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Photographe dans les Vosges ©Mathieu Génon/Reporterre

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Notre-Dame-des-Landes

Consultation sur Notre-Dame-des-Landes : les derniers jours d’une campagne acharnée

Dimanche 26 juin, les électeurs de la Loire-Atlantique sont invités à se prononcer pour ou contre « le transfert de l’aéroport de Nantes Atlantique à Notre-Dame-des-Landes ». Opposants et partisans s’organisent, partout en France, pour mener campagne en dépit des critiques qui pleuvent sur le bien-fondé de la consultation.

-  Paris et Nantes, correspondance

C’est le paradoxe d’une consultation que personne ne souhaite, mais que chacun veut gagner. Encore une fois, il faut défendre ses arguments, mobiliser, par-delà la fatigue, son propre camp.

Julien Bayou, porte-parole d’Europe Écologie-Les Verts (EELV), est instigateur, avec Flore Blondel, d’une campagne téléphonique pour le non. Soutenue par EELV, le WWF, Greenpeace, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) et France nature environnement (FNE), l’initiative a permis à des volontaires de toute la France, pendant un mois, d’appeler des habitants de Loire-Atlantique pour les encourager à aller voter le 26 juin. Seuls les inscrits sur les listes électorales du département sont en effet autorisés à voter. « On ne cherche pas à convaincre ceux qui sont pour le projet. On cherche avant tout à mobiliser les personnes persuadées de l’inutilité de l’aéroport », explique Flore. « Si on arrive à l’emporter, ce sera un signal fort. L’État sera obligé d’en prendre compte pour la suite », estime-t-elle. Plus de 80 personnes ont participé à l’action, et plus de 7.000 appels ont été effectués.

Campagne téléphonique en faveur du non, à Paris.

Autre terrain de bataille : les sondages. « La Bretagne et les Pays de la Loire sont directement concernés par ce projet, notamment parce qu’ils participent à son financement », ajoute Julien Bayou. Le choix du périmètre du scrutin, limité à la Loire-Atlantique, est très critiqué, car il influencerait son issue. Selon un sondage national commandé par FNE et publié mercredi 22 juin, 60 % des personnes interrogées seraient opposées au projet d’aéroport [1]. « Plus on s’éloigne de la Loire-Atlantique, plus on s’aperçoit que les défenseurs du projet sont moins nombreux. Nous sommes persuadés que le gouvernement savait qu’une consultation à une plus grande échelle, même au niveau régional, donnerait moins de chance au projet », analyse Denez L’Hostis, le président de FNE. Un sondage donnait en mars 58 % des personnes interrogées en Loire-Atlantique en faveur du projet. Le Conseil d’État a rejeté, lundi 20 juin, les recours demandant l’annulation de la consultation.

Sur le terrain, la bataille des affiches 

Une consultation citoyenne en ligne doit également permettre à tous de s’exprimer, au-delà des limites du département. Organisée par l’ONG Agir pour l’environnement avec l’Acipa, principale association opposée au projet, l’Adeca (les paysans) et le Cédpa (les élus), son résultat est attendu pour samedi. « Le projet nous a été présenté comme l’aéroport du “Grand Ouest”, de portée internationale. La délimitation de la consultation est paradoxale par rapport au discours de l’État », note Stéphane Kerckhove, délégué général d’Agir pour l’environnement.

Sur le terrain, c’est la bataille des affiches. Du moins, là où cela est possible : aucun espace officiel ni financement public n’est prévu pour cette campagne. Les panneaux d’affichage libre de l’agglomération nantaise sont donc très convoités, aussi bien par les organisateurs de concert que par les militants des deux bords. Des organisations anarchistes et des partisans du projet utilisent aussi les palissades qui recouvrent les banques du centre de Nantes depuis le début du mouvement de contestation de la loi El Khomri. Des affiches du département et de la région sont aussi présentes sur certains abribus et « sucettes » publicitaires pour inciter les électeurs à voter, sans donner de consigne (la loi le leur interdit).

Du côté du non, l’Acipa mène de front un important travail d’information, fondé sur ses propres expertises et sur celles de l’Atelier citoyen, et une campagne citoyenne. Des réunions publiques sont organisées, depuis le mois de mai, quasi quotidiennement.

Les militants ont distribué 440.000 tracts dans tout le département. « On veut surtout démontrer notre motivation. Il y a encore beaucoup de gens à convaincre », explique Agnès Belaud, de l’Acipa. Plus de 500 personnes ont participé à ces opérations de sensibilisation.

« Beaucoup n’ont pas été informés des alternatives au projet. L’idée de la rénovation de l’aéroport existant — ce que les experts officiels de Ségolène Royal ont d’ailleurs jugé plus approprié — suscite une forte adhésion », explique Geneviève Coiffard-Grosdoy, représentante d’Attac 44 et coordinatrice du dossier pour Attac France. Elle affirme avoir vu des gens changer d’avis quand ils se sont penchés sur le dossier. « Quand on se pose des questions, on s’intéresse aux arguments. Et à ce niveau-là, nous n’avons rien à craindre », affirme-t-elle.

Coups d’éclat 

Sur le plan politique, EELV, le Parti de gauche, le Modem et le Front national, soutiennent le non. En revanche, le Parti socialiste milite, avec le parti Les Républicains, en faveur du oui. Et le Parti communiste s’est aussi décidé pour le projet d’aéroport, démentant ses velléités écologiques. Aymeric Seassau, secrétaire départemental du PCF et adjoint au maire de Nantes, précise que « le oui a remporté 92 % des votes lors du dernier congrès départemental du PCF. Nous ne sommes pas contre ce référendum car nous estimons normal que les premiers concernés par le projet soient les premiers à s’exprimer ». Paradoxalement, il estime que la décision aurait dû appartenir à l’État. Mais dans la campagne, l’implication des partis politiques, pour ou contre, reste très discrète.

Campagne en faveur du oui sur Twitter.

Des Ailes pour l’Ouest, la principale association favorable au projet, s’appuie davantage sur ses réseaux institutionnels et sur les réseaux sociaux que sur la rue, qu’elle ne maîtrise pas. Outre des affiches antizadistes, quelques réunions publiques ont aussi été organisées à son initiative. L’essentiel de sa visibilité repose sur la presse locale et la communication des élus. Ce qui n’en est pas moins efficace, et qui n’empêche en rien les coups d’éclat. Ainsi, le 21 juin, lors de la fête de la musique, le logo Des Ailes pour l’Ouest était projeté sur la tour de Bretagne, dans le centre-ville de Nantes. À peu près au même moment, le logo de l’Acipa apparaissait sur le château des Ducs de Bretagne.

Le logo de l’Acipa sur le château des ducs de Bretagne, à Nantes.

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