Celle qui enseigne la permaculture aux enfants

Durée de lecture : 4 minutes

28 mai 2014 / Marie Monguillon et Anne de Boyer (Silence)

En Médoc, Saïda Slama-Duprat a lancé une association pour faire découvrir au plus grand nombre la permaculture. Permaculture Médoc, sous l’impulsion généreuse et enthousiaste de sa fondatrice, grandit sereinement tout en essaimant un peu partout les graines d’une autre agriculture.


Nourrie dès ses premiers jours au lait de chèvre, elle grandit dans une ferme, en pleine montagne, à Saint-Laurent-du-Var. Son père ouvrier produit ce dont sa famille a besoin (lait, viande, légumes), ce qui leur permet de vivre pratiquement en autonomie alimentaire et énergétique : récupération d’eau de pluie, éclairage à la bougie, chauffage au bois… C’est aussi dès son enfance que Saïda comprend ce qu’est la solidarité, qui « va de soi », par nécessité des conditions de vie.

Ensuite mariée à un éleveur, elle continue de côtoyer le monde agricole. Elle élève des chèvres, vit sous une yourte et produit presque l’intégralité de ses besoins alimentaires. Mais le mode de culture traditionnel lui parait éreintant et contre-nature. Se sentant esclave et prisonnière du monde agricole, elle change radicalement de voie pour devenir animatrice de l’éducation populaire.

Une nouvelle approche de l’agriculture, plus intelligente…

Il y a dix ans, le monde de la terre la rattrape, lorsqu’elle rencontre, en la personne de Denis Fayolle-Lussac, permaculteur en Médoc, une autre manière de regarder la terre. La permaculture est, selon elle, un bien grand mot qui recouvre pourtant des choses simples et pleines de bon sens : beaucoup d’observation, des gestes simples, du travail, de la récupération, de la patience, agir avec la nature, pas contre.

Après avoir passé cinq années avec Denis à découvrir les pratiques les plus simples, plus écologiques, plus raisonnées et moins épuisantes, elle se forme auprès de Steve Read, de l’Université populaire de permaculture, puis à la ferme du Bec Helloin.

Face à l’intérêt croissant de son entourage et de la Région Médoc pour son travail, elle crée l’association Permaculture Médoc, afin de diffuser ses savoirs et savoir-faire. Elle entretient deux terrains, expérimente, crée, reçoit du public tout en continuant à travailler avec les enfants des écoles. Ses économies et un apport financier privé, lui permettent dans un premier temps de se salarier, puis de monter des formations.

C’est ainsi qu’elle met en place des ateliers au sein des écoles et sur ses terrains, au cours desquels elle enseigne aux enfants à devenir autonome dans leur pratique du jardin et à aiguiser leur sens de l’observation. Les enfants sont en effet incités à utiliser leur bon sens pour chercher des matériaux de récupération, par exemple. Ils sont ainsi valorisés dans un contexte qui sort des exigences scolaires.

La permaculture est, et doit être accessible à tous, dans les pratiques, l’éthique et le coût. Les outils pédagogiques fournis par Saïda sont d’ailleurs aussi très précieux pour les enseignants, qui, à leur tour, seront en mesure d’adapter les cours de sciences ou de géographie, en fonction des observations faites lors des ateliers. C’est cette transversalité et cette quête de l’autonomie qui tiennent particulièrement à cœur à la fondatrice de l’association.

Un partenariat avec la Région : le service civique

Depuis 2012, elle accueille des groupes de jeunes du service civique, qu’elle considère comme les agriculteurs et formateurs de demain.

Ainsi, deux fois par semaine Mégane, Jordan, Raphael, Oussama, viennent travailler sur les terrains de l’association et échanger avec Saïda et les bénévoles qui les encadrent. L’occasion pour eux d’approfondir leur relation avec la nature, d’aller vers une plus grande autonomie en apprenant à prendre soin de la terre, à être capable de s’en nourrir, à réfléchir au sein d’un groupe et à construire un projet en synergie avec une équipe.

L’objectif du service civique est aussi pour ces jeunes de vivre une expérience professionnelle leur permettant de construire un projet d’avenir adapté à leurs propres personnalités, aspirations et compétences. Accompagnés et soutenus par Uni Cité, cette expérience leur offre des points de repère pour oser aller de l’avant. Ce partenariat repose sur la base d’un volontariat de la part de Saïda qui accueille et forme ces jeunes gratuitement.

Une association autofinancée, peu de moyens, des réticences...

Les difficultés rencontrées lorsqu’on choisit de pratiquer une agriculture saine sont nombreuses. Ces pratiques encore peu reconnues et peu répandues ne font pas l’unanimité et parfois même dérangent. Saïda se fait ainsi régulièrement voler des plantes ou des outils.

Elle s’autofinance entièrement, vit des produits qu’elle cultive et des ateliers qu’elle anime. Les financements sont infimes par rapport aux sommes investies dans le secteur de l’agroalimentaire. Les réglementations de tous ordres ne permettent pas toujours de développer tous les projets.

Mais l’association recherche et crée en permanences des partenariats. Elle a pour projet dès la rentrée 2014, d’enseigner la permaculture aux élèves d’écoles agricoles. Elle voudrait aussi promouvoir les outils permaculturels auprès du cercle viticole du Médoc (agronomes, chefs de cultures…). Il reste en effet beaucoup à faire en matière de formation et d’information. C’est dans cette optique que Saïda continue perpétuellement à se former à l’étude du sol, à l’agronomie et à expérimenter de nouvelles techniques.


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Source et photos : Article transmis amicalement par la revue Silence

Lire aussi : En Provence, un coin de paradis soigné en permaculture

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