Contre le pesticide Roundup, ils ont choisi d’agir dans un hypermarché

23 janvier 2015 / Lorène Lavocat (Reporterre)



Face à l’inaction politicienne, ils ont choisi d’agir. Peu nombreux mais déterminés, de façon non-violente, ces désobéissants en combinaisons blanches grimpent sur les caisses de supermarché en brandissant des banderoles. Leur exigence : le retrait de la vente du dangereux Round Up. Le but : attirer l’attention sur le problème de santé publique que sont les pesticides.

- Bagnolet (Seine-Saint-Denis), reportage

Rendez-vous devant les portes vitrées géantes du centre commercial Bel-Est, à Bagnolet. Un petit groupe s’avance, les regards aux aguets. Ils sont une dizaine à peine, âgés de vingt à trente ans. Des sacs à dos remplis de tracts et de déguisements, masques à gaz en plastique, combinaisons blanches. Dans la "vraie" vie, ils travaillent avec des enfants, dans des associations ou comme artistes. Mais aujourd’hui, ils sont désobéissants. Ils viennent mener une action contre les pesticides, en bloquant les caisses d’un supermarché Auchan.

Créé en 2006, le Collectif Roundup Non Merci combat le produit-phare de Monsanto par des actes de désobéissance civile. « Notre objectif, c’est de faire pression sur la grande distribution pour qu’elle retire les produits phytosanitaires de ses rayons », explique Rémi, qui coordonne l’action du jour. Après Castorama et Carrefour, c’est donc à Auchan de subir ce lobbying citoyen.

Il est 15h quand la petite bande pénètre dans les rayons du supermarché. Chacun se disperse. L’un observe innocemment la liste des ingrédients d’un pot de crème fraîche, quand l’autre se penche pour vérifier avec minutie l’état d’une orange. Certains sont partis remplir un chariot de produits contenant du glyphosate, la substance active et toxique de nombreux pesticides. Quelques minutes d’attente plus tard, tout le monde se retrouve l’air de rien aux caisses. Et là, commence le bazar....

- DIAPORAMA En son et en images (3’05’’) :

Son-diaporama Action Round-Up Bagnolet Janvier 2015 from Reporterre on Vimeo.

Une heure plus tard, les Désobéissants ont obtenu ce qu’ils cherchaient : pas mal de bruit, une entrevue avec le directeur du magasin, et une interpellation de la direction nationale d’Auchan. Pour autant, rien n’est acté. Aucun engagement de la part du supermarché, aucun rendez-vous pris avec les dirigeants de l’entreprise.

Alors, tout ça pour ça ? « C’est une première étape », précise Rémi, qui n’exclut pas de revenir "visiter" le centre commercial si les promesses ne sont pas tenues. Pour Gaëtan, « l’action permet aussi de sensibiliser les consommateurs, même si le but premier, c’est d’obtenir des résultats concrets ».

Le Collectif Roundup Non Merci compte déjà sur son tableau de chasse une antenne parisienne de Castorama, qui a accepté de retirer les pesticides incriminés de ses rayons l’année dernière. (Lire à ce propos : Les vigiles de Castorama molestent des militants opposés au Roundup)

« Leclerc en Bretagne ou l’enseigne de jardinage Botanic ne vendent plus de Roundup depuis plusieurs années », indique Rémi. Il espère désormais pousser les géants de la grande distribution à se mettre autour de la table pour décider d’un retrait unilatéral des produits contenant du glyphosate. Car pour lui, les entreprises doivent prendre les devants sur la loi.

La réduction des pesticides remise aux calendes grecques

La loi du 23 janvier 2014 bannit en effet l’utilisation et la commercialisation des produits phytosanitaires pour les espaces verts et les particuliers... à l’horizon 2022. Trop tard, estiment les militants écologistes. « D’ici là, un changement de majorité peut remettre en question cette interdiction », craint Romain, membre du collectif. « Et de toute façon, quand on connaît les risques liés à l’usage des pesticides, on ne peut pas attendre huit ans de plus ! »

Baisse de la fertilité, risque de cancer accru... ces produits ne tuent pas que les mauvaises herbes. Une question de santé publique, puisque 45 % des Français pratiquent le jardinage. Un problème environnemental aussi : les substances phytosanitaires, utilisées massivement dans l’agriculture, épuisent les sols et polluent les cours d’eau.

En 2008, les participants au Grenelle de l’environnement ont adopté un plan Ecophyto, censé nous débarrasser de cette menace. L’idée initiale : diminuer de 50 % l’utilisation des pesticides d’ici à 2018. Nous sommes en 2015, et le bilan n’est guère satisfaisant. « Le plan n’a pas produit la moindre réduction de la dépendance de notre système agricole aux pesticides », pointait en juillet dernier François Veillerette, de Générations futures, sur Reporterre. La raison ? « Le lobby de l’agriculture intensive ne veut aucune réglementation », estime François Veillerette.

Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, devrait présenter une nouvelle version de ce plan fin janvier. Mais parmi les Désobéissants, peu croient encore à la volonté de nos gouvernants. Face à l’inaction politicienne, ils préfèrent l’action politique directe. « Chacun doit faire sa part pour changer le monde », avance Tristie, artiste itinérante. « Pour moi, le moyen le plus efficace dont les citoyens dispose, c’est l’activisme non violent. »

Actualisation le 27 janvier : Suite à cette action, le magasin Auchan de Bagnolet a décidé de retirer le Roundup de ses rayons.


Complément d’information :

- Le site du Collectif Roundup Non Merci
- Le site du Collectif des Désobéissants




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Lire aussi : « Castorama, retirez le Round’up de la vente, sinon nous allons agir non-violemment »

Source, photos et sons : Lorène Lavocat pour Reporterre

Première mise en ligne le 22 janvier 2015.



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