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Sports

Coupe du monde : de dangereuses chaleurs pourraient menacer la santé des joueurs et des spectateurs

Le footballeur anglais Jude Bellingham aux États-Unis en juillet 2025 lors de la Coupe du monde des clubs

Un quart de la coupe du monde risque de se dérouler sous une chaleur suffocante, dont au moins deux matchs de la France. La Fifa est accusée de négliger ce danger.

« La santé des joueurs est une question plus urgente que jamais. » Le 13 mai, un mois quasiment jour pour jour avant le coup d’envoi de la Coupe du monde de football, 21 scientifiques du monde entier ont pris la plume, à travers une lettre ouverte particulièrement pimentée, pour alerter la Fédération internationale de football association (Fifa) sur le risque lié aux « chaleurs extrêmes » attendues en Amérique du Nord.

Les « niveaux inquiétants de stress thermique auxquels » les sportifs pourraient être exposés ont été minimisés par l’organisateur, accusent ces chercheurs. « Très peu d’études [ont été conduites] sur l’impact du stress thermique sur les joueurs », dénoncent-ils, et les directives officielles n’ont pas été mises à jour depuis 2015, pour tenir compte de la nouvelle donne météorologique liée au réchauffement climatique.

Un match sur quatre présente un risque élevé

La compétition, qui verra s’affronter 48 équipes nationales du 11 juin au 19 juillet dans 16 villes du Canada, des États-Unis et du Mexique, se tient à une période critique. Selon une étude du World weather attribution (WWA) parue le 14 mai, un tiers des 104 matchs programmés ont une forte probabilité de se dérouler dans des conditions de chaleur et d’humidité dangereuses.

Pour parvenir à ce chiffre, les scientifiques ont examiné l’historique des températures, des taux d’humidité, de l’ensoleillement et de la couverture nuageuse afin de calculer un indice de « chaleur humide » ou Wet bulb globe temperature (WBGT), un modèle élaboré au départ pour évaluer et prévenir le risque de coup de chaud chez les marins étasuniens.

Un premier seuil d’alerte est fixé à 26 °C WBGT, qui correspond à une chaleur ressentie de 36 à 38 °C si l’air est sec et 28 à 30 °C en cas de forte humidité. Il est hautement probable qu’il soit dépassé pour 26 rencontres.

Des rencontres de la France menacées

Au-delà de ce seuil, « même des athlètes bien préparés et acclimatés à la chaleur sont souvent incapables de maintenir un équilibre thermique durant des exercices physiques à haute intensité », soulignent les 21 signataires de la lettre ouverte à la Fifa.

Une partie de ces matchs à risque doit se tenir dans l’un des quatre stades couverts et climatisés de la compétition (Miami, Dallas, Houston et Vancouver). Mais ce n’est pas le cas pour neuf rencontres.

Le premier match de qualification de la France face au Sénégal, à New York le 16 juin (coup d’envoi à 15 heures, heure locale), a une chance sur huit de se tenir sous une telle chaleur suffocante. Idem pour la seconde apparition des Bleus, contre l’Irak le 22 juin à 17 heures (heure locale), dans le stade de Philadelphie qui n’est pas non plus climatisé.

C’est le cas, encore, du 8ᵉ de final que la France disputera si elle termine première de son groupe de qualification. La finale de la compétition, enfin, a une chance sur huit de se dérouler dans un climat torride (plus de 26 °C WBGT).

« Stress thermique sévère et déshydratation »

Cinq matchs pourraient même avoir lieu par 28 °C WBGT — soit environ 38 °C ressentis en chaleur sèche. « Le risque de pathologies graves liées à la chaleur devient beaucoup plus préoccupant après 28 °C WBGT — pour les joueurs, et pour les centaines de milliers de supporters présents dans les stades et les fanzones extérieures », commente Chris Mullington, du World weather attribution.

De nombreuses alertes ont déjà été lancées ces dernières années par la communauté scientifique. En novembre 2024 une première étude alertait sur le risque de « stress thermique sévère et déshydratation » pour les joueurs. Selon un autre rapport publié en septembre 2025 par les organisations Football for Future et Common Goal, en collaboration avec la société d’analyse Jupiter Intelligence, 14 des 16 stades du mondial sont déjà exposés à des conditions dépassant les seuils de sécurité pour les joueurs, que ce soit à cause de la chaleur, des pluies diluviennes, des inondations ou des vents violents.

Le mondial des clubs, organisé en juin et juillet 2025 aux États-Unis, avait déjà suscité d’importants débats au sujet de la chaleur. Le thermomètre affichait, lors de certaines rencontres disputées en pleine journée, plus de 35 °C.

Les joueurs réclament un report des matchs trop chauds

Face à ces alertes, la Fifa n’a pris que très peu de mesures : quelques matchs décalés en soirée et des pauses fraîcheurs de trois minutes, autour de la 30ᵉ et de la 75ᵉ minute de jeu.

Insuffisant, selon les scientifiques auteurs de la lettre ouverte : « Il est clair que les pauses de trois minutes sont trop courtes pour avoir une incidence significative sur la réhydratation et le rafraîchissement du corps [...] Elles devraient être d’au moins six minutes », déplorent-ils.

Une partie des rencontres doit débuter à midi ou dans le courant de l’après-midi pour que le public européen puisse les voir malgré le décalage horaire. Et la Fifa ne prévoit pas de report systématique des matchs lorsque le seuil de 28 °C WBGT est dépassé, comme le réclame pourtant la fédération mondiale des joueurs.

Elle s’en tient à un seuil de 32 °C WBGT, qui est comparable, selon les auteurs de la lettre ouverte, à « une température de l’air de 45 °C ». « Maintenir des activités impliquant de la course à pied [sous ces températures] est impossible à justifier », écrivent-ils.

Une compétition symbolique du réchauffement climatique

L’étude du WWA insiste sur un fait notable : ces conditions climatiques sont clairement liées aux conséquences du dérèglement climatique. Pour en être certaine, l’équipe de chercheurs a comparé ses chiffres avec ceux qu’elle aurait obtenus si la même compétition s’était tenue en 1994, à la date du dernier mondial organisé aux États-Unis. Résultat : en trente ans, la probabilité d’épisodes de chaleurs est en forte augmentation, pointe leur étude.

Cinq matchs de plus sont classés à risque en 2026 qu’en 1994. « Pour des conditions encore plus extrêmes, avec un WBGT de 30 °C, la probabilité reste faible, mais elle est presque le double de celle de 1994. »

Les experts concluent que « sans mesures d’adaptation substantielles telles qu’un accès généralisé à la climatisation et aux infrastructures de refroidissement, l’organisation de matchs de football pendant l’été de l’hémisphère nord deviendra de plus en plus dangereuse tant pour les joueurs que pour les spectateurs dans un climat en réchauffement ».

Sans compter que la compétition pourrait être perturbée par les violents orages dans le sud-est et le centre des États-Unis qui avaient déjà entraîné l’interruption de plusieurs rencontres du mondial des clubs, l’été dernier. Un autre effet du changement climatique.

À leur manière, ces scientifiques soulignent que la grand-messe du football mondial devrait être un moment de prise de conscience sur les conséquences du dérèglement climatique. Ironie de l’histoire, ce mondial devrait également être le plus destructeur sur le plan climatique de l’histoire du football.

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