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ReportageLuttes

« C’est une purge » : à Greenpeace, les locaux pris d’assaut pour sauver les emplois

Blocage des locaux parisiens de Greenpeace, le 5 mai 2026.

Alors que la direction de Greenpeace prévoit de licencier un quart de ses effectifs d’ici cet été, une quarantaine de salariés et bénévoles occupe depuis le 5 mai les locaux parisiens de l’ONG afin de demander le retrait de ce plan social.

Paris, reportage

Sur la devanture du bâtiment tout en moulures accueillant les bureaux de Greenpeace, dans le 10e arrondissement de Paris, une immense banderole créée à l’occasion de la mobilisation de 2023 contre la réforme des retraites a été réinstallée en ce mardi 5 mai. « Jusqu’au retrait », peut-on lire dessus. La porte d’entrée, elle, a été bloquée par des cadenas pour vélo surmontés d’une affiche indiquant : « Travaux de construction en cours — Stop PSE. » Le but de cette action ? Que la direction de l’ONG écologiste renonce au plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) qu’elle a annoncé le 26 mars et qui prévoit le licenciement de 33 personnes — un quart des effectifs de la structure — d’ici à l’été.

Une décision justifiée par les difficultés économiques de l’association, touchée notamment par un ralentissement des dons privés (soit sa seule source de financement). Une décision, aussi, guère appréciée par de nombreux salariés et militants. Après plusieurs mouvements de grève, une pétition ou encore une lettre ouverte signée par 103 employés (Greenpeace compte actuellement 138 temps plein), les personnes mobilisées ont décidé de passer à l’étape supérieure : une occupation des locaux, censée durer a minima vingt-quatre heures nuit incluse, a débuté le 5 mai à 14 heures par une vingtaine de salariés en grève et autant de militants de l’organisation venus en soutien.

« Ce plan est une purge »

« L’idée est la suivante : soit la direction décide de retirer ce plan de sauvegarde de l’emploi, et elle peut entrer [dans les locaux] pour participer à cet espace de coconstruction entre salariés et bénévoles afin de réfléchir à des alternatives, soit on lui bloque l’accès », explique une salariée ayant requis l’anonymat. Aucune des deux options n’a finalement eu lieu, la direction n’étant pas revenue sur place après la pause déjeuner. Reste que, à l’intérieur de l’édifice désormais uniquement accessible via une baie vitrée, la colère ne faiblit pas.

12 des 35 groupes locaux de Greenpeace sont actuellement en grève. Ici devant les bureaux à Paris, le 5 mai 2026. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« Greenpeace se revendique anticapitaliste et, dans le même temps, la direction annonce ces licenciements du jour au lendemain sans qu’il n’y ait eu de concertation préalable, déplore un salarié. Par ailleurs, ce sont majoritairement les petits salaires qui sont visés, et potentiellement 75 % des postes occupés par les élus et personnes actives des sections syndicales. Cela s’inscrit dans une logique néolibérale que l’on dénonce depuis longtemps au sein de la structure. »

Quitterie Czupryna, déléguée syndicale Asso-Solidaires, confirme : « On voit clairement que ce PSE est une purge, et que la direction utilise l’excuse des difficultés financières pour se débarrasser de postes et a fortiori de gens qui dérangent en interne. Il s’agit d’un choix politique, et d’une vision de Greenpeace qui n’est pas la nôtre. »

Les locaux parisiens de l’ONG ont été bloqués afin de demander le retrait de ce plan social. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Noyer le poisson

Contactée par Reporterre, Laurence Veyne, codirectrice adjointe de l’association, assure que le plan « ne vise pas des personnes mais des postes ». Rejoints par des militants de l’ONG, les salariés ont pu le matin même présenter des alternatives à la direction. Laurence Veyne assure que « celle-ci s’est engagée à les étudier, à les chiffrer et à voir leurs conséquences éventuelles. Nous allons revenir vers les salariés d’ici une semaine ou deux ». Et d’ajouter : « Nous comprenons bien que ce projet suscite beaucoup d’inquiétude et de colère, et nous sommes ouverts à la discussion pour toute proposition solide qui permettrait de répondre aux enjeux actuels. »

Une tentative de « noyer le poisson », selon un membre de la section syndicale, qui liste quelques propositions déjà évoquées par les salariés : la réduction des écarts de salaire ou encore celle du temps de travail à trente-deux heures. Le comité social et économique (CSE) a par ailleurs commandé une contre-expertise sur les difficultés financières de Greenpeace, les résultats étant attendus pour fin mai-début juin. Alors même que, selon Quitterie Czupryna, la fin des négociations avec les syndicats est prévue le 22 mai.

D’après des documents révélés par Mediapart également consultés par Reporterre, les réserves de trésorerie actuelles de Greenpeace s’élèvent à près de 11 millions d’euros. Mais, selon la direction, au regard du déficit de 4 millions d’euros attendu pour 2027 et des difficultés déjà citées, l’ONG « ne sera plus en capacité de couvrir [ses] charges à partir du deuxième trimestre 2029 ».

Des salariés et militants dénoncent la «  logique néolibérale  » de la direction de l’ONG. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Conflits internes

« Évidemment, tout le monde espère sauver quelques postes, mais ce plan est nécessaire si on veut que Greenpeace survive. Il y a eu beaucoup trop d’embauches ces dernières années », argue une salariée dont l’emploi serait pourtant, selon ses dires, supprimé à l’issue de l’adoption d’une telle décision.

Visiblement remontée contre la mobilisation en cours, elle pointe un « groupe de personnes, qui, depuis plusieurs années, critique systématiquement tout ce que propose la direction alors que nous sommes pourris gâtés » — des paroles représentatives de conflits internes ayant cours depuis longtemps au sein de l’association. Tout en ne niant pas qu’il existe « des visions différentes au sein de Greenpeace », un membre de la section syndicale affirme que « le mouvement social et de contestation est clairement majoritaire au sein des salariés, des groupes locaux et des communautés globales ».

Les personnes mobilisées ont lancé un «  appel à la grève des communautés  » de Greenpeace. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Christiane, militante bénévole du groupe local de Poitiers venue spécialement à Paris en soutien, abonde : « Nous avons d’abord ressenti de la sidération et de la tristesse, puis de la colère : ce qui tombe sur la tête des salariés va aussi tomber par répercussion sur les groupes locaux, qui font partie de l’ADN de l’ONG. »

12 des 35 groupes locaux de la structure sont actuellement en grève. Sur un site lancé le 5 mai, les personnes mobilisées ont lancé un « appel à la grève des communautés » de Greenpeace : les adhérents sont enjoints à suspendre leur soutien financier à l’association ; les bénévoles à cesser leurs activités et les sympathisants à faire une « grève des likes et partages » des posts de l’ONG sur les réseaux sociaux.

Dans la nuit du 5 au 6 mai, après de nouvelles discussions sur les alternatives possibles au plan de sauvegarde de l’emploi et une assemblée générale, une trentaine de salariés et de militants sont restés dormir sur place dans une ambiance « déterminée » pour tenir jusqu’à 14 heures au moins.

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