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ReportagePédagogie Éducation

Mur végétal, microforêt... Quand un collège devient une oasis urbaine

Grâce au chantier de rénovation de la cour, des arbres ont été plantés et le bitume remplacé par un revêtement clair drainant.

Microforêt, sol désimperméabilisé... La cour du collège Charles-Péguy, dans l’Allier, a été renaturée. Un projet écologique né de la concertation entre élèves et architectes.

Moulins (Allier), reportage

Sous le soleil d’automne, des collégiens se pressent sur les nouvelles assises colorées disposées au cœur de la cour. Finies les bancs moches, les flaques, la poussière et la chaleur étouffante du goudron noir. « Avant, entre midi et deux, on restait debout, fatigués, et c’était la guerre des bancs », se souvient Célia, élève de 3ᵉ et écodéléguée depuis la 6ᵉ. « Maintenant, on trouve facilement un endroit pour s’asseoir, on parle plus, même avec des gens qu’on ne connaissait pas. » Sa camarade Maëva, 13 ans, reste fidèle à « son » muret, un vestige de l’ancienne cour : « C’est notre point de repère, on sait qu’on se retrouvera là. »

Les deux adolescentes font partie des quarante écodélégués du collège, moteurs d’un chantier de transformation sans précédent. Pendant plusieurs mois, elles et leurs camarades ont réfléchi avec les architectes et les adultes du collège Charles-Péguy à la nouvelle cour de leur établissement, situé en plein centre de Moulins (Allier). La renaturation du collège s’inscrit dans un mouvement national visant à transformer les cours d’école, trop goudronnées, en îlots de fraîcheur.

« Avant, c’était la guerre des bancs »

Choisi comme site pilote par le Conseil départemental de l’Allier, le collège expérimente une renaturation complète de ses espaces extérieurs : désimperméabilisation des sols, création d’espaces verts, mobilier adapté, zones de repos...

Le bitume a disparu : le nouveau revêtement clair et perméable laisse respirer la cour, absorbe l’eau de pluie et atténue la chaleur en été. © Sonia Reyne / Reporterre

Le bureau d’études Réalités Urbanisme et Aménagement a accompagné les ateliers participatifs. « Les architectes se sont mis à hauteur d’enfant, souligne Véronique Lanceau, la principale du collège. Ils ont considéré les élèves comme de véritables donneurs d’ordre. » Les propositions des écodélégués ont toutes été retenues. Mur végétal de 62 m2, pergola ombragée qui deviendra un foyer à ciel ouvert, sol revégétalisé, microforêt, 520 m2 de massifs et 27 arbres plantés, sélectionnés pour leur adaptation au climat local et à un milieu urbain. Résultat : un aménagement pensé à la fois pour le bien-être des élèves, pour la biodiversité et comme une adaptation au changement climatique.

Presque centenaires, les rosiers veillent sur la cour tandis qu’un jeune figuier, planté en hommage à Samuel Paty, symbolise l’avenir. © Sonia Reyne / Reporterre

L’eau au cœur du projet

Sous le revêtement clair et drainant qui a remplacé l’antique goudron noir, un autre chantier invisible a été mené : la séparation complète des réseaux fluviaux et d’eaux usées, afin de permettre la récupération et l’infiltration naturelle des eaux pluviales.

« C’est ce qui est le plus important, et ça ne se voit pas, glisse la principale. Tout a été conçu pour que l’eau retourne directement dans la nappe phréatique. » Les enseignants de sciences comptent d’ailleurs s’appuyer sur ces installations pour leurs cours : un outil pédagogique vivant, à ciel ouvert. À l’angle des bâtiments, une cuve de 5 000 litres collecte l’eau de pluie pour arroser les plantations et peut même servir en cas d’incendie.

Depuis plusieurs années, les élèves de la classe Ulis entretiennent avec soin le jardin médiéval. © Sonia Reyne / Reporterre

À l’entrée du collège se niche un jardin médiéval créé voilà une dizaine d’années par les élèves de la classe Ulis (Unité localisée pour l’inclusion scolaire). Il a été sauvé in extremis au début de travaux de modernisation des bâtiments. Il a été déplacé de son lieu d’origine. « C’était la première chose à préserver, dit Virginie Bonnet, la CPE. Il y a une serre, un hôtel à insectes… Les élèves adorent y venir. » Le lieu est connecté au reste du projet de végétalisation, en harmonie avec la microforêt, le foyer à ciel ouvert végétalisée et les massifs plantés tout autour des bâtiments.

Grâce à l’aménagement repensé, les collégiens trouvent désormais des espaces pour s’asseoir, discuter ou se reposer, sans disputes ni bousculades. © Sonia Reyne / Reporterre

 
En entrant dans la cour, le regard se pose naturellement sur un magnifique figuier. « Il a été planté en hommage à Samuel Paty », précise la principale. Le père du professeur assassiné en 2020 est venu lui-même planter l’arbre, un geste fort de mémoire et de transmission : Samuel Paty fut collégien ici, et son père avait étudié dans ces bâtiments lorsqu’ils abritaient encore l’École normale d’instituteurs.

Des roses centenaires et des enfants pragmatiques

Sous les coursives, des rosiers grimpants veillent sur la renaissance de la cour du collège. Certains ont 80 ans, peut-être plus. Le paysagiste chargé du chantier a pris soin de les protéger. « On a même creusé pour ajouter de la terre à leurs pieds », raconte la principale. Les élèves, eux, ont découvert la complexité d’un tel projet. « Ils ont compris qu’on ne pouvait pas planter n’importe quoi, qu’il fallait penser aux canicules, à l’entretien, à la durée de vie des arbres, explique la CPE. Ils se sont montrés très pragmatiques. »

Le Conseil départemental investit 900 000 euros dans cette transformation, financée par l’Agence de l’eau Loire-Bretagne et le Fonds vert de l’État. Un montant conséquent, mais jugé nécessaire pour une opération qui combine adaptation climatique, pédagogie et égalité filles-garçons. Prochaine étape ? L’installation de ruches est envisagée lorsque les végétaux seront bien implantés.

Les architectes ont pris au sérieux les souhaits des élèves : bancs, zones d’ombre, verdure et circulation plus fluide sont au rendez-vous. © Sonia Reyne / Reporterre

« Un lieu de vie, pas seulement de savoir »

Avec 480 demi-pensionnaires sur 500 élèves, le collège est ouvert du matin au soir. « Ce n’est pas qu’un lieu d’apprentissage, c’est un lieu de vie, insiste la principale. Les enfants avaient besoin de confort, d’ombre, d’endroits pour discuter et se poser. » L’ancienne cour avec des airs de cour de prison, assuraient-ils. Et désormais, le foot ne monopolise plus la zone, ce qui permet plus de mixité [1]. Les filles et les garçons jouent ou bavardent dans des coins ombragés. « La circulation est différente, constate la CPE. On voit plus de petits groupes, plus de palabres, et moins de tensions. »

Nichoirs, arbustes et fleurs locales attirent une faune variée : moineaux, mésanges et insectes ont reconquis la cour. © Sonia Reyne / Reporterre

Même avant que les plantations ne poussent, tout le monde a ressenti le changement : « L’harmonie, la clarté, le calme… On n’imaginait pas à quel point la couleur du sol pouvait tout transformer. » La veille des vacances de la Toussaint, un groupe de filles et de garçons de tous niveaux du collège s’est retrouvé dans la cour, sur la pause de midi, « pour interpréter la danse d’Halloween, inspirée de la série “Mercredi” sur Netflix » s’enthousiasment Célia et Maéva.

La cour est devenue un terrain d’exploration pour les cours de sciences et d’observation du vivant. © Sonia Reyne / Reporterre

Une pédagogie du vivant

L’opération cour « Oasis » du collège Charles-Péguy s’achèvera au printemps 2026, avec la dernière phase de plantation. Les cours de SVT et de physique s’y déplaceront : les discussions sur la biodiversité ou le cycle de l’eau prennent un sens concret. Déjà, enseignants et élèves s’approprient l’espace. « Face à une génération souvent anxieuse pour l’avenir, ce genre de projet est précieux, résume la principale. Il leur montre qu’ils peuvent agir, transformer leur environnement, et que leurs idées comptent. » Dans cette cour apaisée, entre le figuier de la mémoire et la microforêt en devenir, les collégiens apprennent à habiter le monde.

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