Cadmium : les données clés d’une contamination
Le blé, que l'on retrouve dans la farine, le pain et les pâtes, est l'un des vecteurs les plus communs de contamination au cadmium. - © Jean-François FORT / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Le blé, que l'on retrouve dans la farine, le pain et les pâtes, est l'un des vecteurs les plus communs de contamination au cadmium. - © Jean-François FORT / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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Toxique et très présent dans les organismes des Français, le cadmium mobilise de plus en plus. Dangers, publics touchés, aliments concernés : notre tour d’horizon en infographies.
Il s’accumule dans les sols, dans nos assiettes et nos organismes : le cadmium est un enjeu majeur de santé publique. Les dernières données de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) confirment une exposition diffuse, particulièrement marquée chez les enfants, et à un niveau jugé préoccupant chez près d’un adulte sur deux. Décryptage en graphiques pour comprendre pourquoi ce polluant inquiète autant.
Le cadmium, un cas français ?
Depuis maintenant près d’un an, le cadmium est sorti des rapports d’experts pour s’imposer dans le débat public. Naturellement présent dans les sols, l’air et l’eau, ce métal lourd se trouve aussi dans les engrais phosphatés, utilisés depuis des décennies sur les terres agricoles françaises. Résultat : le cadmium s’accumule dans les sols, peut être absorbé par les plantes… et finit par arriver dans nos assiettes.
Le problème est qu’une fois dans l’organisme, le cadmium s’élimine très lentement, et peut y rester de 10 à 30 ans. Le risque ne vient donc pas seulement d’une exposition ponctuelle, mais aussi d’une absorption répétée pendant des années.
Classé cancérogène par le Centre international de recherche sur le cancer, le cadmium peut aussi affecter les reins, fragiliser les os et perturber la reproduction, le tout à long terme, selon l’Anses.
La France apparaît particulièrement concernée, avec des niveaux mesurés chez les adultes jusqu’à quatre fois supérieurs à ceux observés dans certains pays européens, d’après une étude de Santé publique France.
Pain, pommes de terre, céréales… le cadmium détecté dans 89 % des aliments
Dans son dernier tome de l’Étude de l’alimentation totale française (EAT3), l’Anses analyse les aliments tels qu’ils sont réellement consommés, afin de mesurer les contaminants auxquels la population est exposée.
Résultats : le cadmium a été détecté dans 89 % des aliments étudiés. Les crustacés et mollusques, les abats, les confiseries et le chocolat figurent parmi les groupes les plus concentrés en cadmium. À l’inverse, les produits laitiers comme le lait, les yaourts et les fromages en contiennent très peu.
Mais les aliments les plus concentrés ne sont pas forcément ceux qui nous exposent le plus : tout dépend aussi de ce que l’on mange souvent. En croisant les niveaux de cadmium avec les habitudes alimentaires des Français, l’Anses montre que les principaux contributeurs sont souvent des aliments du quotidien : pain, pommes de terre, légumes, biscuits, pâtes, riz et blé.
Enfants, femmes, fumeurs : les expositions les plus préoccupantes
Chez les enfants, l’exposition alimentaire est plus préoccupante, car elle est plus élevée rapportée à leur poids. L’Anses estime par exemple que 100 % des enfants de 25 à 36 mois dépassent les valeurs sanitaires de référence, contre près d’un adulte sur deux. L’alimentation chez les moins de 3 ans déjà diversifiés, joue un rôle majeur, notamment via les pommes de terre et les légumes.
Les femmes enceintes doivent aussi être particulièrement vigilantes, car l’exposition chronique à des substances toxiques pose un enjeu pour la santé de la mère et de l’enfant. Une carence en fer, plus fréquente chez les femmes, peut par ailleurs favoriser l’absorption du cadmium par l’organisme.
Les fumeurs présentent quant à eux des niveaux d’imprégnation plus élevés, car le cadmium présent dans le tabac est inhalé avec la fumée. Chez les 45-64 ans, ils ont en moyenne plus de deux fois plus de cadmium dans l’organisme que les non-fumeurs.
Quelles solutions ?
C’est là que ça devient compliqué. Le cadmium est présent dans de nombreux aliments du quotidien, y compris des aliments recommandés dans le cadre d’une alimentation saine, comme les légumes et les céréales.
À l’échelle individuelle, l’Anses recommande surtout de varier son alimentation, en alternant les marques et les provenances, notamment pour les enfants. Elle invite aussi à remplacer plus souvent les produits à base de blé (comme les pâtes) par des légumineuses (lentilles, haricots secs, etc.).
Consommer bio pourrait aussi réduire l’exposition, mais sans être une garantie. Une méta-analyse internationale indique près de 48 % de cadmium en moins dans les cultures biologiques, bien que l’EAT3 ne permette pas de conclure clairement à une différence entre aliments bio et conventionnels.
Pour l’Anses, la vraie réponse suppose surtout un effort collectif : réduire le cadmium dans les matières fertilisantes et faire évoluer les pratiques agricoles. Des mesures qui relèvent avant tout de l’action publique.
Cadmium : ce qui pourrait changer
C’est précisément sur ce terrain que le dossier commence à bouger. Plusieurs pétitions citoyennes demandent de limiter l’exposition au cadmium.
À l’Assemblée, une proposition de loi vise à réduire progressivement la teneur en cadmium des engrais phosphatés, avec un objectif de 20 mg/kg de P₂O₅ à partir de 2030, contre jusqu’à 90 mg/kg aujourd’hui pour certains engrais.
Autre évolution possible : le dépistage du cadmium pourrait être remboursé à partir de cet été, mais seulement pour les personnes jugées potentiellement surexposées.