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ReportageLuttes

Chantier de l’A69 : la zad se prépare à « un passage en force »

Sur le site occupé de la Cal'Arbre, contre l'A69, les militants et zadistes s'organisent face à la dure répression des forces de l'ordre.

Le 1ᵉʳ septembre, le concessionnaire NGE-Atosca pourra à nouveau sortir la tronçonneuse sur le chantier de l’autoroute A69. Les militants tentent de sauver les chênes et tilleuls encore debout sur le tracé Toulouse-Castres.

Zad de la Cal’Arbre (Tarn), reportage

La tension monte chez les militants opposés à l’A69 : le 1ᵉʳ septembre, date de la reprise légale de la coupe des arbres, approche, et ils se préparent à tout. « On ne peut pas les laisser nous rouler dessus, il faut rétablir un rapport de force. » À la zad de la Cal’Arbre, à quelques kilomètres à l’ouest de Castres, dans le Tarn, les cabanes ont fleuri ces derniers mois pour tenter de retarder au maximum l’avancée du chantier de l’autoroute. « On a des cabanes dans tous les arbres ici », déclare Lou, une occupante des lieux. « Pour défendre les arbres face aux machines, il n’y a pas mieux. » Les militants perchés de la zad de la Crem’arbre à Saïx (Tarn) avaient effectivement obtenu une petite victoire en mars dernier.

Des militants ont construit des cabanes dans les arbres afin d’éviter leur abattage. © Antoine Berlioz / Reporterre

Ces dernières semaines ont été mouvementées : plusieurs zadistes ont été agressés par trois individus le 13 août, tandis qu’un groupe de personnes a tenté d’incendier une autre zadcelle du Verger, à Verfeil en Haute-Garonne— le dimanche 25 août.

« Les gendarmes ont mis des coups de couteau dans nos tentes »

En déambulant sur le site de la zad de la Cal’Arbre, de nombreuses cabanes au sol semblent éventrées. La structure en forme d’octogone qui servait de salon n’a plus de toit, l’infirmerie a été détruite, et des palettes de grenades lacrymogènes jonchent le sol. Le 25 août, une soixantaine de gendarmes sont venus « pour tout saccager », raconte Nina, une habitante des lieux. « Ils ont mis des coups de couteau dans nos tentes, gazé tout le monde, détruit tous nos lieux de vie, puis sont repartis. On s’attend tous à une nouvelle intervention policière dans les jours qui viennent pour déloger les zadistes au sol et encercler les cabanes dans les arbres, mais on est prêts à cela », raconte-t-elle avec un t-shirt enroulé autour de son visage.

Les actions en justice se poursuivent doucement

Face à cette montée des violences, Lou, qui est également zadiste à la Cal’Arbre, affirme que « tout le monde ici redoute qu’un drame comme celui de Sivens se produise ici ». Dans ce même département du Tarn, le militant écologiste Rémi Fraisse avait été tué le 26 octobre 2014 sur le barrage de Sivens par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme.

Mercredi 28 août, durant la soirée, de nombreux soutiens et collectifs d’opposants à l’A69 s’étaient donné rendez-vous à la Cal’Arbre pour se remobiliser, quelques jours avant la reprise des abattages. « D’un point de vue juridique, de nombreuses actions sont toujours en cours, notamment le recours sur le fond du dossier au tribunal administratif », précise Jean Olivier, membre du Collectif toulousain contre l’A69. « On est aussi sur une zone où on a constaté du trèfle écailleux, qui est une espèce protégée en Occitanie. Si le concessionnaire souhaite intervenir sur cette zone, il doit transplanter cette espèce, et rien n’a été fait. On sera vigilants là-dessus », poursuit le docteur en écologie, à quelques mètres du « bourg-palette », une vigie de 6 mètres de haut construite en matériaux de récupération, qui fait face au chantier de l’autoroute.

Dimanche 25 août, des dizaines de gendarmes sont entrés sur le site de la Cal’Arbre et ont massivement lancé des grenades. © Antoine Berlioz / Reporterre

Pour lui, « la complémentarité des modes d’action, et notamment l’occupation des arbres, permet de faire entendre le droit. Face à une justice qui semble passive sur ce dossier, c’est la seule solution qu’il nous reste ». Pour Nina, habitante de la zad, « ils veulent passer en force. Ils savent qu’ils sont hors-la-loi sur de nombreux points, donc ils veulent faire vite pour finir ce chantier et qu’on ne puisse pas revenir en arrière ».

Les actions militantes plus radicales se poursuivent. Dans la nuit du 22 au 23 août, un impressionnant coffrage destiné à la construction d’un pont a été incendié, s’inscrivant dans une série de sabotages ciblant des engins et des infrastructures depuis le début du chantier de l’autoroute en mars 2023.

À la zad de la Cal’Arbre, les cabanes ont fleuri ces derniers mois pour tenter de retarder au maximum l’avancée du chantier de l’autoroute. © Antoine Berlioz / Reporterre

De son côté, le directeur général d’Atosca, Martial Gerlinger, assure dans une interview donnée au Journal toulousain que ses équipes ont « déjà coupé 95 % des arbres nécessaires au tracé de l’autoroute, il ne reste que quelques hectares à abattre ».

Ces derniers arbres seront ardemment défendus par les opposants à l’A69, qui devront tenir près de deux mois et demi, du 1ᵉʳ septembre jusqu’à la mi-novembre, avant un nouveau répit que leur garantit un arrêté préfectoral pour permettre l’hibernation des chauves-souris. Au début de l’année, des militants avaient résisté plus de quarante jours perchés dans les arbres de la forêt de la Crémade.

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