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Brève — Grands Projets inutiles

Blocage du chantier de la ligne 17 contre la bétonisation du Triangle de Gonesse

-  Bonneuil-en-France (Val d’Oise), reportage

« Bonjour ! Désolée mais le chantier est bloqué, on défend nos terres. » Il est huit heures du matin, le soleil vient à peine de se lever, et les premiers employés du chantier de la ligne 17 du métro, à Bonneuil-en-France, commencent à arriver sur leur lieu de travail. Frédéric* et Camille*, deux militants du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), tiennent la garde. Le blocage du site, organisé dans le cadre de la journée de mobilisation nationale contre la « ré-intoxication du monde », a commencé vers 6h30 du matin. Des plots et des banderoles empêchent les employés d’accéder au site. Certains parviennent à entrer au compte-goutte à force de négociations. D’autres abandonnent et repartent chez eux, l’air dépité.

L’ambiance est pacifique. Les activistes s’échangent dans la bonne humeur gobelets de cafés et boîtes de biscuits, mais restent déterminés. « On n’a plus d’autre solution pour faire en sorte qu’on arrête de bétoniser nos terres », explique Camille. Le projet Europacity, contre lequel s’était constitué le collectif, a été annulé en novembre dernier. Les militants craignent cependant que le gouvernement et les élus locaux n’aient pas abandonné l’idée d’urbaniser le triangle de Gonesse. Le projet de création d’une gare de métro en plein cœur de ces 600 hectares de terres agricoles a en effet été maintenu. « Les premières habitations sont situées à 1,7 kilomètres de la future gare, s’agace Bernard Loup, président du CPTG. Si ce projet est maintenu, nous sommes sûrs qu’il mènera à la bétonisation des champs situés tout autour. » Le collectif a proposé un trajet de métro alternatif à la société du Grand Paris. Il permettrait de maintenir la ligne 17 tout en préservant les terres agricoles de Gonesse. Ce projet est resté lettre morte. « Les élus veulent à tout prix la gare », regrette Bernard Loup.

Environ quatre-vingt militants se sont mobilisés pour ce blocage. « Cette lutte est emblématique des combats pour l’autonomie alimentaire », estime Lyriane, trente-six ans. « Ça me fend le cœur d’imaginer qu’on puisse tuer ces terres agricoles en les bétonnant, s’émeut Rabha, adhérente du CPTG depuis trois ans. Je préfèrerais que l’on investisse le milliard prévu pour ce projet dans les hôpitaux, les écoles, ou l’agriculture locale. » Habitants de la région depuis leur enfance, Jacques et Christine, respectivement âgés de cinquante-sept et soixante-quatre ans, se sont quant à eux déplacés pour « défendre le peu de terres agricoles qui restent ». « Quand j’étais petit, il y avait à l’endroit où nous sommes des hectares de champs de tulipes. On pouvait cueillir des fleurs, voir des musaraignes, aller glaner des pommes de terre. Petit à petit, la région s’est urbanisée, il n’y a plus un espace vert », raconte Jacques en montrant du doigt les entrepôts qui s’étendent à perte de vue. « Ça me fait mal au cœur de voir ces terres disparaître », ajoute Christine. Le collectif souhaite poursuivre la lutte au-delà du 17 juin afin que son projet alternatif d’agriculture locale, le projet Carma (Coopération pour une ambition agricole, rurale et métropolitaine d’avenir), puisse voir le jour. « On bataillera jusqu’à ce que le gouvernement abandonne les projets d’urbanisation du triangle de Gonesse », assure Bernard Loup.

*Le prénom a été modifié

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