« Shein ne rendra pas les villes plus vivantes » : en région, l’arrivée du géant chinois ne convainc pas
À la boutique Shein d'Angers, en février 2026. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
À la boutique Shein d'Angers, en février 2026. - © Mathilde Doiezie / Reporterre
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La marque d’e-commerce et d’ultra fast-fashion Shein vient d’inaugurer de nouveaux magasins physiques en France. Sa volonté affichée de « revitaliser les centres-villes » ne convainc guère face aux critiques sociales de la marque.
Angers (Maine-et-Loire), reportage
Sur les portants, seule la couleur pourpre détonne parmi un camaïeu grisé. La veste en jean s’affiche à 29,90 euros, le pull à 20,49 euros. Et si vous prenez les deux, vous avez droit à une réduction de 40 %. Un cadeau de bienvenue. Mercredi 25 février, Shein a enfin ouvert sa boutique à Angers, au sein du BHV (ex-Galeries Lafayette) de la place du Ralliement. Une ouverture conjointe avec quatre autres villes : Dijon, Grenoble, Limoges et Reims.
La plateforme de vente de vêtements en ligne avait déjà investi le monde physique en ouvrant début novembre son « corner » au BHV à Paris, exploité par la Société des grands magasins (SGM). Shein, de son côté, justifie ces installations par sa volonté de « revitaliser les centres-villes partout en France ».
À Angers, dès l’entrée du bâtiment haussmanien, le chemin vers la boutique de Shein est indiqué par des affiches pour atteindre la nouveauté perchée au troisième étage. Pourtant, sur place, cette arrivée est loin d’avoir été perçue comme une aubaine.
Les arguments de la marque et de SGM font grincer les dents de salariés, d’élus et de personnes très critiques de la marque, pour ses pratiques sociales et son empreinte environnementale. Ou en raison des poupées à caractère pédopornographique récemment retrouvées en vente sur la plateforme. Des déboires qui ont conduit au report de l’ouverture des boutiques Shein en région, alors qu’elles étaient également prévues à l’automne.
« Là, au moins, on peut voir »
Morgane, 30 ans, est venue avec sa mère, Patricia, 64 ans. Les deux achètent déjà beaucoup sur le site et avaient envie de voir ce qui était proposé dans la boutique. « J’ai déjà été un peu déçue par des habits, notamment par la taille ou la qualité du tissu. D’habitude, je me fie aux commentaires. Là, au moins, on peut voir », explique Morgane.
Personne n’est complètement sourd aux reproches adressés à la marque, mais ils sont balayés par d’autres contraintes ou faits. « Il y a du pour et du contre. Chacun fait avec son budget et beaucoup d’autres marques produisent aussi à l’étranger », estime Estelle [*], 50 ans, venue à Angers pour une journée shopping avec sa fille de 16 ans. Chacune d’elles essaye un gilet ou un pull.
Le maire (Horizons) d’Angers, Christophe Béchu, a lui une opinion bien tranchée vis-à-vis de l’installation de Shein. Tout en soulignant que la municipalité n’est pas en mesure de valider l’installation d’enseignes, il déclarait en octobre : « Nous ne voulons pas à Angers d’un modèle qui épuise les ressources naturelles. […] Angers fait le choix de défendre le commerce de proximité et la qualité des produits vendus. » Balayant d’un revers de la main l’argument de la revitalisation des centres-villes porté par Shein.
Une justification qui apparaît également creuse aux yeux d’Olivier Razemon, auteur de Comment la France a tué ses villes (ed. Rue de l’échiquier) : « Ce n’est pas avec des coups comme ça qu’on rend les villes plus vivantes, mais avec des événements culturels, des terrasses, des endroits où les gens se croisent, pas seulement via le commerce. »
« C’est typique de reprendre des éléments de langage des sujets de société du moment, poursuit-il, comme le verdissement du discours des entreprises pétrolières, ou le lobby de la grande distribution qui a changé son nom [Conseil national des centres commerciaux] pour devenir la Fédération des acteurs du commerce dans les territoires. »
Entre les portants, les salariés — ou le « Shein squad » comme l’évoque un logo apposé sur leurs vêtements — sont en tout cas à cran. Dans le grand magasin, plusieurs marques, comme Dior, Chanel et Longchamp, sont parties ces derniers mois. L’arrivée de Shein a été la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein, en raison d’arriérés de paiement de la part de SGM.
Aussi, « les conditions salariales n’ont cessé de se dégrader depuis la gestion par SGM. Le nombre de salariés est passé de 80 à 50 en deux ans », détaille Sébastien Hervé, secrétaire général du syndicat CFDT dans le Maine-et-Loire, seul syndicat présent au grand magasin d’Angers. Qui affirme que cette situation se retrouve « dans tous les autres BHV de région ». « Le personnel est attaché à son métier de conseil, là ce n’est plus que de la mise en rayon », regrette-t-il. Plus que les habits, ce sont désormais les ennuis qui s’accumulent.