédération paysanne ont mené une opération escargot sur le périphérique parisien contre la gestion de la dermatose nodulaire et l’accord UE-Mercosur. Ils appelent au soutien populaire.

Paris, reportage

« Et le périph il est à qui ? Il est à nous ! », scandaient les militants et paysans, dans un nuage de fumigènes. Gilets fluorescents sur le dos, drapeaux jaunes bien en vue et banderoles à la main : aux alentours de 7 h 30, six tracteurs de la Confédération paysanne ont débarqué sur le périphérique parisien, au niveau de porte de Montreuil. Ils étaient accompagnés d’une centaine de militants de la CGT Paris, de Solidaires, des Soulèvements de la Terre et des collectifs Cancer Colère et « Agro en lutte », ainsi que de la députée insoumise de la Haute-Vienne, Manon Meunier.

Objectif : dire « stop à l’abattage total » des troupeaux de bovins dans le cadre du protocole gouvernemental de gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), ainsi qu’à l’accord Union européenne et les pays du Mercosur [1], dont le vote est prévu vendredi 9 janvier. Plus tard dans la matinée, sur la place de l’Étoile, deux porte-parole nationaux du syndicat, Thomas Gibert et Stéphane Galais, ont été violemment arrêtés par les forces de police.

« On se bat [aussi] pour la qualité de l’alimentation de tous »

« Nous, on a été là aux côtés du mouvement salarial, on a alimenté les piquets de grève et on a participé aux manifestations pendant la mobilisation contre la réforme des retraites, rappelle un paysan. Maintenant, on attend que la population nous rejoigne à son tour parce qu’on ne se bat pas seulement pour notre survie, mais pour celle de l’agriculture et pour la qualité de l’alimentation de toutes et tous ! »

«  Les paysans et les malades des pesticides ont les mêmes adversaires : les industries de l’agrobusiness  », a dit Fleur Breteau, de Cancer Colère. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Une parole qui résonne aux oreilles de Fleur Breteau, venue avec d’autres membres du collectif Cancer Colère : « Les paysans et les malades des pesticides ont les mêmes adversaires : les industries de l’agrobusiness qui poussent pour la loi Duplomb, la directive européenne Omnibus ou l’accord avec le Mercosur », estime la militante.

Contre les accords de libre-échange

Sur la route, les paysans se réjouissent de constater que la plupart des automobilistes les saluent d’un klaxon, d’un signe de la main ou de mots d’encouragements. Au volant d’un des tracteurs, Benjamin Serra, maraîcher dans les Hauts-de-France, est venu « crier son mécontentement » contre des accords de libre-échange qui « mettent en danger » les filières agricoles. En novembre, il participait à l’action menée à Perpignan contre l’importateur franco-marocain de fruits et légumes Azura, « pour dénoncer l’accord entre l’Union européenne et le Maroc et les droits bafoués du Sahara occidental ».

« Des décisions déconnectées des réalités des paysans »

Il y a deux semaines, c’est à la frontière franco-belge qu’il a bloqué une autoroute sur l’axe « très stratégique » entre Paris et Bruxelles par lequel transitent « des marchandises de l’autre bout du monde ».

Cette fois, il vient « perturber la capitale, là où sont prises les décisions, déconnectées des réalités des paysans ». « On se mobilise depuis des semaines et même des mois dans les territoires pour soutenir la filière d’élevage victime de la DNC et s’opposer à l’accord de libre-échange, mais le gouvernement reste sourd à nos souffrances et à nos revendications », explique Benjamin Serra.

Le syndicat réclame «  la fin de la politique d’abattage total  » des vaches affectées par la dermatose nodulaire, ainsi que la fin «  du libre-échange débridé dont elle constitue l’arme  ». © NnoMan Cadoret / Reporterre

Pour se rendre encore plus visibles, les tracteurs entendaient se rendre devant l’Arc de Triomphe, mais ils en ont été empêchés par les forces de l’ordre.

Pour un « protectionnisme solidaire »

« On nous met en compétition avec des paysans du monde entier », soupire Romain Henry, apiculteur en Indre-et-Loire. « Le libre-échange organise la descente vers le bas des prix, ainsi que des normes sociales et environnementales », analyse le paysan. Lui aussi craint d’être directement affecté par l’accord et de voir arriver sur le marché européen des « millions de tonnes de miel sud-américain, achetés à moins de 2 euros le kilo, alors qu’il faut minimum 4,50 euros pour couvrir nos coûts de production ».

La Confédération paysanne ne réclame toutefois pas une hausse des droits de douanes sur les produits importés, mais des « prix minimum d’entrée ». Une forme de « protectionnisme solidaire », jugé plus « internationaliste », qui permettrait aux agriculteurs du pays exportateur de « se battre pour réclamer leur juste part de cette valeur », tout en offrant au consommateur « un véritable choix qui ne soit pas basé uniquement sur la différence de prix », explique Romain Henry.

Le vote de l’accord UE-Mercosur est prévu vendredi 9 décembre. © NnoMan Cadoret / Reporterre

Le syndicat ne réclame pas non plus de baisse des normes environnementales. Le modèle qu’il défend est plutôt celui d’un « alignement vers le haut » de ces normes au niveau international, et l’amélioration de la viabilité de « plus petites exploitations » tournées vers le circuit local et un fonctionnement « écologiquement vertueux », détaille Gwenolé Conan, salarié agricole, qui souhaite reprendre la ferme laitière et boulangère de ses parents dans le Finistère. Avec ses camarades de la Confédération paysanne, il n’entend pas en rester là. Le syndicat prévoit de mener de nouvelles actions dès la semaine prochaine.


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