Cadmium : manger bio limite l’exposition, sans être une solution miracle
Magasin biologique à Angers (Maine-et-Loire), en 2022. - © Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Magasin biologique à Angers (Maine-et-Loire), en 2022. - © Jean-Michel Delage / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
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L’Anses estime que l’agriculture bio n’est pas à l’abri de ce métal toxique. Pourtant certaines données, encore fragiles, suggèrent un avantage en faveur du bio.
L’affaire tourne à la polémique : face à l’omniprésence du cadmium dans notre alimentation, manger bio peut-il, oui ou non, nous protéger ? Le 25 mars, en sonnant l’alerte sur ce métal toxique, l’Agence de sécurité sanitaire (Anses) refuse d’absoudre l’agriculture biologique. Pour l’agence, elle est « potentiellement concernée » également, car elle n’interdit pas les fertilisants contenant du cadmium.
La position provoque la colère des cultivateurs bio : la Fédération nationale d’agriculture biologique (Fnab) dénonce « une comparaison factuellement erronée mettant bio et conventionnel sur un pied d’égalité » et réclame « un correctif » à l’Anses. Tentons de démêler la controverse pour mieux choisir nos aliments.
La bio pas exempte
Pour rappel, l’Anses l’a confirmé fin mars, notre principale voie d’exposition au cadmium se fait via l’alimentation. Le métal — classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction — est présent dans les fertilisants phosphatés, absorbé par la terre puis capté par les plantes, et finit dans nos assiettes.
Autorisées comme engrais en agriculture biologique, les roches phosphatées broyées peuvent effectivement contenir du cadmium. « Elles vont apporter ce métal au sol comme les engrais conventionnels de synthèse », explique Christophe Nguyen, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae). Mais dans les faits, leur usage est marginal, précise le chercheur — c’est aussi la raison du courroux de la Fnab. Les agriculteurs bio leur préfèrent des engrais organiques.
Reste que les cultures bio subissent aussi la présence préexistante du cadmium dans les sols, qu’il soit d’origine naturelle ou issu d’une pollution plus ancienne : le composé peut y persister pendant des décennies, soulignait Thibault Sterckeman, autre chercheur de l’Inrae, auprès de Reporterre l’année dernière.
Pas une « solution miracle »
Que reste-t-il de tout cela dans nos assiettes ? Une méta-analyse publiée en 2014 dans le British Journal of Nutrition donne des arguments en faveur du bio. Elle synthétise les résultats de 343 études (mais très peu concernant la France) et conclut à une teneur en cadmium des aliments inférieure de 48 %, en moyenne, à celle des aliments conventionnels. Cette étude « n’est même pas évoquée dans les travaux de l’agence », s’étonne la Fnab.
« En moyenne, le bio est moins contaminé. Mais il y a des exceptions »
Avantage décisif pour le bio ? Pas si vite ! Christophe Nguyen se montre prudent. Les détails de cette méta-analyse montrent un effet « assez clair pour les céréales », moins pour les légumes : « Dans la littérature scientifique, on observe effectivement qu’en moyenne, le bio est moins contaminé. Mais il y a des exceptions, parmi les légumes, qui mettent en lumière le besoin de mieux comprendre les mécanismes », résume-t-il. Et il souligne le manque de données spécifiques à la France. Conclusion : manger bio peut aider à limiter son exposition au cadmium, mais n’a rien d’une solution miracle.
Preuve de la difficulté à généraliser un avantage pour le bio : l’exemple du chocolat. Des analyses publiées par Que choisir en août 2025 révélaient une teneur en cadmium quatre fois plus élevée dans les tablettes bio que dans les conventionnelles. En cause, non pas les pratiques des producteurs de cacao bio, mais l’origine privilégiée par les marques bio, l’Amérique latine, où les sols peuvent être naturellement riches en cadmium.
Pour autant, bio ou pas, le chocolat n’inquiète guère l’Anses, les quantités consommées étant faibles. Ce sont les produits à base de céréales (pain, pâtes, biscuits…) qui sont les premiers responsables de notre exposition au cadmium.