Cette semaine, les Etats peuvent faire un grand pas dans la lutte contre le changement climatique

Durée de lecture : 5 minutes

17 novembre 2014 / Maxime Beaugrand et Durwood Zaelke

Plus de cent Etats se réunissent cette semaine à Paris pour discuter de l’élimination des gaz HFC, agents de réchauffement extrêmement puissants. Atteindre un consensus sur cette question serait une grande avancée dans la lutte contre le réchauffement climatique.


Depuis un quart de siècle, la communauté internationale peine à mettre en place un traité climatique mondial efficace pour lutter contre le dérèglement climatique. C’est de cette situation dont hérite la France qui sera l’hôte de la prochaine négociation internationale onusienne en décembre 2015.

Devant l’urgence de la situation et la certitude du dérèglement climatique qui se dessine, la France doit dès maintenant participer à façonner l’élan politique qui devrait faciliter le succès des négociations.

C’est dans ce contexte qu’il est intéressant de se pencher sur l’élimination progressive des gaz hydroflurocarbures (HFC), élimination qui permettrait d’éviter jusqu’à 0,5°C de réchauffement.

Or, cette élimination progressive des HFC sera discutée cette semaine à Paris (à l’UNESCO du 17 au 21 novembre) par les parties membres du Protocole de Montréal.

Se décideront-elles à suivre la feuille de route du succès climatique ?

Les HFC, qu’est que c’est ?

Les HFC sont des gaz fabriqués par l’homme. Ils ont été développés en remplacement d’autre gaz : les CFC (chlorofluorocarbures) et HCFC (hydrochlorofluorocarbures) qui avaient été identifiés comme substances appauvrissant la couche d’ozone et éliminés en conséquence au sein du Protocole de Montréal, signé en 1987, et dont l’objectif est de restaurer la couche d’ozone.

Malheureusement, si les HFC ne détruisent pas la couche d’ozone, ils sont des agents de réchauffement extrêmement puissants, avec un potentiel de réchauffement global plus de mille fois plus fort que le dioxyde de carbone (CO2).

Comme pour les autres gaz industriels, la meilleure méthode pour les éliminer est de limiter à l’échelle mondiale les volumes produits et utilisés tout en les remplaçant par des alternatives moins dangereuses.

Les HFC sont les polluants climatiques qui augmentent le plus rapidement dans certains pays (de 10 à 15 % par an ) alors que certains sont de véritables “bombes climatiques” jusqu’à 23.000 fois plus réchauffants que le CO2.

On s’attend à ce que cette croissance se poursuive durant les trente ou quarante prochaines années pour plusieurs raisons : l’élimination des produits qu’ils ont remplacés s’est accélérée, la population mondiale augmente et s’enrichit, la planète se réchauffe et les populations cherchent à se maintenir au frais – les HFC sont en effet beaucoup utilisés dans les appareils de climatisation.

Or, les chercheurs ont calculé que l’élimination progressive de ces HFC permettrait d’éviter cent milliards de tonnes d’émission de dioxyde de carbone en 2050 et jusqu’à 0,5°C de réchauffement à la fin de ce siècle.

- Conférence des Nations-Unies sur le climat à Bali en 2007. -

Ces chiffres sont étourdissants et le sont encore plus si l’on intègre le fait qu’en remplaçant ces HFC par des gaz de substitution, présentant un faible pourcentage de réchauffement, on obtiendra une meilleure efficacité énergétique des équipements concernés.

Cette stratégie, en permettant d’éviter 0,5°C de réchauffement à la fin de ce siècle, faciliterait le maintien du réchauffement par rapport à l’ère pré-industrielle sous le seuil des 2°C.

Le Protocole de Montréal, un peu d’histoire

Le Protocole de Montréal - traité international universellement ratifié -, est l’instrument juridique le plus adéquat pour éliminer ces gaz industriels. Pourquoi ?

Parce que c’est un traité international qui a, depuis sa création en 1987 soit il y a 27 ans, éliminé plus d’une centaine de gaz de la même famille que les HFC et qui sont utilisés dans des secteurs similaires. Parce que c’est un traité organisé autour du principe des « responsabilités communes mais différenciées » (les pays développés agissent en premier et les pays en voie de développement bénéficient d’une période de grâce avant d’agir).

Le Protocole de Montréal a permis une réduction d’émission de CO2-équivalent jusqu’à vingt fois plus importante que la réduction atteinte par le Protocole de Kyoto (première période d’engagement 2008-2012) !

Les Etats-Unis, le Canada et le Mexique, parties au Protocole de Montréal, ont soumis une proposition d’amendement aux fins d’éliminer graduellement les HFC. À ce jour, plus de 130 pays signataires du Protocole (et le G20 lors du Sommet de St Pétersbourg en septembre dernier) ont exprimé leur soutien à cette proposition.

Les récents développements diplomatiques

L’accord audacieux et décisif des Présidents Barack Obama et Xi Jinping, annoncé il y a deux jours, comporte, en sus d’engagements historiques de réduction d’émissions de CO2 pour chaque pays, un volet sur les HFC que ces pays ont convenu de réduire dans le cadre du Protocole de Montréal.

Cet accord donne l’élan politique nécessaire pour un succès en 2015. Espérons que les parties au Protocole de Montréal parviendront à s’entendre cette semaine sur l’ouverture des négociations.

L’Europe a adopté une position de leader avec une réglementation qui, à compter de janvier 2015, impose une réduction des HFC à hauteur de 75 % à l’horizon 2030.

Pourtant, certains pays réfractaires n’ont pas encore rejoint le consensus nécessaire à l’adoption de l’amendement.

Il est plus que jamais l’heure d’atteindre ce consensus et d’entamer le plus vite possible les négociations afin de finaliser les détails techniques du processus d’élimination.

Si l’on pouvait lire avant la fin 2015 la presse titrer : "La communauté internationale est parvenue à éliminer l’un des six principaux gaz à effet de serre", on aurait sans aucun doute créé un élan et insufflé l’optimisme urgent et plus que jamais nécessaire pour relever le défi du réchauffement climatique.

En outre, la COP21 verrait sa tâche simplifiée puisque l’un des six gaz de son domaine d’intervention serait d’ores et déjà pris en charge (le Protocole de Montréal traite de la production et de la consommation de ces gaz, quand la Convention cadre des Nations Unies sur le changement climatique gère les émissions).

C’est à Paris que les instances du Protocole de Montréal se réunissent à partir de ce lundi 17 novembre pour une semaine. Les différentes propositions d’amendement aux fins d’éliminer les HFC vont y être discutées. C’est l’agenda idéal pour engager les négociations en vue d’un consensus finalisé en 2015.



Source : Courriel à Reporterre

Maxime Beaugrand est juriste à l’IGSD et Durwood Zaelke est président de l’IGSD (Institute for Governance and Sustainable Development).

Photos :
. Chapô : Pixabay (JuergenGER/Domaine public)
. Conférence : Wikimedia (CC BY 2.0/Oxfam)
. Paris : Météo Paris

Lire aussi : Climat : Thomas Piketty appelle les Européens à un choix fort


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