Colère des agriculteurs : « Nous sommes en train de mourir »
Claude et son fils Jerémy produisent des cerises et du raisin sur 70 hectares à Cucuron, un village au sud d'Avignon. - © David Richard/Reporterre
Claude et son fils Jerémy produisent des cerises et du raisin sur 70 hectares à Cucuron, un village au sud d'Avignon. - © David Richard/Reporterre
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Une nouvelle mobilisation contre l’accord commercial de l’Union européenne avec les pays du Mercosur s’empare du pays. À Avignon, des agriculteurs pointent l’incompatibilité du libre-échange avec la transition écologique.
Avignon (Vaucluse), reportage
Le soleil n’était pas encore levé lorsqu’une vingtaine de tracteurs ont bloqué le pont de l’Europe, à Avignon, le 18 novembre. Le choix du lieu est symbolique pour les agriculteurs et agricultrices venus dénoncer le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Paraguay, Uruguay, Bolivie) alors que débute aujourd’hui le sommet du G20, au Brésil. La mobilisation fait suite à l’appel de la FNSEA, syndicat agricole majoritaire défendant une vision de l’agriculture productiviste, et des Jeunes agriculteurs.
« Depuis janvier, rien n’a changé », dénonce Olivier, arboriculteur de 53 ans, en référence au mouvement massif des agriculteurs qui avaient barré les autoroutes en début d’année. Le bonnet sur la tête floqué du sceau du syndicat des exploitants agricoles FNSEA, il abonde : « Pire, avec le Mercosur, on veut nous mettre en concurrence avec des pays qui détruisent l’Amazonie et qui utilisent des produits phytosanitaires qui sont interdits chez nous depuis trente ans ».
Des prix trop bas
« Nous devrions autoriser les importations agricoles que si elles sont de qualité environnementale comparable », plaide Félix, producteur de fraises et de raisins de table en bio. Celui-ci produit au même rendement qu’en conventionnel. « Le problème c’est toujours les prix de vente qui sont trop bas pour rémunérer la main d’œuvre », souligne-t-il.
« Je travaille plus de 70 heures par semaine et je n’arrive plus à rembourser mes emprunts, ni à payer mes cotisations à la mutualité sociale agricole. Nous sommes en train de mourir », alerte désespérément Nathalie, 53 ans, viticultrice à Vaison-la-Romaine, un village au nord d’Avignon. Pourtant, comme beaucoup d’agriculteurs, elle essaie de diversifier ses revenus. Depuis peu, elle transforme elle-même son raisin pour faire des jus et les vendre sur les marchés en direct. « Comme si je n’avais pas assez de travail », souffle-t-elle.
Un manque de solutions alternatives
Les normes environnementales ont été la cible du syndicat majoritaire FNSEA qui a obtenu un rétropédalage de la part du gouvernement sur les objectifs de diminution des intrants. Pourtant, pour les agriculteurs adhérents au syndicat interrogés par Reporterre, ce n’est pas tant les restrictions en elle-même qui posent problème, que le manque de solutions alternatives opérantes immédiatement, alors que les prix des denrées alimentaires s’effondrent sur les marchés.
« Se passer d’intrants chimiques nécessite des investissements coûteux, explique Florian, 26 ans, producteur de raisins de table, de prunes et de fraises, au pied du Mont Ventoux. Mais quand on voit comment les prix du bio se sont effondrés, on se dit que c’est du travail supplémentaire qui ne sera pas rémunéré. »
Certains pointent également l’incohérence de plusieurs interdictions. « Pour les cerisiers, on nous interdit une molécule contre une mouche ravageuse qui nécessite trois traitements par an, décrit Jérémy, 30 ans, producteur de cerises, de raisins et d’olives sur 70 hectares, à Cucuron. Et là, on a le droit à un seul produit demandant cinq à six passages annuels. » Avec son père, ils expérimentent l’introduction d’un prédateur naturel dans l’espoir de se passer totalement de produits chimiques. « Nous ne verrons les effets que dans cinq ans, explique-t-il. Par contre, les cerises que l’on veut importer du Chili, c’est une trentaine de molécules de pesticides autorisées ! »
Valoriser localement la production
Le long des remparts de la cité d’Avignon, les agriculteurs ont tracé le slogan « Notre fin sera votre faim » sur un terre-plein central enherbé à l’aide de tracteurs semeurs de graines. « D’ici le printemps, nous verrons pousser les cultures qui risquent de disparaitre du territoire si l’on ne fait rien », dit Sylvain Bernard, secrétaire de la FDSEA du Vaucluse.
Alors qu’il regarde les agriculteurs en train de planter des ceps de vignes, Nicolas Montagnard, à la tête d’une exploitation de 300 hectares, en grandes cultures et maraichage, explique comment il participe à la création d’un supermarché destiné uniquement aux producteurs locaux à Monteux, à côté d’Avignon. « Dans le Vaucluse, nous avons des fruits, des légumes, des céréales, une diversité de cultures agricoles et aucun endroit pour les vendre et les valoriser localement, pointe-t-il. Nous devons reprendre la main sur la commercialisation de nos produits. »