Cette algue qui rend malade et se répand sur les plages
La microalgue est sous haute surveillance de Hendaye à Biarritz (photo). - Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0 Deed/Pinpin
La microalgue est sous haute surveillance de Hendaye à Biarritz (photo). - Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0 Deed/Pinpin
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Une microalgue toxique pour les humains s’est installée sur la côte basque et se répand avec le réchauffement des eaux. Elle pourrait pousser certaines villes à fermer des plages.
Bayonne (Pyrénées-Atlantiques), correspondance
Elle est invisible à l’œil nu et occupe pourtant de l’espace dans les conversations au Pays basque. Elle, c’est une microalgue d’origine tropicale qui répond au nom d’Ostreopsis. Si elle attire autant l’attention à quelques semaines de l’été, c’est que cette microalgue produit des toxines qui se dispersent via les embruns. Ces toxines peuvent ainsi contaminer les usagers des plages par inhalation, entraînant des symptômes souvent similaires à un état grippal. La microalgue a déjà provoqué des fermetures de plages, notamment durant l’été 2021. Qu’en sera-t-il en 2024 ?
Une algue qui voyage avec le réchauffement
Ostreopsis n’est pas une espèce endémique du Pays basque. La microalgue se développe habituellement dans les eaux tropicales. En France, elle a fait une première apparition en Méditerranée dès 2005, puis est arrivée au Portugal en 2016 et a longé le littoral Atlantique. « Il est probable qu’elle monte plus au nord, dit Elvire Antajan, chercheuse au sein du laboratoire de l’Ifremer, l’institut français dédié à la connaissance des océans. On a retrouvé des traces d’ADN jusqu’en Bretagne et des cellules dans les Landes, au large de Capbreton et dans le lac marin d’Hossegor en 2023. »
Pour le moment, les taux de concentration mesurés dans les Landes sont très faibles et ne justifient pas de mesures sanitaires, contrairement aux côtes basques, où la microalgue a véritablement fait son nid. Sa première apparition date de l’été 2021 et, depuis, elle n’en est jamais repartie. « Il faut apprendre à vivre avec », dit Marc Valmassoni, chargé de mission environnement au sein de l’association Surfrider Foundation. Deux espèces sont présentes sur le littoral basque (Ostreopsis ovata et Ostreopsis siamensis). Des recherches en cours devront déterminer si elles sont toutes deux responsables, ou non, des contaminations observées. Le doute plane concernant la seconde, dont le fonctionnement reste mystérieux.
« La hausse des températures forme un cocktail favorable à son implantation »
Pour étudier le développement de cette algue, mais aussi ses conséquences sur la santé et sur la biodiversité marine, le programme Ostreobila a été lancé au printemps pour trois ans, avec des scientifiques des deux côtés du Pays basque.
« Le premier facteur d’expansion, c’est la hausse des températures dans le golfe de Gascogne, explique Elvire Antajan, membre du programme de recherche. À côté d’Ostreopsis, on constate l’apparition de plusieurs espèces comme des méduses auparavant observées en Méditerranée. Sur le littoral basque, Ostreopsis bénéficie de supports, des rochers, des macroalgues où se fixer et des zones abritées de la houle. Avec la hausse des températures, cela forme un cocktail favorable à son implantation. »
Toux, irritations…
La microalgue a fait une arrivée très remarquée sur la côte basque du fait des symptômes qu’elle peut provoquer : des maux de gorge, le nez et les yeux qui coulent, de la toux, voire de la fièvre, ainsi que des irritations cutanées… « Les symptômes sont assez semblables à ceux du covid, dit la chercheuse de l’Ifremer. Lors des premières alertes, on avait parfois du mal à différencier les cas de covid et les intoxications dues à Ostreopsis. » À la différence près « du goût métallique si particulier qu’elle laisse en bouche », précise Marc Valmassoni.
Une chose est sûre, au moins 900 personnes ont été intoxiquées par les toxines produites par cet organisme durant les trois saisons estivales concernées, soit par contact pour les baigneurs, surfeurs et tous ceux qui entrent dans l’eau, soit par aérosol, puisqu’elle voyage avec les embruns. Des maîtres-nageurs ou des salariés des restaurants des plages ont ainsi développé des symptômes sans être allés à l’eau. Les symptômes peuvent être plus graves pour les enfants en bas âge, pour des personnes souffrant de maladies connexes ou celles exposées par leur métier. « Certains cas ont des symptômes longs, ils vont ressentir de la fatigue pendant des semaines à plusieurs mois », précise Elvire Antajan.
Néanmoins, les cas graves sont rares et la plupart du temps, les symptômes passent en quelques jours. L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), Surfrider comme l’Ifremer encouragent à se signaler auprès d’un médecin, de l’Agence régionale de santé (ARS) ou directement auprès de l’ONG de défense de l’océan, et ce, dès l’apparition des symptômes, même si ceux-ci sont bénins. Objectif : décider de fermer ou non l’accès aux plages.
En l’absence de réglementation, les décisions ne sont pas prises par l’ARS, mais directement par les maires des communes « au cas par cas », en fonction du nombre de cellules de l’organisme mesuré lors des prélèvements croisés avec les remontées de terrain. Les signalements des usagers et des professionnels jouent donc un rôle d’alerte. « Pour le moment, Ostreopsis ne fait pas l’objet de normes, explique Emmanuel Alzuri, le maire de Bidart, villégiature de la côte basque où les locaux comme les touristes aiment à profiter des plages. On essaye de comprendre [son fonctionnement] avec le programme Ostreobila, en faisant des prélèvements et en les croisant avec la façon dont sont affectés les gens. »
Le premier édile de Bidart, également chargé de l’eau et du littoral à la communauté d’agglomération Pays basque (CAPB), se dit prêt à fermer les plages cet été si la situation l’oblige. Mais il se veut optimiste : « En 2023, il n’y en a pas eu, j’espère que ce n’est qu’un mauvais souvenir. » Les scientifiques, eux, sont plus prudents et attendent les résultats de leurs études.
Des effets sur la biodiversité
Les conséquences sur la santé humaine ne sont pas les seuls effets mesurés : la microalgue affecte aussi le milieu dans lequel elle s’installe. On la suspecte ainsi d’être « associée à des mortalités importantes d’organismes tels que les ormeaux, les patelles ou des macroalgues », dit Elvire Antajan. Sa prolifération lors des efflorescences « fait comme une toile d’araignée marron autour des algues », explique Marc Valmassoni, qui a suivi le phénomène pour l’ONG Surfrider et réalise tous les ans des prélèvements complémentaires sur les sites fréquentés par les surfeurs. « C’est ce biofilm qui vient tout étouffer », résume Elvire Antajan.
La microalgue ne pourrait être qu’un coup de semonce dans un océan en évolution. « Depuis seize mois, la température dans l’eau est au-dessus des normales tous les mois, constate la chercheuse. C’est du jamais vu. Des espèces qui restaient sous les radars en profitent pour coloniser les milieux et entraînent des disparitions d’autres espèces, notamment pour les macroalgues. »
Cette hausse inédite de la température associée à des pollutions d’origine anthropique dégrade rapidement la biodiversité, comme le souligne Marc Valmassoni : « Désormais, si on va dans les rochers à Biarritz, on ne trouve pas un crabe. Il n’y en a plus un seul. »